Sur les marchés de New York et Vancouver, les poulets rouges de race Redbro font fureur.
Seront-ils aussi populaires sur le marché québécois?




Si pour vous le Cobb ou le Ross, c’est bonnet blanc ou blanc bonnet, sachez qu’une troisième voie s’offre à vous : le poulet de race Redbro.

Redbro, comme son nom l’indique, est un red broiler, un poulet rouge. Mais la différence ne s’arrête pas à la couleur des plumes. Imaginez un poulet bien charpenté, aux pattes fortes, plus rustique, donc bien adapté aux basses-cours, résistant aux stress et aux maladies et qui a fière allure avec son plumage rouge-brun. Au poulailler, un comportement plus calme face aux humains, plus curieux et plus actif. Dans l’assiette, une viande tendre, légèrement plus foncée et moins grasse comme les viandes sauvages, gorgée de saveurs du fait d’un élevage un peu plus long, et en bonus, un rendement en viande appréciable. Ça vous donne envie de l’essayer?

Pour les producteurs qui ciblent des marchés spécifiques (marchés ethniques, marchés de l’hôtellerie et de la restauration, marchés publics…), le poulet de race Redbro a fait ses preuves. Il répond bien aux méthodes d’élevage fermières, anciennes, extensives ou biologiques, des méthodes qui sont souvent des arguments de vente et de marketing appréciables pour ces marchés.

Le Redbro, raconte Gilles Labonté, représentant avicole de La Coop fédérée, est un poulet développé par la compagnie Shaver, dans les années 70. Alors à l’emploi de la compagnie J.O. Lévesque de Bedford, dans Brome-Missisquoi, Gilles Labonté reçoit, en 1996, une demande d’un client étatsunien qui aimerait élever un poulet coloré pour la vente sur les marchés de volailles vivantes de New York.

Parallèlement, le professeur en aviculture de l’Université Laval, Michel Lefrançois, évalue différentes races de couleur à la station de recherche de Deschambault, dont le Redbro. Face à des résultats démontrant les bonnes performances du Redbro, Gilles Labonté fait son nid : il importe de la France (Shaver est entre-temps passée aux mains d’une compagnie française, Hubbard, société du Groupe Grimaud) des reproducteurs pour les faire pondre au Québec, incuber les œufs et vendre les poussins à son client étatsunien. Une relation d’affaires naît, une nouvelle race s’élève en Amérique du Nord.

À l’été 2000, cinq coopératives agricoles de la Montérégie achètent le secteur avicole de J.O. Lévesque. On reconnaît l’expertise de Gilles Labonté dans le marché du poulet Redbro en l’embauchant à titre de représentant avicole.
 
Gilles Labonté Jacobsen, 62 ans, connaît la génétique avicole colorée, dont celle du Redbro, sur le bout de ses ergots, résultat de 40 années de travail dans le domaine avicole.

« Aujourd’hui, grâce au travail de Gilles Labonté, La Coop fédérée peut se targuer d’être le principal fournisseur de génétique Redbro en Amérique du Nord », n’est pas peu fier de dire Martin Véronneau, premier directeur des Productions avicoles.

Vers New York
La grande majorité des poussins femelles Redbro sont acheminés au sud de la frontière, chez un Canadien originaire de Niagara Falls produisant en Pennsylvanie. Là, les oiseaux sont élevés 10 semaines avant d’être expédiés, vivants, plu­sieurs fois par semaine, sur les marchés vivants.

Mais allons-y dans l’ordre. La ponte des 30 000 reproducteurs se déroule dans les pondoirs de La Coop fédérée, situés à Wickham. Les œufs prennent ensuite le chemin du Couvoir La Coop de Victoriaville. Pour pouvoir exporter aux États-Unis le fruit de l’incubation – des poussins d’un jour au duvet roux – le pondoir doit recevoir la visite mensuelle obligatoire de la vétérinaire spécialisée en aviculture Francine Dufour, qui signe un certificat de santé vétérinaire pour l’exportation, passeport exigé par Agriculture et Agroalimentaire Canada et par le United States Department of Agriculture (USDA). Exporter du vivant outre frontière amène son lot de paperasseries, pour ne pas dire de tracasseries. Si on doit attester de la santé des oiseaux à coup de documents officiels, il faut aussi se plier aux horaires des médecins vétérinaires du USDA, qui changent de poste frontière d’une journée à l’autre de la semaine.

L’une des particularités avec le Redbro, c’est que la demande actuelle est beaucoup plus forte pour les femelles, que la clientèle asiatique apprécie pour ses supposés bienfaits aphrodisiaques. Les prix des poussins reflètent donc cette demande, les femelles étant un peu plus chères que les mâles, au contraire des poussins blancs Cobb, Ross et Hubbard.

À New York, les marchés de vente de volailles vivantes sont tout ce qu’il y a de plus dépaysant, pour nous Canadiens qui sommes habitués à des normes de salubrité sévères pour la volaille.

