Vos vaches ont de bonnes aptitudes laitières, mais vous, avez-vous la bonne attitude laitière? La famille Pedneault de Saguenay produit du lait par passion et par vocation. Que voulez-vous, c’est dans leur attitude!


Amoureux des vaches comme des champs, il n’y a pas de division rigide des tâches à l’intérieur du clan Pedneault. Jean-Marie et ses deux fils, Gaétan et Frédéric, aiment à peu près tout faire et s’interchangent aisément les charges de travail, question de ne perdre la main dans rien et demeurer polyvalents dans tout. Ils affectionnent vraiment tous les aspects de leur métier, n’en négligeant pas un.

Ainsi capables de tout faire, Gaétan et Frédéric ont alors tout le loisir de s’échanger le dimanche sur deux de congé. Et c’est Jean-Marie qui clame que ses fils travaillent trop! Mais ce gaillard, supposément à la retraite, ne prend pas lui-même plus de deux jours de congé collés… Il faut dire que son nom est encore inscrit sur la pancarte d’identification de la ferme.
 
Les veaux ont profité de cette fin de journée ensoleillée pour saluer le passage du Coopérateur agricole!

Oui, voilà une ferme laitière québécoise dans tout ce qu’elle a de plus beau. Les terres cultivées et récoltées pour nourrir le troupeau ne conviendraient pas vraiment à autre chose qu’à l’élevage de bovins. D’ailleurs, dès qu’ils ont un peu d’argent disponible, les Pedneault améliorent leurs terres. Les travaux de façonnement des prairies sont en outre plus qu’impressionnants; la famille Pedneault déplace carrément des montagnes! C’est que la ferme et les terres, situées dans l’arrondissement Canton Tremblay tout juste au nord de Saguenay, sont adossées aux premiers soubresauts du relief associés à la chaîne des Monts-Valins, qui abrite un très beau parc national reconnu pour ses activités de plein air quatre saisons.

À l’étable, l’expert-conseil en productions laitière et végétale de Nutrinor, coopérative agro-alimentaire du Saguenay Lac St-Jean, Christian Beaulieu, fait remarquer que les Pedneault sont des gens qui travaillent constamment pour progresser et que leur régie tend toujours vers l’amélioration continue, deux mots qui reviendront souvent lors de la visite de la ferme. En producteurs méticuleux, Gaétan et Frédéric exploitent le plein potentiel génétique de leurs animaux.

Bons gestionnaires, les membres de la famille ont identifié des priorités claires. Premièrement, on vise à favoriser la santé du troupeau (membres, pis et système reproducteur), ce qui se traduira inévitablement par de meilleures performances dans le réservoir de lait. Deuxièmement, on cherche à diminuer les coûts de production. Les fourrages étant de très grande qualité, la quantité de concentré incorporée à la RTM a pu être passablement réduite.

Jean-Marie Pedneault, son fils Gaétan Pedneault, l’expert-conseil de La Coop Nutrinor Christian Beaulieu, et Régis Audet, employé de la ferme depuis 5 ans. À l’avant-plan, Alexis et Charles encadrent leur père, Frédéric.

« Les Pedneault nous voient, nous leurs conseillers, comme de véritables partenaires du succès de leur entreprise », explique Christian Beaulieu, l’homme à la calculatrice. Les calepins de notes toujours à portée de main, le fier conseiller de la ferme depuis 27 ans a toujours le doigt sur la calculette, prêt à additionner les bonnes idées, multiplier les économies, soustraire les coûts ou diviser les rations. En somme, il est toujours prêt à faire le bon calcul… qui comptera vraiment pour la ferme!

