« Dès que tu as des enfants, tu dois penser au transfert, même si tu ne sais pas si cela les intéressera », lance Mireille Perreault, de Saint-Alexis-de-Montcalm, qui prépare ce moment depuis près de 12 ans..


Le premier geste des Perreault a été d’assister à une séance d’information avec le Centre régional d’établissement en agriculture (CRÉA) sans trop savoir où cela les mènerait. « Chose certaine, si c’était à refaire, nous referions exactement les mêmes démarches », ajoute l’agricultrice. Céline Lafortune, coordonnatrice et conseillère au CRÉA de Laval et Lanaudière mentionne qu’il y a sept étapes à suivre pour effectuer un transfert d’entreprise. La durée du processus est variable d’une entreprise à une autre. « Certains y arrivent en cinq ans, d’autres comme les Perreault prennent plus de temps. Selon moi, l’exemple de cette famille est à suivre, car le transfert se fait tout en douceur », raconte-t-elle.

Choisir ou non de poursuivre
La première étape s’en veut une de réflexion, où les parents décident s’ils désirent où non poursuivre leurs activités. Sous la supervision d’un conseillé, la famille discute, échange sur leur idéaux et leurs objectifs futurs. « Le CRÉA chapeaute en entier le projet. Nous mettons à la disposition des familles, une équipe multidisciplinaire, qui répondra à leurs questions tout au long du processus », explique la conseillère.

« Lors de la première fin de semaine, se remémore Serge, le paternel, nous avons fait un gros plan de ferme. Alexandre tu n’avais pas loin de 10 ans et tu te voyais dans le champ en 4 roues, et toi Andrée-Anne tu t’étais dessinée dans l’étable à taures. Aujourd’hui, tout cela s’est concrétisé. » Serge et Mireille Perreault s’entendent pour dire qu’il ne faut pas forcer les enfants à reprendre la ferme. Cela doit se faire naturellement. À ce sujet, leur fils Alexandre intervient. « J’ai toujours aimé aller à la ferme, pour moi ce n’est pas travailler, c’est m’amuser. »

Préparer l’entreprise au transfert
C’est à la deuxième étape nommée Préparation de l’entreprise au transfert, que se dresse le plan de relève couvrant tous les aspects : fiscalité, humain, et légal.

« C’est avec des agronomes, provenant entre autres de groupes-conseils, que les familles établissent un portrait technico-économique de l’entreprise », explique Mme Lafortune.

De ce fait, les Perreault encouragent les gens à faire partie d’organisations afin d’élargir leurs horizons. Eux-mêmes, membre du groupe-conseil agricole de Lanaudière depuis 1984, ils ont l’occasion de se comparer à d’autres producteurs laitiers et d’y partager des trucs. La conseillère de cet organisme, ayant le portrait économique de l’entreprise, a pu mesurer la faisabilité du transfert.

En préparation pour 2011

La troisième étape est une étape de préparation. Les parents déterminent ce qu’ils veulent faire et avoir au moment de leur retrait de l’entreprise. La relève, quant à elle, se prépare au transfert en suivant des formations pour parfaire leurs connaissances.

Appliquant un des nombreux conseils retenus lors des cours, voulant qu’on écrive les dates ou actions importantes, l’année 2011 est déjà inscrite à leur agenda. Si tout se déroule bien, elle annonce le début de la préretraite pour monsieur et madame.

Mireille nous confie : « Je pense que ce dont nous avons le plus hâte, c’est d’avoir moins de responsabi­lités et faire de plus petites semaines. Mais nous voulons aussi que nos enfants soient heureux dans ce qu’ils font et qu’ils sachent que nous serons toujours là pour eux. Je crois que nous avons bien fait les choses. »

