Bien décidés tous deux à procéder à une expansion importante de leur ferme laitière commune, deux frères ne s’entendaient cependant pas sur la stratégie à privilégier une fois leur nouvelle étable construite..



L’un favorisait l’achat immédiat de tous les nouveaux quotas envisagés et du troupeau entier en découlant. Son discours était le suivant : au lendemain de la livraison du chantier de construction, l’étable devait être pleine. L’autre estimait qu’il était préférable de se donner du temps pour sélectionner patiemment les bêtes et roder les nouvelles installations. Il calculait qu’on pourrait échelonner sur une période d’un an ou deux l’atteinte de la pleine capacité de l’endroit. Financièrement, soutenait-il, l’entreprise ne serait pas vraiment pénalisée puisque les frais fixes seraient moins importants que les frais variables.

Les deux hommes s’étaient alors rendus au bureau d’Amélie Garneau pour qu’elle puisse les aider à trancher.

« C’est une situation qui survient fréquemment, observe d’emblée Mme Garneau, depuis deux ans directrice, Crédit, Région Est de la BMO Banque de Montréal. Ce sont souvent des couples dont les membres ont des vues diamétralement opposées sur la façon ou les moyens de transposer leur projet dans la réalité. »

« Quand il s’agit d’une construction nouvelle, beaucoup s’entêtent à vouloir déterminer immédiatement la capacité future des lieux, comme s’il fallait figer, aujourd’hui, nos besoins dans 10 ou 20 ans, continue l’agronome. Moi, je leur dis toujours qu’il faut construire selon leurs moyens et qu’au besoin, ils pourront procéder à leur expansion en plusieurs phases. Il n’est jamais judicieux de bâtir une étable dont une partie sera inutilisée sous prétexte qu’on aura éventuellement besoin d’espace additionnel un jour ou que nous pouvons ainsi différer une partie des investissements. »

Lorsque les deux frères sont venus la prendre à témoin de leur vision distincte de leur projet de 4 millions $, Mme Garneau agissait comme directrice de compte agricole, une fonction qu’elle a assumée durant sept ans. Elle connaissait leur situation : au début de la quarantaine, les deux hommes avaient racheté la ferme familiale une vingtaine d’années plus tôt et l’avaient fait prospérer de telle sorte qu’on pouvait estimer sa valeur à 3 millions $; trois enfants étaient issus de leur union respective et l’un de ceux-ci envisageait de se joindre à l’entreprise familiale dans une dizaine d’années.

Leur quota laitier atteignait alors les 100 kg/jour. Leur projet était de le porter à 180 kg/jour.

Détails des coûts
Dans ce contexte, l’agrandissement nécessaire à l’ajout de nouvelles vaches exigeait des déboursés de 750 000 $ selon les propositions reçues des entrepreneurs et des fournisseurs de matériel. L’achat de nouveaux quotas représentait 2 millions $ contre 150 000 $ pour les bêtes elles-mêmes.

La ferme était déjà grevée de dettes s’élevant à 1 million $ et naturellement, Mme Garneau soumit de les amalgamer au nouveau prêt. Elle calcula aussi 100 000 $ à titre d’imprévus, soit un peu plus de 10 % de dépassement du coût des immobilisations, une norme dont elle a toujours pu vérifier la justesse. « En cours de projet, on choisit souvent d’ajouter de nouvelles fonctionnalités ou d’opter pour des matériaux de meilleure qualité. »

Avant de calculer l’effort de remboursement exigé, elle chercha à déterminer les perspectives de leur ferme : les deux frères lui firent comprendre qu’ils envisageaient ultérieurement une nouvelle phase de croissance. Compte tenu de cette donnée, la représentante de la BMO suggéra d’amortir sur 20 ans le financement de la construction de l’étable, la consolidation des dettes existantes et l’achat de vaches additionnelles totalisant 2 millions $; le prêt d’une somme identique pour les nouveaux quotas serait par contre acquitté sur une période de 10 ans.

Elle proposa alors d’établir les scénarios financiers sur la base d’un taux d’intérêt de 6 %, ce qui revenait à des paiements de 267 000 $ annuellement pour le remboursement des nouveaux quotas et de 171 000 $ pour les immobilisations. Elle offrit natu­rellement aux propriétaires de la ferme un congé de paiement de première année sur la remise du capital sur l’investissement des quotas.

Différences importantes
Pour mesurer les résultats du projet selon la vision du frère qui aimerait jouir du temps pour sélectionner les meilleures bêtes qui soient, elle calcula une progression graduelle et mensuelle des quotas sur un an.

On constate dans le tableau ci-dessous que les charges variables et les intérêts sur le prêt de nouveaux quotas s’avèrent alors beaucoup moins lourds (scénario 2). Toutefois, en entreprenant dès les premiers jours une production laitière optimale, les revenus obtenus (scénario 1) sont beaucoup plus substantiels que l’épargne réalisée dans le cadre d’une mise en marche progressive.

Et le rendement du troupeau, direz-vous?
« On peut voir par ces données que l’argent supplémentaire dégagé – la marge sécuritaire ou les liquidités – est tellement important que l’entreprise pourrait au besoin remplacer les vaches les moins performantes par la suite tout en ayant pris de l’avance dans son remboursement de capital sur le prêt touchant l’achat de nouveaux quotas. »

Amélie Garneau a conclu qu’avec cette solution et étant donné que le congé de capital ne serait pas indispensable, les deux frères économiseraient 65 000 $ en frais d’intérêt tout en conservant une confortable marge de sécurité de 7 %.

« Il faut retenir que l’achat des bêtes et des nouveaux quotas demeure l’aspect le plus important du projet, et qu’en ce sens, le financement doit viser d’abord et avant tout ces acquisitions, quitte à suspendre temporairement le remboursement des autres dettes. »

table scénarios

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