Alain Bourgeois et Danielle Paquin, propriétaires de la Ferme du Passeporc, étaient déjà des habitués du tableau d’honneur de l’Agrepp. Leur consécration en tant que Ferme porcine de l’année à l’Expo-Congrès du porc (catégorie grand gagnant et catégorie naisseur) l’atteste définitivement : cette ferme de Mirabel est un modèle, un haut lieu de productivité et d’efficacité.


Si la Ferme du Passeporc a remporté le titre de Ferme de l’année, c’est en raison de la passion, véritable ciment de l’entreprise, juge Alain Bourgeois, diplômé de bioagronomie de l’Université Laval. C’est la passion qui garde intense notre intérêt pour la production et qui nous fait garder notre routine. »

Le succès n’est quand même pas venu tout seul. Son temps, Alain Bourgeois ne veut pas l’investir seulement dans sa porcherie. Y travailler en moyenne 55 heures par semaine, cela lui suffit. En 2006, 2007 et 2008, il a réussi ce tour de force : produire plus de 29 porcelets sevrés par truie productive par année. Si le chiffre magique de 30 porcelets le turlupine un brin, il n’est pas prêt à donner cinq ou dix heures de plus par semaine juste pour faire un chiffre.

Alain (gestion, maintenance et tâches diverses) et Danielle (tests de gestation par échographie et comptabilité) comptent aussi sur une petite équipe dynamique et polyvalente : la fille aînée d’Alain, Geneviève (actuellement en congé de maternité, elle est remplacée par David Tremblay) et son gendre José Montán, originaire de la République dominicaine. José travaille à la ferme depuis son démarrage, en 2000.

Pénétrons donc sans tarder dans un monde de productivité et d’efficacité, celui de la Ferme du Passeporc. Visite guidée en 10 arrêts :

1) Protocole de détection/insémination
Les truies sont détectées et inséminées aux 24 heures, l’avant-midi. Alain a soupesé l’affaire longtemps, pour conclure que le moment le plus fécond pour inséminer est l’avant-dernier jour d’immobilité de la truie. Pour mieux évaluer la longueur des chaleurs des truies, on vérifie les inséminations réalisées lors de la précédente portée sur les vieilles cartes du sevrage. L’instant précis de l’insémination devient donc du cas par cas.

Immédiatement après la détection (verrat dans une cage mobile), on insémine avec une sonde Gedis et on appose une selle sur le dos de la femelle. Les truies qui rejettent la sonde ou de la semence le jour estimé crucial peuvent recevoir une dose intra-utérine.

2) Tournée de la gestation
Passer un verrat devant les truies saillies dont la date de retour en chaleur approche, c’est commun. Ce qui l’est moins, c’est de faire, deux fois par semaine, la tournée complète de la gestation avec Ti-gars pour s’assurer que toutes sont gestantes et en santé!

3) Une roue pleine
La ferme a une propension à maximiser l’utilisation de ses infrastructures. Pour Alain Bourgeois, une place vide égale des frais sans revenus. La roue est tellement pleine qu’il arrive qu’Alain doive faire patienter des truies dans un couloir de lavage, le temps qu’il nettoie une chambre de mise bas!

 
Une portée généreuse et assez de tétines pour l’alimenter! Que demander de mieux?

Une autre façon de couper dans les coûts pour Alain est d’entretenir et de réparer le maximum d’équipements par lui-même. Vous avez bien lu : Alain, un agronome capable d’opérer une soudeuse!

4) Simplifier
Même à un niveau de productivité supérieur, la ferme essaie de simplifier sa régie. On a essayé d’ajuster l’état de chair des truies gestantes par l’échographie du gras dorsal ou tenté de détecter et d’inséminer les truies deux fois par jour selon différents protocoles, mais on est revenu à des méthodes plus simples et plus rapides.

5) Protocole de lavage et de désinfection en mise bas
Les cages de mise bas sont d’abord détrempées et lavées. On entre ensuite les truies et on les lave à grande eau. Puis on savonne (savon à vaisselle) au canon à mousser la chambre au complet… avec ses occupantes! Rinçage et séchage suivent, après quoi on pulvérise un désinfectant sur les cages (mais pas sur les truies, déjà assez propres merci!).

 

1435 et 1860,
des super-truies!

Les non-initiés demandent souvent à Alain combien de temps peut vivre une truie. Dans l’élevage moderne, on garde seulement les animaux productifs (en moyenne pour cinq ou six portées à la Ferme du Passeporc), mais il arrive que des truies performent bien plus longtemps. Sur cette ferme, les truies no 1435 (16 portées, 237 porcelets nés vivants pour une moyenne de 14,80 nés vivants) et no 1860 (12 portées, 205 porcelets nés vivants pour une moyenne de 17,08) n’ont que faire d’une réforme anticipée!