Liste des régions desservies par un CRÉA

CRÉA Bas-Saint-Laurent, Gaspésie,
Îles de la Madeleine

418 723-2424 ou 418 723-1939
creabsl.antonine@upa.qc.ca



CRÉA Richelieu, Saint-Hyacinthe,
Montérégie, Centre du Québec

450 774-1115 ou 450 774-9154,
poste 212
crea@st-hyacinthe.upa.qc.ca

Mauricie
Conseillère indépendante
819 233-4939
hug.veill@tlb.sympatico.ca
 
CRÉA Chaudière-Appalaches,
région de la Capitale-Nationale

418 338-0706
brigitte.pare@cgocable.ca
Huguette Veillette, conseillère
hug.veill@tlb.sympatico.ca

CRÉA Laval, Lanaudière,
Laurentides, Montréal

450 753-3153
creall.celinelafortune@bellnet.ca


Saguenay–Lac-St-Jean, Côte-Nord
(en collaboration avec Stratégie
Conseil Pearson)
418 674-9334
info@strategieconseil.com
Site Web : strategieconseil.com


La cogestion de la ferme
En octobre 2007, la ferme laitière exploitée par Serge et Mireille Perreault prend un nouveau tournant. Andrée-Anne et Alexandre, deux des trois enfants du couple deviennent actionnaires. Avec l’ajout des enfants dans l’entreprise, il était important d’en modifier la raison sociale. Ainsi avec l’aide du notaire, la société en nom collectif devient la compagnie Ferme SM Perreault 2007 inc.

Céline Lafortune du CRÉA explique que la famille Perreault est actuellement dans la réalisation de cette quatrième étape du processus. La relève et les parents travaillent activement dans l’entreprise. Les parents transmettent leurs connaissances aux enfants, les aident dans la prise de décision tout en respectant leur choix et leurs idées.

Bien que tous mettent la main à la pâte aux différents travaux de la ferme, de par leurs affinités respectives, les père et fils sont responsables des champs alors que les filles s’occupent principalement des animaux.

Alexandre, diplômé en mécanique agricole et en production laitière, dirige les travaux aux champs, la machinerie et l’érablière. C’est grâce à ses conseils que le clan achète une batteuse usagée. « Avec notre propre équipement, on ne dépend plus de personne. On récolte quand c’est prêt, pour un maximum de qualité », explique celui qui réalisa du même coup son rêve d’enfant.

Le jeune homme de 22 ans introduira pour la première fois, en 2009, la culture du soya à la ferme. Il espère éventuellement procéder aux travaux de drainage d’une des terres, afin d’avoir plus de flexibilité dans les rotations.

Andrée-Anne, quant à elle, assure la gestion du troupeau et la comptabilité de l’entreprise. Cette agronome âgée de 24 ans est satisfaite de la production actuelle et des composantes : « On a 50 vaches à traire. C’est l’idéal. Mais avoir une meilleure classification, ça me plairait bien. Aussi je veux offrir aux vaches plus de confort dans l’étable, en ajoutant des matelas. »

Isabelle Guay, leur experte-conseil, qui les côtoie depuis deux ans, remarque que l’arrivée de deux paires de bras supplémentaires fait une énorme différence dans le déroulement des activités de la ferme. « Ils ont plus de temps pour se soucier des détails, pour surveiller la santé du troupeau. »

Et pour le futur
L’avant-dernière étape consiste au transfert proprement dit. Les enfants détiennent la majorité des parts et exploite l’entreprise. La dernière étape est celle du suivi et des constats.

Alexandre et Andrée-Anne ont la même vision à long terme pour leur entreprise. « Tranquillement, mon frère et moi prenons plus de responsabilités dans l’entreprise, relate la jeune femme. Je lui fais confiance à 100 % avec les cultures et les champs tout comme il me fait confiance dans la gestion du troupeau. Il est plus facile de dire les vraies affaires à son frère qu’à un voisin. On se dit le fond de notre pensée, puis on règle ça vite. C’est sûr que ça va bien aller! »

Andrée-Anne conclut en disant vouloir faire exactement les mêmes démarches que ses parents : « C’est ça qui donne le goût d’y travailler et de prendre la relève. Si nous étions restés à la maison, je ne suis pas certaine que nous serions rendus là où nous sommes. La ferme fait partie intégrante de notre vie de famille. »
 
Bonne entente et franche discussion ont été au coeur de la réussite du transfert d’une génération à l’autre.

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