Agir comme des pionniers, les propriétaires d’Intermiel, Christian et Viviane Macle, en ont pris l’habitude. Il leur revenait en quelque sorte d’être les premiers à recevoir la nouvelle Mention spéciale de l’agrotourisme décernée dans le cadre de l’Ordre national du mérite agricole. Ce prix national remis en 2008 et qui est à nouveau à l’enjeu cette année parmi les producteurs des territoires de l’Est et du Nord québécois consacre l’élan irrépressible qu’a pris depuis quelques années cette facette de l’exploitation agricole au Québec. Avec ses ruchers autour desquels gravitent une vingtaine d’apiculteurs, son érablière, son verger, une offre de produits abondante, sa vaste boutique et une importante aire d’accueil et d’interprétation des abeilles au profit des groupes scolaires et des visiteurs de tout âge, l’entreprise agricole de Mirabel n’avait pas volé son honneur en 2008.

« Précédemment, il n’y avait pas de particularités propres aux entreprises actives sur le plan de l’agrotourisme lors de l’évaluation de celles s’inscrivant au concours, relate Patrick Chalifour, un des trois représentants du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) au sein du Groupe de concertation sur l’agrotourisme au Québec. Avec l’établissement de cette nouvelle mention, nous avons fourni des critères pour apprécier la qualité des installations et des activités agrotouristiques des producteurs agricoles. »

Avec le temps, observe aussi cet agronome qui agit comme conseiller en aménagement et en développement rural en Estrie, les juges de l’Ordre national du mérite agricole vont avoir davantage de références et de repères pour bien cerner la valeur des prochaines candidatures d’entreprises agricoles ayant des activités agrotouristiques. Ainsi, dès cette année, on comparera inévitablement ces dernières avec celle d’Intermiel.

La création de ce prix suit de près l’institution d’un mérite semblable intégré aux Grands Prix du tourisme québécois, il y a trois ans. M. Chalifour explique que les deux initiatives découlent d’un plan stratégique élaboré par le Groupe de concertation sur lequel il siège afin de mettre davantage en lumière les entreprises de ce secteur d’activités.

« Bien que 2 % seulement des producteurs agricoles soient présents sur la scène de l’agrotourisme, ce pourcentage est en constante augmentation. La tendance est favorable au développement de ce marché : les consommateurs veulent acheter localement – suivant la volonté de pouvoir avoir des garanties sur la traçabilité des produits qu’ils mangent – des produits de qualité. »

Bien en vue
« Notre sélection pour la Mention spéciale en agrotourisme nous a valu plusieurs articles de journaux et de magazines à notre sujet, relève Éléonore Macle, qui œuvre en permanence aux côtés de ses parents au succès d’Intermiel. Bien que nous ayons toujours jugé que c’était un excellent concours, prestigieux, mais très exigeant, nous ne pensions pas avoir de chance de mériter l’honneur parce que nous n’avons pas le profil type du producteur agricole québécois. Même, nous avions peur d’être pénalisés… »

« Les consommateurs veulent acheter localement – suivant la volonté de pouvoir avoir des garanties sur la traçabilité des produits qu’ils mangent – des produits de qualité », indique Patrick Chalifour, du MAPAQ.

Les apiculteurs du secteur Saint-Benoît, à Mirabel, sont d’ailleurs les premiers de leur profession à engranger un titre national à la vénérable compétition. Leur fierté de s’être approprié la Mention en agrotourisme est palpable : en franchissant la porte d’entrée de leurs imposantes instal­lations en bordure du rang de la Fresnière, trois cadres au mur attirent immédiatement le regard. Ils sont tous aux couleurs de l’Ordre national du mérite agricole. Le premier rappelle leur médaille d’argent – ils se sont d’ailleurs classés au premier rang national de cette catégorie lors du concours de 2008 – le second, la Mention nationale en agrotourisme, et le troisième, le Prix régional de la prévention, toujours lors de cette même édition. Ces deux dernières distinctions étaient inattendues pour eux puisque les candidats ne s’inscrivent pas pour ces catégories – ce sont les juges qui évaluent systématiquement les aspects qui sont reliés à ces thématiques.

Or, en se promenant dans la grande boutique renfermant les mille et un produits de miel, d’érable, de pomme et de santé-beauté commercialisés par les producteurs, on découvre ici et là d’autres encadrements témoignant des reconnaissances publiques obtenues à différentes compétitions, salons d’exposition et autres événements au fil des dernières années.

À n’en pas douter, 17 ans après les premiers pas de son hydromellerie, pierre d’assises d’Intermiel, l’entreprise des Basses-Laurentides est portée par un dynamisme entrepreneurial des plus féconds. Et en constatant tout l’espace des lieux réservé aux activités éducatives, le matériel qui y a été intégré et le souci de l’aménagement permettant aux visiteurs de visualiser certaines aires de travail de la transformation du miel et son embouteillage, on comprend que le volet éducationnel est un élément pivot de l’exploitation agricole.