Heureusement, selon Gilles Labonté, les vétérinaires du USDA exercent un contrôle qui s’est fortement resserré dans les dernières années dans la centaine de points de vente de la grande région de New York (incluant Boston et le New Jersey). Et l’homme de 62 ans, dans le domaine avicole depuis 40 ans cette année, sait de quoi il parle. Domicilié à Bedford, à quelques kilomètres de la frontière, Gilles Labonté sillonne constamment les routes de la Nouvelle-Angleterre. Il connaît le marché du poulet de couleur sur le bout de ses ergots!

Voici donc le scénario : vous entrez dans un Live Poultry Markets de Harlem, du Lower East Side ou même de Manhattan. Poulets rouges, blancs, gris ou noirs, canards, pintades, cailles et oies sont en cages, attendant leur dernière heure. C’est vous qui avez le dernier mot sur le choix du spécimen qui finira dans votre assiette. La majorité des immigrants, qui ont connu ce genre de marché dans leur pays d’origine, aiment voir les volailles vivantes avant leur abattage, une question d’appréciation de la qualité et de la fraîcheur (!) du produit. Après un passage de cinq à dix minutes dans l’arrière-boutique (abattage et préparation), le préposé vous tend un paquet contenant votre volaille, plus fraîche que fraîche. Gilles Labonté estime la taille du marché du poulet de couleur à 100 000 oiseaux abattus par semaine.

Vers Vancouver
Virginia et Jens-Hugo Jacobsen élèvent des canards et des poulets Redbro à Chilliwack, dans la vallée du fleuve Fraser. Leur clientèle de restaurants et d’hôtels chics demande des produits non traditionnels, produits différemment. Dans cette optique, le Redbro cadre bien.

Présentement, cinq fois par années, des poussins mâles Redbro sont aussi expédiés par avion vers Vancouver, chez un couple qui élève des poulets fermiers à Chilliwack, Colombie-Britannique, dans la vallée du fleuve Fraser, et qui fournit de grands restaurants… mais ne fournit pas à la demande! Paraît-il que les grands chefs de Vancouver et de nombreuses boucheries fines s’arrachent littéralement les volailles Redbro qui leur rappellent le poulet Label rouge si populaire en France.

The Wickaninnish Inn, un prestigieux établissement Relais & Chateaux; le restaurant Lumière et le Bistro Moderne, dont les menus sont pondus par le célèbre chef français Daniel Boulud; le Raincity Grill dans le Vancouver West End; tous craquent pour le poulet de Virginia et Jens-Hugo Jacobsen de la ferme Polderside. Ce ne sont pas des restaurants traditionnels; ils ne veulent donc pas de poulets traditionnels. Daniel Boulud s’est même permis de visiter la ferme pour en connaître plus long sur les méthodes d’élevage. Comme le dit Virginia, « notre clientèle lit les étiquettes, pose des questions et ne fait généralement pas confiance aux aliments industriels surtransformés ». Deux ans seulement après leur établissement en aviculture, la production de poulets fermiers de Polderside Farm trouve preneur… avant même le début des lots!

La méthode d’élevage : alimentation biologique composée de grains entiers roulés et de graines de tournesol servies à la volée pour les trois dernières semaines d’élevage, faible densité (plus de trois pieds carrés par oiseaux), élevage sur neuf semaines. Une fois les poulets bien emplumés,
portes et fenêtres sont grandes ouvertes pour laisser le soleil et l’air frais pénétrer, mais les animaux n’ont pas accès à des parcours extérieurs; on ne badine plus avec la biosécurité dans une vallée du Fraser qui a connu la grippe aviaire. Jens-Hugo évalue le taux de conversion alimentaire entre 2,0 et 2,5.

Vers la côte ouest… et le Québec
Le prochain défi de Gilles Labonté sera de pénétrer le marché de la côte Ouest étatsunienne, qui ne manque pas de Chinatowns et de populations immigrées. Aux États-Unis, l’absence de système de contingentement facilite l’échafaudage de structures de production.

Mais le marché québécois est aussi un dossier ouvert sur son bureau. Bien que les gentlemen-farmers soient nombreux à privilégier le Redbro pour l’élevage de leurs 100 poulets par année (limite de production sans quota), Gilles Labonté recherche toujours des fermes souhaitant élever des coqs Redbro sur une base régulière.

Martin Véronneau a même en tête la concession d’exclusivités régionales pour l’élevage du Redbro pour, par exemple, les marchés des Cantons-de-l’Est, de Mont-Tremblant, de l’Outaouais, de Québec et de Montréal. Et compte tenu des multiples possibilités pour le Redbro dans la restauration haut de gamme, les marchés ethniques et la mise en marché directe, comme on dit, un éleveur averti en vaut deux.

Le Redbro, performant?

Côté performances, à l’âge de 50 jours, les femelles pèsent en moyenne 2,18 kg alors que les mâles poussent l’aiguille à 2,57 kg. Pour des résultats d’élevage complets, voir l’article d’Édith Descarreaux, experte-conseil avicole, dans l’édition d’octobre 2008 du Coopérateur, disponible sur Internet à l’adresse :

http://www.lacoop.coop/cooperateur/articles/2008/10/p42.asp



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