« Nos vaches sont des athlètes qui courent le marathon, lance Jean Bissonnette en les désignant du doigt. Elles ont besoin d’une alimentation de pointe. »

« Pour avancer, poursuit l’entrepreneur, on a besoin d’information chiffrée à portée de main pour observer et comparer. Faire du benchmarking pour prendre des décisions en toute connaissance de cause. On a prononcé une conférence lors d’un colloque des CAB, Elyse et moi. Ça oblige à clarifier tes idées, à faire preuve de synthèse et à élaborer ton plan d’élevage. »

Cet exercice de réflexion leur a fait réaliser que le premier objectif, c’est d’être rentable. « La machine à imprimer de l’argent, c’est le bulk tank et les vaches qui produisent ce qu’il y a dedans,
dit-il. Avant de pousser la conformation, la géné­tique et l’élevage, il faut penser régie de l’alimentation et de l’environnement dans l’étable. »

Jean Bissonnette, 45 ans et Elyse Gendron, 40 ans, propriétaires de la ferme Val-Bisson, à Saint-Polycarpe, misent sur la gestion optimale de toutes les sphères d’activités de leur ferme. En effectuant les choses eux-mêmes ou en les donnant à forfait.

« Le benchmarking, c’est ce que les entreprises agricoles négligent, indique Jean qui adhère à un groupe de gestion depuis plus de 25 ans. On a maintenant une foule de données à notre disposition. On sait, par exemple, ce qu’il nous en coûte en carburant par hectare. »

La ferme possède un quota de 75 kilos. Elyse et Jean, ensemble depuis 1990, n’ont pas de relève, ils développent par pur plaisir. Le nombre de vaches est stable et la production augmente. Depuis 1989, ils ont mis la main sur une trentaine de kilos de quota, dont 22 entre 1996 et 2001. « Dans l’entreprise, on doit déterminer les trois ou quatre éléments auxquels on tient vraiment et s’y consacrer à fond », dit Elyse. Au champ, on mise sur des fourrages de qualité et des revenus élevés tirés de la culture du maïs et du soya. Pour l’alimentation, on combine haute performance et coût à l’hectolitre raisonnable. Et pour le troupeau, le couple s’affaire à développer des familles de vaches élites tout en tirant le maximum de profit du quota.
 
La maison, construite en 1853 par un tailleur de pierres, l’Écossais Ronald Macdonald, a été entièrement rénovée par le couple en 2001. À l’époque, de nombreux Écossais s’étaient établis dans la région.

« Ça nous prend donc des experts-conseils pour nous stimuler et nous faire rêver », souligne Jean. Aux yeux du couple, Simon-Pierre Loiselle, Hugues Ménard et Sylvain Boyer, tous trois du réseau La Coop, font partie de cette catégorie de professionnels de l’agriculture qui donne des ailes.

« Nos pratiques, nous sommes prêts à les remettre en question, fait savoir Jean. Ce qu’on attend de nos experts-conseils, c’est qu’ils nous poussent à aller plus loin. Je ne veux pas qu’ils se contentent de me dire que tout va bien et que nos vaches sont belles en me donnant une petite tape dans le dos. Parfois, c’est d’un coup de pied au cul qu’on a besoin. Les experts-conseils ont cette distance face à notre entreprise que nous pouvons difficilement avoir. D’une visite à l’autre, ils peuvent déceler une différence dans l’allure des vaches ou dans leur environnement. »

Leur ouverture d’esprit a donné lieu à quelques essais. Deux années de suite, pendant trois mois, Elyse et Jean ont expérimenté trois traites par jour. « La quantité de lait a augmenté, dit Jean, mais les tests de composants ont baissé. Et avec la gestion que ça nous demandait, ça n’en valait pas la peine. »

Une étable solaire, construite en 2003, abrite les taures et les taries. Un environnement lumineux, aéré et spacieux qui a grandement amélioré la qualité de l’élevage.

Ils ont aussi misé sur le vêlage jeune. En 2008, la moyenne au vêlage était de 24 mois. Douze taures, dont plusieurs avaient même mis bas à 21 mois, ont décroché la classification TB à leur premier veau. « Si elles sont bien alimentées, il n’y a pas d’inquiétude à y avoir, assure Elyse. Elles poursuivront leur croissance durant la lactation. Il y a un avantage certain à viser 24 mois plutôt que 30. On sauve six mois à les alimenter sans qu’elles ne produisent de lait. »

Pour cela, un programme alimentaire de pointe est de première importance. Rappelez-vous les coureuses de marathon que sont leurs vaches. Des fourrages jeunes, de haute qualité, constituent la base de la ration totale mélangée, un système d’alimentation adopté en 1983. L’ensilage de luzerne, à haute énergie, est récolté sur 45 hectares à la ferme. « Une luzerne de mauvaise qualité nous forcerait à acheter davantage de suppléments, ce qui hausserait les coûts d’alimentation », dit Elyse. « Tu es victime de ce que tu as, ajoute Jean. Au champ, on privilégie la qualité avant le rendement. »

Pour le foin sec, produit principalement en balles de 363 kilos (800 livres), le couple a opté pour le forfait. On confie également semis, battages et épandage des fumiers. Depuis trois ans, le semis direct gagne du terrain. On n’entretient que cinq hectares de pâturages. Les vaches sont gardées à l’intérieur (le contrôle de l’alimentation y est plus simple) de façon à maximiser l’usage des terres au profit des grandes cultures (55 hectares de maïs grain et 50 hectares de soya).