6) Les adoptions
Avec des truies qui cochonnent réguliè­rement des 14, 15 ou 16 porcelets, une bonne régie d’adoption est plus que nécessaire pour faire face au joyeux problème de porcelets surnuméraires. Les adoptions se font en cascades dans les 24 premières heures après la mise bas. On libère pour cela des truies de leurs porcelets par un présevrage effectué à plus de 12 jours de lactation.

Les chiffres de production de Ferme du Passeporc donnent le tournis : 15, 16, 18, 19 porcelets
nés vivants… Cette année, on a produit plus de 29 porcelets sevrés par truie par année.

Mais on n’a pas toujours recours aux nourrices : lors de la visite du Coopérateur, Alain venait juste de sevrer une portée de 16 porcelets! Cette dernière était une truie alfa+, mais la ferme compte aussi des Youna, dont Alain aimerait augmenter la proportion dans le troupeau.
Pour compenser l’effort énergétique déployé par les truies pour allaiter tous ces p’tits monstres, on sert une moulée lactation haute en énergie et protéine à volonté dans la section des mises bas ainsi qu’au bloc saillie, jusqu’à quelques jours après l’insémination.

7) Prise de notes et calendriers
Chez Ferme du Passeporc, on s’enfarge presque dans les calendriers et les tableaux de résultats! Les performances actuelles et antérieures sont étalées à la vue de tous pour motiver les troupes et faciliter les diagnostics. Les résultats, qui sont également saisis dans le logiciel Winporc, ne croupissent donc pas dans le fond d’un ordinateur!
La prise de notes est aussi digne de mention : les cartes d’alimentation contiennent un histo-rique de consommation (d’une mise bas à l’autre), pour cerner la capacité post-partum d’ingestion d’aliment des truies. On note aussi scrupuleusement la capacité laitière des truies pour faciliter le choix des meilleures truies adoptives.

8) Porter attention aux truies primipares
Les truies primipares reçoivent toutes une injection de PG-600® après le sevrage, sauf celles trop maigres dont on reconditionne d’abord l’état de chair avant la saillie.

9) Bien-être des animaux
Pour combattre les grandes chaleurs estivales, les entrées d’air des neuf chambres de mise bas sont pourvues de pulvérisateurs de microgouttelettes d’eau qui adoucissent la température quand le mercure dépasse 27 °C (80 °F). En gestation, la ferme est équipée de ventilateurs de plafond qui rafraîchissent l’air par convection.
Pour ce qui est du bien-être des porcelets, la ferme adopte occasionnellement une méthode draconienne pour diminuer le nombre de porcelets écrasés : on immobilise couchée les truies en attachant à la cage de mise bas les deux pattes du coté plancher pendant les quelques heures péri et post-partum. Mais attention : on n’utilise cette méthode que pour les truies agressives ou hyperactives.

 
La Ferme du Passeporc compte sur d’excellents
employés, dont José Montán, originaire de la République dominicaine et qui travaille à la ferme depuis ses débuts, en 2000.

10) Biosécurité Les mesures de biosécurité sont nombreuses, ce qui permet d’exploiter un troupeau séronégatif SRRP et mycoplasme.

Éventuellement, la ferme aimerait bien produire ses propres cochettes, ce qui diminuerait les entrées d’animaux (seulement une ou deux entrées d’animaux de race pure par année). Des conflits de zonage avec la MRC de Mirabel rendent toutefois ces projets incertains. À suivre…


La Ferme du Passeporc compte environ 800 truies logées dans une gestation à ventilation naturelle et dans neuf chambres de mise bas.







Francis Guay et Valérie Tanguay de la Ferme Franky 2004 ont réussi, à force d’efforts et d’un judicieux choix d’équipements, à se hisser au palmarès des fermes porcines les plus productives du Québec.

En 1996, le jeune Francis, qui sort tout juste du Cégep de Lévis-Lauzon, désireux de s’établir sur la ferme laitière de ses parents Louis-Philippe et Huguette Fortier, constate que l’entreprise familiale, avec ses 30 vaches en lactation, doit dégager plus de revenus pour faire vivre deux familles. Le dilemme : agrandir la ferme laitière ou ajouter une nouvelle production à l’entreprise. On choisit la production porcine, pour au moins deux raisons : l’occasion de pouvoir engraisser des porcelets de leur coopérative locale, La Coop Langevin, et l’avantage de pouvoir fertiliser leurs nombreuses cultures (162 hectares) avec le lisier.

