Il n’y a pas si longtemps, transférer la ferme familiale à une fille était une exception digne de reportages, un accident de parcours ou encore un choix par défaut pour ceux qui « n’avaient pas de relève ». Aujourd’hui, les filles représentent 20 % de la relève familiale, elles s’établissent de plus en plus par choix et sont de plus en plus nombreuses à être considérées comme successeurs désignés par leurs parents. Mais – car il y a un mais – s’il y a eu beaucoup de chemins qui ont été pavés en 20 ans, il en reste encore beaucoup à finir.



Beau temps, mauvais temps, elles avancent
Au Québec, le recensement de la relève réalisé par le MAPAQ, en 2006, nous indique qu’il y a plus de 8000 jeunes établis en agriculture dont près du quart sont des femmes, ce qui, soulignons-le, est un taux plus élevé que dans le monde des affaires où selon Statistique Canada, 19 % des jeunes entre­preneurs canadiens sont des femmes.

Peu importe le genre, l’acquisition en tout ou en partie de la ferme familiale est encore le mode d’établissement le plus courant : 73 % des jeunes sont entrés par cette porte tandis que 27 % ont choisi de démarrer une nouvelle entreprise. Dans notre analyse, nous nous sommes intéressés spécifiquement aux 5000 cas d’établissements par transferts familiaux, particulièrement les 20 % de filles : comment s’est fait l’accès à la propriété? Quelles parts ont-elles eues au démarrage? Ont-elles participé aux décisions avant le transfert? Ont-elles obtenu de l’aide financière de la famille? Comment se compare leur situation à celle de la relève masculine?

Sauriez-vous passer le test du vrai ou faux? Il va de soi que certains énoncés sont volontairement provocateurs.

VRAI ou FAUX
Les filles sont majoritairement dans l’horticulture, le bio et les petits animaux : FAUX
On retrouve les filles dans tous les secteurs de production, et il n’y a pas de différence considérable avec la relève masculine : 54 % sont associés avec leurs parents sur une ferme laitière, alors que ce taux est de 56 % chez les garçons.

La relève féminine est plus âgée que les garçons, et, voulant montrer à leurs parents qu’elles ont vraiment leurs cartes de compétence, elles prennent plus de détours par la formation avant de s’établir : VRAI
On sait que la moyenne d’âge de la relève québécoise est de 33 ans. Cependant, une fille sur deux est âgée de plus de 35 ans, alors que les garçons de plus de 35 ans représentent 40 %. Par ailleurs, il est aussi vrai que la trajectoire empruntée par les filles pour entrer en agriculture est différente de celle des garçons. S’ils ont tous travaillé à la ferme étant jeune, les filles sont moins désignées « successeur d’office »; elles semblent aller chercher plus souvent la légitimité de prendre la relève en faisant un détour par la formation.

Les filles planifient plus longtemps leur projet et ont moins bénéficié de l’appui des parents lors de l’établissement : VRAI et FAUX
Les filles ont pris moins de temps que les garçons à planifier leur établissement, moins de 3 ans comparativement à 4 ans pour les garçons. Par ailleurs, elles ont obtenu moins de parts dans l’entreprise lors de l’établissement soit 22 % des actifs comparés à 31 % pour les gars. Encore aujourd’hui la relève féminine possède moins de parts dans l’entreprise que leurs homologues masculins, elles ont 37 % des parts de la ferme alors que ce taux est de 52 % chez les garçons. De plus, elles ont été moins impliquées dans les décisions avant leur établissement et ont moins bénéficié de dons que leurs homologues masculins (voir le tableau).

La comptabilité s’accorde toujours au féminin et la gestion au masculin : VRAI ET FAUX
Bien que de plus en plus responsables des décisions relatives à la production, il n’en demeure pas moins que la comptabilité est encore marquée au féminin. Cependant, fait encourageant, la relève féminine et masculine est tout autant responsable des décisions de gestion sur leur entreprise, et ce, dans plus de 90 % des cas.

Malgré quelques retards à combler, on constate que la situation de la relève féminine évolue.

La balle est majoritairement dans le camp des parents, des prédécesseurs qui ne réalisent pas toujours le trésor caché tout près d’eux et qui tardent à finaliser le passage du relais à leurs filles. Lors de la préparation de leur projet, à peine la moitié des filles ont été accompagnées par leurs parents. Bien que plus scolarisées, plus âgées, travaillant à l’extérieur pour le tiers d’entre elles, comment expliquer qu’il y ait encore des écarts si importants avec la relève masculine? Les filles partenaires possèdent beaucoup moins d’actifs, sont moins impliquées dans les décisions et seulement la moitié (52 %) peuvent voter au nom de l’entreprise donc décider en connaissance de cause de l’avenir d’une ferme qui est la sienne… aujourd’hui en partie, mais demain en totalité. Il est vrai que beau temps, mauvais temps elles avancent, mais on est encore loin de la vague rose dans la campagne verte. C’est à suivre, à n’en point douter.




Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés