Membre de la Société de coopération pour le développement international (SOCODEVI) depuis 1997, Citadelle, coopérative de producteurs de sirop d'érable, participe activement à la réalisation de la mission de cette organisation vouée au partage d'expertise et de savoir-faire avec ses partenaires dans les pays en développement.


Selon le directeur général de SOCODEVI qui tient un « livre vert » de l’engagement des membres, Citadelle aurait donné l’équivalent de trois années-personne en bénévolat depuis douze ans. « Pas seulement lors de nos missions à l’étranger, précise Réjean Lantagne, mais aussi au conseil d’administration et dans le cadre d’activités de sensibilisation. » Ce qui distingue cette société des autres organisations de développement interna­tional, c’est l’engagement de ses insti­tutions membres, rappelle M. Lantagne. « Or, par sa taille et sa structure, poursuit-il, Citadelle est un modèle de coopérative accessible pour nos partenaires du Sud. Son mode de fonctionnement et de relations avec les membres est souvent celui qu’on leur cite en exemple. De plus, le fait qu’elle exploite une usine de transformation à échelle humaine et exporte ses produits constitue pour nous une expertise extrêmement précieuse à partager. »

La contribution la plus visible de Citadelle est sans doute sa participation à certaines missions de SOCODEVI à l’étranger. À ce jour, neuf de ses dirigeants et gestionnaires sont allés en mission dans différents pays, dont la Bolivie, la Côte d’Ivoire, le Guatemala, le Honduras, le Mali, le Pérou et le Sénégal.

Mission karité au Mali
De ce nombre, le directeur général de Cita­delle, Luc Lussier, et la vice-présidente de son conseil d’administration, Cécile B. Pichette, se sont joints en juin 2008 à une mission au Mali auprès de l’Association SIDO, un regroupement d’associations et de coopératives de production de karité. Mme Pichette, qui est également productrice de sirop d’érable et membre du conseil d’administration de SOCODEVI, en était d’ailleurs à son troisième séjour en Afrique. En 2005, elle a participé à une mission au Sénégal, puis, en mai 2007, à une première étape du projet karité au Mali.

Si la mission malienne initiale avait pour but de conseiller les associations de femmes productrices de karité en matière de développement coopératif, la plus récente concernait plutôt la commercialisation de leurs produits. « Comme l’objectif était d’évaluer comment les aider à faire de l’exportation, SOCODEVI nous a jumelés aux productrices de beurre de karité parce que notre produit, qui provient aussi d’un arbre, est largement exporté », explique l’acéricultrice.

Lors de leur séjour au Mali, les représentants de Citadelle ont eu l’occasion de se familiariser avec les principaux acteurs de la filière karité et avec les besoins de ces femmes. « Et laissez-moi vous dire que leurs besoins sont énormes, s’exclame-t-elle. Car passer d’un procédé artisanal millénaire aux normes internationales, c’est le jour et la nuit! »
 
Sophia Toucoune, de la Coopérative des productrices de beurre de karité de Zantiébougou (COPROKAZAN) et Cécile B. Pichette, vice-présidente du conseil d’administration de Citadelle, coopérative de producteurs de sirop d’érable

En fait, le besoin le plus pressant qu’elles lui ont exprimé lors de sa première visite était celui d’apprendre à lire, écrire et compter. « Chez nous, on pense automatiquement à l’exportation, aux normes internationales et tout ça. Mais elles ne sont pas rendues là. Elles ont beaucoup de travail à faire pour trouver des solutions à des problèmes de base comme celui de se procurer les grandes quantités d’eau dont elles ont besoin pour fabriquer le beurre de karité. »

Karité signifie « arbre à beurre » en wolof. Depuis des millénaires, les femmes cueillent les fruits tombés de cet arbre qui pousse à l’état sauvage dans la savane ouest-africaine pour les transformer en beurre. Ce beurre est surtout consommé localement à des fins alimentaires, cosmé­tiques et thérapeutiques.

Au Mali, le karité est également exporté, essentiellement sous forme d’amandes. Le beurre brut compte pour moins de 5 % des exportations et les produits finis ne représentent qu’une quantité négligeable compte tenu du potentiel de production du pays. L’exportation est surtout destinée à l’industrie alimentaire, principalement à la fabrication du chocolat où il remplace le beurre de cacao, plus cher. Les applications cosmétiques et thérapeutiques ne comptent que pour 5 à 10 %.

En plus de leur présenter l’évolution de l’expérience coopérative de Citadelle, ses deux représentants leur ont notamment parlé de l’importance d’améliorer la qualité du beurre et des critères d’hygiène à respecter pour répondre aux exigences du marché. Mais ce que Cécile B. Pichette retient surtout de cette mission est qu’il faut être très respectueux de ces femmes extraordinairement accueillantes, aller à leur rythme, ne pas les brusquer. « Aider, sans faire à leur place. Et leur demander quelles sont leurs attentes. Je pense qu’à partir de cela, on va pouvoir agir », soutient-elle.