On décide donc de construire un engraissement de 1060 places qui sera opéré à forfait pour le compte de La Coop Langevin. Après cinq années d’opération, Francis et Valérie décident d’acheter l’inventaire d’animaux et d’exploiter la ferme à leur propre compte. En 2004, on agrandit pour permettre le logement d’un total de 1310 porcs. Le bâtiment fait aujourd’hui 28 mètres sur 44 mètres.
Puis les beaux lots s’accumulent et la ferme finit par s’inscrire au concours de la Ferme porcine de l’année (catégorie finisseur) de l’Expo-Congrès du porc. La tentative n’est pas vaine : la ferme voit ses efforts récompensés par l’obtention du titre, en avril dernier. Au moins 10 raisons étayent
ce couronnement :

1) Utilisation de balances-trieuses
La ferme est divisée en trois sections (une de 550 places et deux de 420) comportant chacune leur balance-trieuse. Le principe : à partir de la huitième semaine d’élevage, pour aller s’alimenter dans l’aire dite « cafétéria », les porcs doivent passer par une balance qui enregistre leur poids. La balance-trieuse peut même trier les animaux qui font le bon poids d’abattage grâce à un système de porte en Y. Imaginez les possibilités de suivi : on connaît précisément le poids des lots à tout moment, donc l’évolution des performances. Un autre avantage de la balance-trieuse est de ne pas être obligé de faire jeûner inutilement tous les animaux avant l’envoi vers l’abattoir.

Même si beaucoup d’animaux sont en contact les uns avec les autres, Francis dit ne pas avoir de problème de cannibalisme (queues mangées) parce que les porcs ont beaucoup d’espace pour se sauver s’ils deviennent le joujou de porcs plus dominants.

2) Un partenariat avec La Coop Langevin

Francis Guay a pu bénéficier d’un partenariat avantageux avec sa coop quand il a démarré en production porcine. La ferme avait d’abord vendu une partie de terrain à La Coop Langevin pour l’érection d’une pouponnière. En construisant son engraissement à moins de 200 mètres de cette pouponnière, Francis a pu partager bon nombre d’installations et de services avec sa coop (chemin d’accès, fosse, branchement électrique, génératrice, déneigement, coût moindre du transport des animaux, etc.).

3) Proximité de la pouponnière pour minimiser le stress du transport
Située à un jet de pierre de l’engraissement de la Ferme Franky, la pouponnière achemine ses porcelets à l’engraissement plus vite qu’en criant « stress du transport », ce qui facilite la transition des jeunes animaux d’une ferme à l’autre. Cette proximité participe aussi à un meilleur statut sanitaire du cheptel.

4) Éloignement d’autres fermes porcines
Située à Sainte-Sabine, aux confins de Chaudière-Appalaches, la Ferme Franky est éloignée d’au moins 12 km de la ferme porcine la plus proche. De plus, la ferme n’est pas sur un axe routier où voyagent des transporteurs de porcs. Conséquemment, les animaux de la Ferme Franky sont séronégatifs quant au SRRP et au mycoplasme. Exit les bibittes!
 
Mario Goupil, expert-conseil en production porcine, a été d’un secours précieux pour préparer la Ferme Franky au concours de la Ferme porcine de l’année de
l’Expo-Congrès du porc.

5) Optimisation de la superFicie d’élevage

Chacune des trois sections de la porcherie se divise elle-même en trois sous-sections. Dans chaque section, une des sous-sections sert de section tampon pour isoler des animaux malades ou les animaux des fins de lot. Ce faisant, on peut commencer le lavage des deux premières sections plus rapidement, ce qui résulte en un meilleur vide sanitaire, d’une durée d’une semaine chez Franky. En début d’élevage, les animaux sont aussi regroupés dans seulement deux sous-sections plutôt que trois, ce qui diminue les coûts de chauffage. On donne accès à la troisième sous-section vers la quatrième semaine d’élevage.

6) Des planchers 100 % lattés
Ceux-ci gardent les animaux très propres.

7) Ventilation par extraction basse
Ce type de ventilation, qui fait passer l’air entre les animaux et les interstices du plancher, permet d’assécher et de réchauffer davantage le plancher selon Francis Guay. Résultat : des animaux plus propres et plus confortables.

8) Utilisation des mouches Ophyra
Plutôt que d’utiliser des insecticides, Francis utilise une méthode biologique de contrôle des mouches domestiques : la mouche prédatrice Ophyra aenescens, dont la larve vorace s’alimente de larves de mouches domestiques, mouches domestiques qui sont sources de stress et vectrices de maladies. L’Ophyra vit sur la croûte semi-solide du lisier accumulé sous les lattes. En ne vidangeant pas complètement ses sections, donc en laissant toujours en place quelques pouces de lisier, Francis n’a même pas besoin de réensemencer le lisier avec de nouvelles mouches Ophyra, d’ordinaire assez coûteuses à l’achat. Les savons et désinfectants ne viennent pas à bout non plus de cette mouche, précieuse alliée du bien-être des porcs (même au stade aillé, l’Ophyra préfère rester dans la noirceur sous les lattes, ce qui n’incommode pas les cochons).
 