Le lait est leur véritable passion. C’est donc à l’étable, où résonnent la musique rock de CHOM FM aussi bien que les émissions culturelles de Radio-Canada, qu’ils dépensent leur énergie et leur argent. Non pas dans la machinerie. « À défaut de cuma, nous avons de vieilles machineries », dit Jean. Une vision porteuse d’avenir, selon le couple. « La ferme efficace, qui peut se remettre en question pour évoluer, passera au travers des intempéries, y compris les décisions de l’OMC. » « La production laitière est très stimulante pour l’occupation du territoire, croit Elyse. Si un jour les quotas sont abolis, elle ne disparaîtra pas pour autant. »

 


Trippant troupeau

66 vaches, 22 taures,
37 génisses
Moyenne (54 relevés) :
10 781 kg, 3,8 % M.G.,
3,2 % protéine,
MCR 246-254-251
Classification : 1 EX-2E,
33 TB, 27 BP, 4 B, 1 NC
14 Val-Bisson TB dans d’autres troupeaux
IPV : 30e rang au Canada

La taure Loganway Blackstar Daily TB-86 6 étoiles, acquise en 1992, a marqué l’élevage de haut statut génétique à la ferme.

Bonne bouffe
RTM gérée par autoration
2 groupes :
50 kg; 40 kg
Ensilage de luzerne
Ensilage d’avoine et pois
Supplément Synchro Flex
Supplément Simplex en couverture
Maïs humide moulu
Minéraux P-6
Fortifiant et bicarbonate
Foin sec
Vaches fraîches :
Startlait et foin sec

En 2000, grâce à l’installation d’un système de ventilation tunnel, les conditions d’élevage se sont beaucoup améliorées.

Plus jeune, Jean confrontait allègrement son père. Les deux hommes étaient comme deux lions dans une même cage. C’était le choc des générations et des idées. À l’école et lorsqu’il travaille au PATLQ avant de s’établir, il constate que l’entreprise de son père est avant-gardiste. Gilles, qui a acquis la ferme de son propre père en 1956, a étudié à l’école d’agriculture, ce qui est rare pour l’époque. Son troupeau est modeste. Il emprunte pour drainer les terres. Emprunter pour ça? On le traite de fou. Il est aussi un des premiers à cultiver la luzerne dans la région. Il visite des fermes en stabulation libre aux États-Unis, puis adapte le concept à sa propre exploitation. « L’innovateur cherche à comprendre, non pas simplement à imiter », dit Jean.

Gilles et son épouse Monique, médaillés d’or et commandeurs de l’Ordre national du mérite agricole en 1975, ont transféré l’entreprise à leur fils en 1989. Elyse, actionnaire depuis 2001, se décrit comme la lionne qui a pris la place de l’autre lion dans la cage. Ses grandes valeurs : le savoir, la performance et l’ouverture sur le monde. « En secondaire 5, je voulais être savante, tout découvrir. » Fille de René Gendron, producteur élite de Saint-Antoine-sur-Richelieu, elle a poursuivi ses études jusqu’au baccalauréat en agronomie à l’Université Laval. Jean a complété un DEC en zootechnie de l’ITA, campus de Saint-Hyacinthe.

Grâce à Daniel Cadieux, ancien producteur laitier à leur emploi depuis 10 ans, Elyse et Jean peuvent vaquer à leurs engagements la tête tranquille. Elle est présidente du Comité bovins laitiers au CRAAQ et siège au conseil de cette organisation. Elle a également été présidente du 30e symposium des bovins laitiers. Outre Agri-Réseau, une de leurs sources préférées d’information, les symposiums leur permettent de rencßontrer directement les chercheurs pour obtenir de l’information de première main.

 
L’entreprise a diversifié ses revenus d’élevage en commercialisant des embryons. Une activité qui a représenté 45 % des ventes en 2008.

S’ils sont ouverts au changement, Elyse et Jean n’en sont pas moins des adeptes du concept KISS : Keep It Simple, Stupid. En d’autres mots, garde ça simple. « Un nouveau produit, il faut pouvoir l’intégrer sans peine. Tout comme une nouvelle technologie doit être facile à déléguer. À la ferme, on veut pouvoir être remplacés », indique Jean.

Jean est président de La Coop des Frontières depuis 2006. « Pour moi, la coopération est un principe important, mais ce n’est pas une religion, dit-il. Je n’ai aucun problème à ce qu’on en questionne les orientations. Plus qu’une marque de commerce, La Coop est une interaction entre individus. Comme à la ferme, le modèle doit pouvoir se renouveler à la lumière des nouvelles réalités. C’est un outil extraordinaire et je le force à être encore meilleur. » Selon Jean, cela passe par une plus grande diversité au conseil : hommes, femmes, jeunes, vieux, productions variées, élargissement des assises de La Coop en faisant affaires avec toute la ruralité et en s’engageant davantage dans la communauté.

Puis Elyse et Jean nous ramènent sur le plancher des vaches. Leur conseil aux jeunes : « Ne pas se lancer trop vite dans les projets coûteux. Il faut d’abord maîtriser la base. »
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