L’enseignement agricole au Québec ne date pas d’hier! En effet, il y a 150 ans cette année, l’École d’agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière ouvrait ses portes en accueillant ses trois premiers élèves. Cette fondation marquait la volonté du gouvernement canadien de favoriser la diffusion des connaissances agricoles et d’améliorer ainsi les méthodes de culture et d’élevage jugées déficientes, à la lumière des progrès de la science agronomique dans la première moitié du XIXe siècle.

L’idée d’une école d’agriculture à Sainte-Anne avait été énoncée pour la première fois en 1847. Ce n’est toutefois que le 5 février 1855 que les autorités du Collège de Sainte-Anne, qui dispensait le cours classique, sont avisées que leur projet est bien vu de plusieurs membres canadiens-français du gouvernement. Le député de Kamouraska, Jean-Charles Chapais, qui deviendra l’un des Pères de la Confédération, est l’un des plus ardents partisans du projet. C’est cependant l’abbé François Pilote, alors supérieur du Collège, qui est le véritable fondateur de l’École d’agriculture de Sainte-Anne.

Première école d’agriculture au Canada
Après avoir effectué une tournée de huit mois à travers les meilleurs établissements agricoles de France, de Belgique et d’Irlande, François Pilote rentre au pays pour organiser l’école. Inaugurée officiellement le 10 octobre 1859, elle est la première institution du genre au Canada.

Ses débuts sont modestes. Les candidats doivent être âgés d’au moins 16 ans, savoir lire et écrire et posséder des notions de base en arithmétique. D’une durée de deux ans, le cours permet aux élèves d’aborder tous les aspects de la science agricole et de s’initier aux travaux pratiques à la ferme modèle annexée à l’École. Les premiers inscrits proviennent de la région, puis le recrutement s’étend à l’ensemble du Canada français. De 1859 à 1912, l’école reçoit une douzaine de nouveaux élèves en moyenne chaque année. C’est assez peu, mais les familles sont souvent pauvres et elles ont besoin de tous les bras disponibles pour les travaux de la ferme. Si l’on en juge par ceux qui complètent leur cours entre 1859 et 1877, les deux tiers des finissants vivent ensuite de l’agriculture.

La ferme modèle de l’École est de 50 hectares (145 arpents), à l’origine, mais elle dépasse les 120 hectares 30 ans plus tard. Au fil des années, on y expérimente de nouvelles variétés de plantes et on y introduit des races d’animaux améliorées. Les pratiques agricoles retiennent aussi l’attention : le drainage et l’assainissement des sols d’abord, puis le recours plus systématique aux amendements et aux engrais dans le but d’accroître les rendements. Enfin, l’École s’intéresse aux nouveaux instruments aratoires qui apparaissent sur le marché.

Isidore-Joseph-Amédée Marsan, au centre de la photo, l’un des anciens de l’École d’agriculture. (BAnQ, fonds Jean-Charles Magnan, 1913)

De 1859 à 1912, l’École décerne finalement très peu de brevets (pour ceux qui ont complété le cours) et de diplômes (pour ceux qui en ont complété une année seulement). Elle compte malgré tout des anciens très illustres. Auguste-Charles-Philippe Landry, auteur d’un Traité populaire d’agriculture théorique et pratique, a fait carrière en politique active après avoir été cultivateur à Saint-Pierre de Montmagny. Isidore-Joseph-Amédée Marsan a enseigné quant à lui durant plusieurs années à l’École d’agriculture de L’Assomption et il a terminé une longue carrière d’éducateur au poste de directeur des études à l’Institut agricole d’Oka. Plusieurs fonctionnaires, directeurs et régisseurs de fermes importantes du Québec, du Nouveau-Brunswick et du Manitoba sont aussi passés par Sainte-Anne.

Des bacheliers en agriculture
En 1910, le Collège de Sainte-Anne entreprend la construction d’un édifice plus spacieux pour loger convenablement l’École d’agriculture. L’institution bénéficie de l’aide financière du ministère de l’Agriculture, alors dirigé par un cultivateur du comté de L’Islet. Affiliée à l’Université Laval deux ans plus tard, elle est désormais autorisée à décerner des baccalauréats en sciences agricoles. Elle sera élevée au rang de faculté en 1940.

