Le Québec a été longtemps en queue de peloton des provinces canadiennes quant au niveau de scolarité des agriculteurs. Heureusement aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Si on peut se réjouir de ce qu’on voit dans le rétroviseur, il faut néanmoins garder les yeux sur la route.



L'actualité nous l’a rappelé récemment en nous forçant à un examen de conscience sur le décrochage scolaire. Poussé par le rapport Ménard, qui s’intitule à juste titre « Savoir pour pouvoir », le gouvernement du Québec a décidé de s’attaquer à ce fléau, souhaitant le faire passer de 31 % à 20 % en 10 ans. D’ailleurs, tous s’entendent pour dire que l’un des fers de lance de la persévérance à l’école est la valorisation de la formation par les premiers concernés : les jeunes, l’école, la communauté et, plus que jamais, les parents ainsi que les entreprises.

Qu’en est-il en agriculture alors que se confondent famille et entreprise et que la relève est fragile?

Avant d’aller plus loin, nous devons lever notre chapeau à tous ces parents qui ont grandi dans une société où il fallait abandonner l’école pour prendre la relève et qui, face à leur propre transfert, ont su valoriser la formation auprès de leurs enfants ou, du moins, ne pas y faire obstacle.

Se préparer à être agriculteur ou ouvrier agricole?

Quiconque se risque à aborder le thème de la formation en agriculture doit la plupart du temps s’employer à dissiper des malentendus. D’abord, une précision s’impose : prendre le pari de la formation en agriculture ne veut pas dire discréditer la formation pratique acquise par l’expérience, la formation sur le tas. Au contraire, celle-ci est essentielle et doit être reconnue à sa juste valeur. Mais l’agriculteur d’aujourd’hui est plus qu’un ouvrier agricole : « On peut difficilement se vanter en public qu’on est chef d’entreprise et clamer du même souffle qu’on n’a pas besoin de finir son secondaire », me disait un sage producteur. Tout comme il est vrai qu’il y aura toujours d’excellents self-made men, mais ce sont des exceptions. Ces gens ont su être curieux et n’ont jamais cessé d’apprendre en s’ouvrant au monde qui les entoure.

Autre malentendu à dissiper : mes propos ne visent pas du tout à mousser la formation universitaire, mais peut-on au moins exiger un diplôme d’études collégiales (DEC) à quelqu’un qui, ayant à peine 20 ans, se prépare à gérer une entreprise valant quelques millions de dollars?
 

Ensuite, se former c’est plus qu’apprendre un métier. C’est la possibilité d’aller voir ailleurs (voir d’autres fermes que la sienne), se préparer à être un citoyen, être quelqu’un qui peut faire une différence… ce dont le milieu agricole aura toujours besoin.



La bonne nouvelle : le niveau de scolarité de la relève québécoise est supérieur à la moyenne canadienne… et à celle de l’Ontario.

Selon les données de Statistique Canada, alors qu’en 1971 le niveau de scolarité des jeunes agriculteurs du Québec était plus faible que celui des voisins ontariens, aujourd’hui il n’a plus à rougir de la comparaison (voir le tableau 1 à la page 48). En effet, à cette époque, 80 % des jeunes agriculteurs québécois avaient moins de 13 ans de scolarité, tandis qu’en 2001, ce taux avait chuté à 41 %. En com­paraison, cette même année, l’Ontario et l’ensemble du Canada enregistraient un peu plus de 50 % de jeunes agriculteurs ayant moins de 13 ans de scolarité. Cependant, d’après le recensement 2006 du MAPAQ, dont les données sont basées sur la relève établie, c’est-à-dire qui possède au moins 1 % des parts, ce sont 47 % des jeunes qui ont 13 ans de scolarité et moins. Ce taux inclut ceux qui ont obtenu un diplôme d’études professionnelles (DEP).

Reconnaissons que, même si l’attitude du milieu agricole envers l’école a changé et que l’offre des programmes s’est de plus en plus développée et démocratisée, ce résultat doit aussi s’expliquer en partie par les incitatifs de formation académique liés à la subvention à l’établissement. Ensuite, on peut applaudir le chemin parcouru, mais il reste encore à faire : au Québec près d’un jeune de la relève sur 10 n’a aucun diplôme… pas même un secondaire 5!

Autre bonne nouvelle : le niveau de scolarité des jeunes agriculteurs est équivalent, voire meilleur que celui de la population québécoise du même âge.

Là aussi, il y a eu un rattrapage évident (voir le tableau 2 ci-dessous). En 1991, 60 % des jeunes agriculteurs québécois avaient un diplôme d’études secondaires (DES) et moins, comparé à 51 % chez l’ensemble des jeunes du même âge. En 2006, ce taux a chuté de moitié et il est quasi équivalent à celui de la population active du même âge (31 % contre 29 %); si on s’arrête à la relève établie, ce taux chute à 21 %.

Le rôle des parents est crucial
Différentes études le prouvent : l’encadrement des parents, l’encouragement dans les études, la communication et la valorisation de l’effort, sont des facteurs liés à la réussite éducative, particulièrement chez les adolescents. Près de chez nous, c’est ce qu’a démontré le Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIRES) de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Leur recherche menée auprès de 525 jeunes de secondaire 3 de la vaste région Chaudière-Appalaches a identifié clairement le rôle des parents comme étant un facteur déterminant dans la réussite scolaire.

Comme société, on ne peut se satisfaire que le quart des jeunes agriculteurs du Québec ait un secondaire 5 et moins. Dans une économie du savoir, au moment où l’agriculture est exposée aux vents et marées, on entend sur toutes les tribunes que les agriculteurs « doivent être bien préparés pour affronter les défis ». Il semble qu’on puisse difficilement être un agent de changement si on ne se donne pas les moyens de se préparer adéquatement.

Tel que l’aurait dit Abraham Lincoln : si vous trouvez que l’école coûte cher, essayez donc l’ignorance!
 
Photos : © Éric Labonté, MAPAQ


1 Source des données deßs deux tableaux : Diane Parent, Traget Laval. Notre compilation des données a été faite à partir de celles du recensement de Statistique Canada, sauf pour Québec (MAPAQ 2006) dont les informations sont le résultat d’une agrégation de données tirées du portrait de la relève établie, et ce, pour le groupe âgé de 35 ans et moins qui représente 58 % de l’ensemble. Pourquoi avoir utilisé « 13 ans de scolarité et moins »? C’est une variable standard du recensement canadien. Elle correspond à la fin du secondaire, sauf pour le Québec. Donc, il a fallu s’ajuster pour le Québec; ainsi, le « 13 ans de scolarité et moins » comprend ceux qui n’ont aucun diplôme, plus ceux qui ont un diplôme d’études secondaires (DES), plus ceux qui ont un diplôme d’études professionnelles (DEP).
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