Depuis son retour au pays, le Mali la hante. « Pas négativement, précise-t-elle, mais j’y pense constamment, parce que c’est pour moi un projet grandiose qui en vaut vraiment la peine quand on croit à la coopération. »

Entre autres choses, elle se creuse la tête pour trouver un moyen, sans électricité, pour que le beurre de karité conserve sa texture et une couleur uniforme lorsque le mercure atteint 47 degrés! « Serait-il possible, suggère-t-elle, d’entreposer le beurre dans une cave creusée sous terre? »
 
Récolte des fruits du karité

Elle se demande aussi comment faire pour amener ces femmes à réussir, car leurs jeunes coopératives vivent également des problèmes de fidélisation, dans un contexte où des marchands et des multinationales se promènent pour acheter les amandes de karité qui servent parfois de monnaie d’échange en cas de nécessité. « Mais de plus en plus, a-t-elle observé lors de son deuxième voyage, elles se rendent compte qu’en apportant leur récolte à la coopérative, qui dispose d’une équipe de transformation, elles peuvent obtenir un prix constant. »

Selon elle, un autre constat positif est que les membres du gouvernement malien semblent enfin vouloir s’impliquer. « Ils ont réalisé l’occasion de donner plus de valeur au produit en s’en occupant eux-mêmes, plutôt qu’en laissant les entreprises étrangères le transformer ailleurs. »

Mission résine de pin au Honduras
En janvier 2009, SOCODEVI a également fait appel à l’expertise de ses institutions membres pour une mission d’assistance technique au Honduras. Pendant 10 jours, le directeur opérations et contrôle de qualité de Citadelle, Denis Lajoie, et un représentant de la Fédération québécoise des coopératives forestières, Benoît Séguin, ont analysé sur place le processus de gestion des inventaires de résine de pin et l’approvisionnement forestier de la Fédération hondurienne de coopératives agroforestières (FEHCAFOR).

Denis Lajoie était affecté au volet « résine » de la mission, puisque l’expertise développée par Citadelle dans la récolte de la sève d’érable et de la gestion des inventaires de barils était directement transférable au secteur du « gemmage », le terme qui désigne l’activité d’extraction de résine de pin par entaillage. Il a rencontré les gens de la FEHCAFOR et des membres de ses 101 coopéra­tives affiliées, ainsi que des représentants du gouvernement du Honduras. Il a aussi visité une des trois usines de transformation de résine du pays, qui sont toutes des entreprises privées indé­pendantes de la FEHCAFOR.
 
Extraction de la résine de pin par entaillage, appelée aussi « gemmage ».

Si son objectif principal était de conseiller la FECHAFOR dans la gestion de ses stocks, Denis Lajoie lui a également fait part de ses observations et suggestions à l’égard de la cueillette de résine et de son rôle comme fédération. « Actuellement, chaque coopérative négocie directement avec les trois usines de transformation, a-t-il constaté. Il n’y a pas d’effort de regroupement de ce côté de la part de la Fédération. La commercialisation commune est une des recommandations que nous avons faites pour renforcer leur pouvoir de négociation. »

Quant à la cueillette de la résine, qui se fait encore dans des contenants ouverts, il a noté que des améliorations étaient requises. « Un des paral­lèles que j’ai fait ressortir était le passage que nous avons connu de l’ancienne méthode de collecte d’eau d’érable dans des chaudières ouvertes, à l’ajout de couvercles, puis au système de tubulures actuel. » Au nombre de ses recommandations, l’expert suggère la technique de gemmage européenne en vase clos, qui utilise un sac pour recueillir la résine. « De cette façon, dit-il, on évite qu’elle ne s’évapore ou ne soit altérée par l’air ou des matières étrangères. Le rendement et la qualité du produit s’en trouvent grandement améliorés. »

Quant à la gestion des stocks, l’expert y est allé d’observations fort pertinentes. Les barils étaient mal identifiés, il n’y avait aucun système de traçabilité, ni de contrôle de qualité, et la gestion des inventaires était déficiente. « Des barils se perdaient, pour lesquels les producteurs n’étaient pas payés », déplore-t-il.

Dans son rapport, Denis Lajoie souligne qu’une gestion de flotte de barils, telle que pratiquée par Citadelle, serait une bonne méthode, non seulement pour structurer la production de résine des coopératives, mais aussi pour renforcerle rôle de la Fédération. Pour se faire une idée plus concrète de tout le processus, une délégation de SOCODEVI, composée du chargé de programme, du conseiller forestier au Honduras et de la coordonnatrice de l’organisation dans ce pays, a d’ailleurs visité les installations de Citadelle en mars dernier.

Si le projet karité au Mali en est encore à ses premiers balbutiements, la mission au Honduras aura pour sa part des retombées beaucoup plus immédiates. En mai 2009, en effet, SOCODEVI annonçait que l’Agence canadienne de développement international (ACDI) accordait un appui financier de 8,5 millions $ sur six ans à un nouveau projet de transfert d’expertise visant l’augmentation des moyens de production des coopératives forestières de ce pays. Étant du nombre, la FEHCAFOR pourra ainsi mettre en application les recommandations éclairées de Denis Lajoie!
 
On obtient deux substances de la résine de pin : la bien connue térébenthine et la colophane. Cette dernière est très utilisée dans l’industrie des adhésifs et dans les vernis, teintures et peintures. Elle sert même en musique… comme enduit à cordes de violon!

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