Exposition de chevaux le 4 octobre 1921. (Archives de la Côte-du-Sud et du Collège de Sainte-Anne)

L’organisation d’un cours de niveau universitaire représente un défi de taille pour les autorités de l’École d’agriculture. Les nouveaux locaux sont occupés le 27 février 1912, mais dès l’automne de la même année, le nombre d’admissions est tel qu’un agrandissement devient nécessaire. Inauguré en 1915, l’imposant édifice de briques peut accueillir 130 élèves. Trois nouvelles ailes y seront ajoutées au début des années 1930. De 1912 à 1940, environ 7000 candidats sont admis à l’École, dont 2300 au cours moyen destiné aux fils de cultivateurs et 3000 autres à divers cours spéciaux (coopération, industrie animale, mécanique, etc.). Durant le même intervalle, c’est plus d’un millier d’étudiants qui obtiennent un baccalauréat en agronomie.

Formés à Sainte-Anne-de-la-Pocatière, à Oka ou au Collège Macdonald, les agronomes œuvrent dans les services gouvernementaux, notamment dans les deux ministères de l’Agriculture, les coopératives agricoles, les entreprises de transformation, les institutions d’enseignement et de recherche, etc. Ces professionnels suscitent d’abord de la méfiance, mais ils sont bientôt acceptés par les éléments les plus progressistes de la classe agricole. Prenant la relève des conférenciers et missionnaires agricoles du XIXe siècle, les agronomes de comté, en particulier, jouent un rôle capital dans la modernisation de l’agriculture québécoise au XXe siècle.

Isidore-Joseph-Amédée Marsan, au centre de la photo, l’un des anciens de l’École d’agriculture. (BAnQ, fonds Jean-Charles Magnan, 1913)

De la production du bacon à la formation de coopérateurs
L’École d’agriculture de Sainte-Anne demeure fidèle à sa mission tout au long de son histoire. Ainsi, durant la Première Guerre mondiale, elle accueille un ex-directeur d’abattoir coopératif danois, qui y enseigne pour le compte du ministère de l’Agriculture les rudiments de la fabrication du bacon ainsi que les bonnes méthodes d’élevage et d’alimentation du porc destiné à cet usage. L’école de Sainte-Anne se trouve du même coup associée aux débuts de l’industrie porcine au Québec, qui franchira un pas décisif avec la mise sur pied de l’abattoir coopératif de Princeville en 1915.

Une leçon de débitage de porc par A. Hansen, à gauche. (BAnQ, fonds Magella-Bureau, vers 1915)

Elle joue aussi un rôle majeur dans l’industrie des pêches. Créé en 1938 au sein de l’École supérieure des pêcheries, une institution gouvernementale, le Service social-économique est voué à l’éducation des pêcheurs. On forme à Sainte-Anne des chefs qui diffuseront par la suite les principes coopératifs dans leur milieu. Plusieurs coopératives voient le jour en Gaspésie durant les années suivantes et se regroupent au sein d’une fédération, les Pêcheurs unis de Québec.

Au moment de célébrer son centenaire, en 1959, l’École d’agriculture de Sainte-Anne se glorifie d’un palmarès impressionnant. En effet, depuis sa reconnaissance comme institution universitaire, elle a formé quelque 500 agronomes, dont 32 sont titulaires d’un doctorat et 63, d’une maîtrise. En 1962, la Faculté d’agriculture de l’Université Laval est transférée sur son nouveau campus de Sainte-Foy. Les anciens locaux de l’École abritent aujourd’hui le campus de La Pocatière de l’Institut de technologie agroalimentaire (ITA).

Héritière de cette longue tradition d’enseignement agricole à La Pocatière, l’ITA sera au cœur des festivités de commémoration de la fondation de l’École d’agriculture de Sainte-Anne. Les fêtes ont été inaugurées officiellement le 7 mars dernier et elles s’échelonneront jusqu’au 11 octobre 2009. On peut consulter le site Internet pour plus de détails sur la programmation.

Les participants au congrès de l’Union catholique des cultivateurs de l’est du Québec réunis autour du monument François-Pilote, en 1945. (Collection privée)

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