9) Un mur solaire
Quand est venu le temps d’agrandir la porcherie en 2004, Francis a décidé de tester l’efficacité du chauffage passif solaire en installant un mur solaire noir sur la façade sud. Et ça fonctionne! Quand l’ensoleillement est complet, l’air qui entre dans la porcherie est réchauffé d’au moins 10 °C, sondes de température à l’appui, ce qui coupe dans les coûts de chauffage.

10) Un suivi très rigoureux
Parce que les sections sont vastes et regroupent beaucoup d’animaux, Francis est obligé de quitter le couloir central pour entrer dans les parcs pour faire ses tournées. La chose a du bon : en parcourant quotidiennement chacune des trois sections, il est plus facile d’identifier des équipements défectueux ou mal réglés ou des animaux qui sont mal-en-point. Un autre bon point pour Francis!






Cette année, au nombre des six fermes finalistes dans les catégories naisseur, finisseur et naisseur-finisseur, on compte quatre finalistes approvisionnés par La Coop fédérée, dont deux ont remporté les grands honneurs dans les catégories naisseur – Ferme du Passeporc – et finisseur – Ferme Franky 2004. La Ferme du Passeporc a aussi été déclarée grande gagnante de la Ferme porcine de l’année.

Notons que les deux autres fermes finalistes – aussi approvisionnées par La Coop fédérée –, sont Ferme Luko de Saint-Ubalde, un finisseur, et Ferme Demercier de Saint-Patrice-de-Beaurivage, un naisseur-finisseur.

Au fil des ans, un grand nombre de fermes porcines fournies par le réseau de La Coop fédérée ont remporté des titres de fermes de l’année décernés dans le cadre de l’Expo-Congrès du porc. Depuis le début du concours, en 1987, 48 entreprises porcines ont remporté des premiers prix, dont 20 sous la bannière La Coop, pour une proportion de 42 %. Comment expliquer que les fermes approvisionnées par La Coop figurent toujours très bien dans ce concours ?

Premièrement, les caractéristiques de la clientèle de La Coop (producteurs indépendants ou à forfait) cadrent bien avec les critères du concours (voir critères ci-contre). La qualité du suivi technico-économique des experts-conseils Coop peut aussi expliquer que les fermes fournies par La Coop se démarquent.

Ensuite, les producteurs approvisionnés par La Coop sont habitués à travailler collectivement, et non pas en vase clos. D’une manière générale, les producteurs coop osent se comparer pour mieux évoluer, comme c’est le cas lors des analyses de l’Agrepp (Association de groupes d’éleveurs en production porcine).

Enfin, dans le contexte économique actuel de pression constante à la réduction des coûts de production, faire partie d’une filière coopérative est une façon logique d’affronter les temps durs. Répartie sur une filière complète, cette pression sur les coûts est certainement plus facile à gérer que sur les seules épaules des producteurs de porcs pris individuellement. Les producteurs peuvent s’adapter, oui, mais la filière coopérative aussi. Pensons aux efforts faits dans le cadre de Chrysalide et à tous les avantages du Porc La Coop, dont les escomptes. Mais il ne faut pas oublier que le plus important reste la qualité de la gestion qu’effectuent les propriétaires eux-mêmes.
 


Les critères du concours, en bref

Les entreprises sont jugées sur :

  • la qualité des gestionnaires
  • l’équilibre de la situation financièrela gestion technico- économique
  • la conduite d’élevage et les bâtiments
  • la gestion environnementale de l’entreprise
  • la qualité progressive de l’entreprise

Les critères d’admissibilité
du concours :

  1. Allouer la majeure partie de son temps et retirer son revenu principal de la production agricole

  2. Être propriétaire de l’entreprise et en production porcine depuis trois ans dans sa catégorie

  3. Être conforme aux normes environnementales, accrédité au programme AQC, détenir son PAEF et avoir déposé son bilan phosphore

  4. Les gagnants « Fermes porcines de l’année » sont exclus du concours pour les cinq prochaines années dans leur catégorie. Les gagnants de plus de cinq ans peuvent se réinscrire

  5. Les grands gagnants toutes catégories sont exclus du concours pour les 10 prochaines années. Les gagnants de plus de 10 ans peuvent se réinscrire



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