Les engrais organiques constituent une valeur agronomique et économique très importante sur la ferme. Bien en connaître le contenu est doublement avantageux, particulièrement en temps de crise…


Le mois d’avril est à nos portes, c’est enfin le retour de la belle saison. Vos semis sont planifiés, vos engrais minéraux commandés, votre machinerie remise en état, mais qu’en est-il de vos engrais de ferme? Les premiers épandages commenceront bientôt, mais connaissez-vous la quantité de fumier ou de lisier dont vous disposez et leur contenu en éléments fertilisants? Êtes-vous prêt à les caractériser? Dans le présent article, nous regarderons ce qu’est une caractérisation et surtout, comment faire une bonne caractérisation.

La caractérisation est un procédé qui permet d’obtenir des informations précises et appro­priées sur les propriétés et les caractéristiques de quelque chose. C’est grâce à ce procédé, qu’on peut en définir les caractères propres. Concernant la caractérisation des engrais de ferme, elle a pour but de déterminer le volume d’effluents d’élevage produits annuellement, leur masse volumique et leurs diffé­rentes propriétés telles que leur teneur en éléments fertilisants, en matière sèche ou leur rapport carbone/azote. Évidemment, pour quel’information issue de la caractérisation soit fiable, représen­tative et utile, celle-ci doit avoir été effectuée consciencieusement et suivant un protocole reconnu.

En 2003, le CRAAQ rendait public un proto­cole d’échantillonnage des engrais de ferme. Aujourd’hui, sur la base des dernières connaissances en la matière, le CRAAQ propose une mise à jour avec deux nouveaux protocoles de caractérisation : lisiers de porc et fumiers issus de la production d’œufs de consommation. Le respect de ces deux plus récents protocoles permettrait d’obtenir des valeurs jugées statistiquement acceptables pour les calculs relatifs à la fertilisation et au respect de l’environnement. Notons que ces protocoles sont spécifiques aux conditions de gestion de lisiers et fumiers régulièrement rencontrées sur les exploitations agricoles québécoises et que pour les exploitations qui auraient des conditions de gestion particulières, une adaptation des protocoles sera nécessaire. Évidemment, pour les autres types de productions (laitières, boucherie, etc.), le protocole de référence approprié (gestion liquide ou solide) devra être adapté pour s’assurer de recueillir des données statistiquement représentatives.

Exprimer son caractère
De façon générale, la caractérisation s’effectue d’une part, en quantifiant les volumes vidangés lors de chaque chantier d’épandage ou de chaque sortie de bâtiment et d’autre part, en échantillonnant de manière représentative le volume total de déjections à vidanger annuellement.
Pour quantifier les volumes de liquide, il faut d’abord bien connaître les dimensions de sa structure d’entreposage (mesures intérieures). Ceci permet d’estimer le volume de déjections entreposées annuellement en faisant la différence entre la hauteur de lisier à la fin de la saison d’épandage et au début de la saison suivante ramenée sur une base annuelle. Ces mêmes mesures, prises avant et après chaque chantier d’épandage, serviront à calculer les volumes totaux réels épandus par chantier et produit sur une exploitation. Dans le cas des fumiers solides, il faudra plutôt connaître le volume et le poids de l’équipement de transport, de la pelle de chargement ou de l’épandeur selon le cas. L’équipement de transport (ou de l’épandeur) devra être pesé une fois vide ainsi qu’au moins 5 fois avec des voyages de fumier répartis à intervalles réguliers sur l’ensemble du volume. Vous trouverez des balances à camion dans plusieurs coopératives et auprès de certains commerces de votre région.

Le laboratoire Agroalimentaire offre des résultats d’analyse de fumier en kg/t. De ce fait, les pesées de camion ou d’épandeur à fumier sont essentielles pour déterminer la masse volumique moyenne du fumier à caractériser et éventuellement, la quantité d’éléments fertilisants dont vous disposez.

Pour échantillonner de façon représentative le volume total d’effluents d’élevage, il est primordial de répartir les prélèvements de fumier ou de lisier le plus uniformément possible sur tout le volume à vidanger. Au niveau du fumier solide, on recommande de prendre au moins 15 prélèvements pour constituer un échantillon et de prendre au moins un échantillon par chantier d’épandage. Qu’un seul ou 3 échantillons soient nécessaires, ils devront tous être constitués d’au moins 15 prélè­vements. Dans le cas du lisier, on conseille de prendre un échantillon par chantier d’épandage (jusqu’à un maximum de 3) et 15 prélèvements au total répartis sur l’ensemble des chantiers. Par exemple, un producteur qui planifie faire trois chantiers d’épandage (au printemps, après une coupe de foin et à l’automne) devra prendre trois échantillons, chacun constitué d’un minimum de cinq prélèvements.

Dans tous les cas, plus le fumier ou le lisier est homogène, plus les résultats d’analyses seront fiables. Il sera donc préférable d’effectuer les prélè­vements de fumier dans le camion de transport ou dans l’épandeur plutôt que directement dansl’amas et ceux de lisiers après qu’ils aient été brassés au moins deux heures au préalable et tout au cours du chantier d’épandage.
 
Les protocoles complets sont disponibles sur le site Web du CRAAQ à l’adresse :
http://pub.craaq.qc.ca/transit/validees/tdm.pdf

Pour l’envoi de vos échantillons, vous pouvez vous procurer les pots pour engrais organiques avec leur formulaire et emballage en contactant votre coopérative.


Quelles sont vos valeurs?
Une section de votre plan agroenvironnemental de fertilisation regroupe l’ensemble des recommandations en engrais organiques et minéraux nécessaires pour combler les besoins de vos cultures en éléments fertilisants. En absence de caractérisation, nous ne pouvons qu’utiliser des valeurs de référence moyenne. Mais est-ce que cette moyenne correspond à la réalité de votre entreprise? Si la réponse est non, cela peut engendrer des conséquences importantes en terme écono­mique, logistique ou réglementaire. Par exemple, un producteur s’étant engagé par entente d’épandage à fournir une quantité de lisier à un voisin pourrait se voir dans l’impossibilité de respecter son engagement par manque de lisier. De la même manière, une exploitation qui aurait surestimé sa charge totale en éléments fertilisants pourrait obtenir un bilan de phosphore en surplus, une sous-fertilisation de ces parcelles en cultures ou encore devoir chercher des terres en location alors que ce n’est pas nécessaire.

Bien que toute cette démarche puisse paraître complexe, l’expert-conseil en agroenvironnement de votre coopérative sera en mesure de vous accompagner tout au long du processus, que ce soit pour vous expliquer le protocole qui s’appliquera à votre entreprise ou pour vous fournir la liste des éléments que vous devrez consigner par écrit. Bonne saison!


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