« Je crois que c’est notre grande capacité d’accueil ajoutée à la diversification de nos productions, notre passion, notre authenticité et notre travail inlassable qui nous ont valu la Mention », commente Éléonore Macle. C’est cette dernière qui a rempli les documents nécessaires à inscrire Intermiel au concours de l’Ordre national du mérite agricole.

Les propriétaires Christian et Viviane Macle, leur fille Éléonore et son conjoint Cyril Lapeyrie

Une continuité


On doit principalement à Viviane Macle le développement de cette section des activités d’Intermiel. Enseignante de formation, elle a abandonné cette profession pour appuyer, en 1991, les efforts de son mari, également enseignant de carrière, à passer d’un cadre artisanal à une production profes­sionnelle, à ouvrir une véritable boutique et à y greffer un centre éducatif.

« C’était essentiel pour elle de prolonger sa vocation pédagogique à la ferme, confie sa fille de 29 ans qui dirigeait l’établissement cet hiver pendant que ses parents s’offraient des vacances de trois semaines dans leur région française d’origine, la Picardie. Elle a commencé des visites guidées en appelant ses anciennes collègues ensei­gnantes et elle a monté un spectacle de marionnettes.
 
C’est en 1991 que l’entreprise est passée d’un cadre artisanal à une production professionnelle.
Aujourd’hui, nous recevons en moyenne 15 000 élèves annuel­lement, venant majoritai­rement des écoles primaires et des prématernelles. »

Le public – jusqu’à 200 personnes peuvent être simultanément sur les lieux sans se piler sur les pieds – assiste à l’ouverture de ruches, à l’extraction du miel et profite d’une dégustation de produits, en plus de parcourir le centre d’interprétation, d’assister dans la salle d’accueil à la projection d’une vidéo et de visiter la miniferme érigée sur ses terrains. Règle générale, le visiteur s’attarde une heure et trente sur les lieux, mais Intermiel propose également aux groupes scolaires de passer quasiment toute la journée à Mirabel, en lui structurant un programme complet d’animation.

« La formation que nous avons suivie en France privilégiait les sciences appliquées et misait beaucoup sur l’expérimentation, explique Christian Macle. Comme enseignants, nous avions prolongé cet esprit en ayant recours à des méthodes alternatives, conduisant à des interactions avec nos étudiants. C’est une continuité de nos métiers que nous offrons à Mirabel. »

Sa passion de jeunesse pour les abeilles a révélé son grand talent d’entrepreneur : avec plus de 3000 ruches, son hydromellerie, son érablière de 15 000 entailles et son équipement servant à la production de sirop d’érable, sa distillerie, il a fortement diversifié Intermiel. L’entreprise est la deuxième au Québec à disposer d’un permis d’alambic artisanal lui permettant de produire du cidre (alimenté par ses 600 pommiers de plusieurs variétés) et des boissons alcooliques à l’eau-de-vie d’érables.

« Cela nous prenait des activités commerciales solides pour nous permettre de dégager autant d’espace pour des activités d’éducation, commente Christian Macle. Mais ne vous y trompez pas :
Intermiel est le mariage de ces deux volets. »

Cinq critères

Cinq grands critères sont évalués par les juges lors de leur passage à la propriété des producteurs agricoles qui ont déposé leur candidature au concours de l’Ordre national du mérite agricole, maintenant vieux de 120 ans : la gestion de l’appareil de production (culture ou élevage), la gestion agroenvironnementale, la gestion des ressources financières, la gestion des ressources humaines et le rayonnement social.

Pour se qualifier pour la Mention spéciale de l’agrotourisme, les producteurs agricoles doivent d’abord avoir obtenu un seuil minimal dans l’annotation servant à l’évaluation de leur candidature au concours; de plus, entre autres, leurs activités agrotouristiques doivent représenter 20 % de leurs activités globales. Les juges vont alors s’attarder là aussi à cinq aspects de leur établissement : les bâtiments, les infrastructures et les aménagements de nature agrotouristique; les ressources humaines; l’offre et l’expérience agrotouristique : authenticité, qualité, originalité et diversité; publicité, commercialisation et gestion et, enfin, santé et sécurité.

Pour l’édition 2009, les producteurs agricoles admissibles sont ceux de l’Abitibi-Témiscamingue, du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de la Côte-Nord, du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. Ils doivent être en activité depuis au moins les cinq dernières années. Ils ont jusqu’au 1er mai 2009 pour s’inscrire.

Encore une fois cette année, les lauréats nationaux seront décorés lors d’une cérémonie au Parlement de Québec, à l’automne 2009. Au préalable, un gala régional est tenu pour dévoiler les noms des gagnants régionaux et des lauréats nationaux et procéder à la remise des mentions du MAPAQ (formation agricole de la relève, de la relève féminine et agrotourisme), et des prix des partenaires, soit ceux de La Coop fédérée (agroenvironnement) et du Groupe Promutuel (prévention).

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