Et en producteurs consciencieux, la famille Pedneault fait bon usage des gens qui les conseillent. Christian Beaulieu : « Il arrive qu’ils me challengent sur des points auxquels ils ont parfois pris connaissance bien avant moi… Ce n’est pas reposant! Ils augmentent même mon propre niveau de motivation. Ce n’est pas peu dire! »


Car effectivement, Frédéric, Gaétan et Jean-Marie ne sont pas réfractaires au changement. En 1964, Jean-Marie Pedneault et sa conjointe Georgette Tremblay entreprennent la production laitière avec 15 vaches, deux taures et cinq veaux. Jusqu’en 1975, étant très rapprochés de Chicoutimi, les gens viennent s’approvisionner eux-mêmes à la ferme en lait frais. Ce septuagénaire qui a vu la production laitière devenir une spécialité à part entière, un fleuron de l’agriculture québécoise, n’est toutefois pas resté au XXe siècle; en discutant de l’avenir de son domaine d’expertise, le producteur laitier évoque – avec un naturel plutôt désarmant – la possibilité prochaine de devoir recourir… aux robots de traite!
 
L’ensilage de luzerne-mil est conservé dans des silosa horizontaux (bunkers).

Côté cour, le troupeau est passé au fil des ans à 240 têtes et environ 116 vaches en lactation pour un quota de 120 kg/jour. Côté jardin, les Pedneault possèdent en propre 134 hectares (330 acres) et louent 83 hectares supplémentaires. Ils continuent aussi à mettre en valeur des boisés de ferme, mais moins intensément qu’auparavant.

Si les enfants de Frédéric, Alexis 6 ans et Charles 4 ans, en sont toujours à « jouer au fermier », les enfants plus vieux de Gaétan participent déjà aux travaux (traite, alimentation, foulage de l’ensilage dans les bunkers). Plus en détail, Patrice aime bien préparer les RTM, Francis râtelle le foin après que son frère Olivier l’ait fauché et Marie-Élise, 9 ans, a encore le temps de découvrir ce qui la passionnera vraiment.

Pour héberger le troupeau en production, une nouvelle étable à stabulation libre a été aménagée en 2000, malgré le peu d’expertise régionale pour ce type de confinement. Comme à peu près tous les producteurs laitiers ayant des étables à stabulation libre, les Pedneault sont toujours à la recherche de la solution idéale, le fameux compromis coût-confort-propreté pour leurs logettes.
 
La Ferme Pedneault & Fils est plantée dans un décor de collines et de montagnes qui donnent de nombreux défis aux conducteurs de machineries agricoles!

Actuellement, ils essaient dans leurs logettes des tapis de caoutchouc « conventionnels » et des matelas rembourrés de morceaux de pneu. Mais ces producteurs ont aussi entendu parler d’étables à logettes… sans logettes et ayant une litière compostable.

Toutes ces idées, les Pedneault les trouvent par-ci par-là et depuis peu en voyageant au Québec et à l’étranger (France, Manitoba, États-Unis). En 2007, Frédéric s’est laissé convaincre par Sylvain Boyer, premier directeur, ruminants de La Coop fédérée pour un voyage de formation en Californie. Un voyage qu’il a bien apprécié et qui lui a mis plein d’idées en tête, bien que le contexte là-bas soit très différent d’ici. Ce qui l’a marqué, à part la taille impressionnante de certaines fermes : le recours fréquent à la sous-traitance. Par exemple, des producteurs ne font que cultiver et fournir des aliments pour les rations alors que d’autres se spécialisent exclusivement dans l’élevage à forfait des veaux laitiers, des génisses et des taures laitières. Des idées applicables au Québec?


Vers 2010, les Pedneault aimeraient bien ériger une nouvelle étable pour la relève, dont le quart est actuellement élevé dans une étable louée à stabulation entravée, ce qui ne fait pas tellement leur affaire. Un projet de construction qu’ils jettent déjà sur le papier. Frédéric Pedneault : « Je pense que ce serait en fait plus payant si on vendait nos nombreux plans plutôt que de continuer à produire du lait! » dit-il, accompagné d’un large sourire.

Oui, peut-être… Mais quand on a l’attitude laitière, on n’abandonnerait pas aussi facilement ce qui nous tient en vie, cette passion, cette vocation!


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