Le 29 janvier dernier, c’était jour de vendanges pour les nouveaux Maîtres-éleveurs Holstein du Québec. Ceux-ci récoltaient des honneurs bien mûrs et mérités. Comme toujours, c’est au chapitre du tandem production-conformation que ces éleveurs émérites ont excellé. Cela en prodiguant inlassablement, jour après jour, les meilleurs soins aux animaux, qu’ils soient en production ou non, et en faisant les bons choix quand vient le temps de les faire se reproduire; c’est là le secret de leur succès.

Régis Bégin Copropriétaire avec sa conjointe Nathalie Métivier de la première ferme laitière honorée d’un titre Maître- éleveur en Abitibi.

Quand on est jeune, on a beaucoup de rêves, mais ils ne se réalisent pas tous, comme de jouer au hockey pour le Canadien de Montréal. Surtout quand on mesure 5 pi 8 po et qu’on pèse 135 livres comme moi… Puis les années passent, mais on ne cesse pas de rêver. Et certains rêves finissent par se réaliser, comme de mériter un titre de Maître-éleveur. »

C’est comme ça, candidement, qu’a débuté la conversation avec le Maître-éleveur Régis Bégin, copropriétaire avec sa conjointe Nathalie Métivier d’une ferme laitière située au cœur du village de Sainte-Germaine-Boulé.

« La réalisation d’un rêve », voilà à quoi rime pour Régis l’octroi à son entreprise de cette simple plaque de bois, cet objet symbolique qui souligne pourtant tellement d’efforts quotidiens, de gestes refaits des milliers de fois, de choix génétiques difficiles à l’importance cruciale. Des choix génétiques qui bouleversent le destin, le devenir d’un troupeau. Des choix qui permettent de réaliser des rêves, comme quand on était ti-cul et qu’on regardait le Démon blond compter trois buts dans un match…

Première ferme honorée d’un titre Maître-éleveur en Abitibi, Régis Bégin assure qu’il ne restera pas longtemps une exception. D’autres fermes laitières de sa région peuvent aspirer au titre, ce que corroborent l’expert-conseil du troupeau Gisthal, François Galarneau, et le directeur des ventes de La Coop Val-Nord, Jean-Guy Plourde.

Régis tient d’ailleurs à rendre hommage à Jean-Guy Plourde, « un gros calibre en alimentation des ruminants au Québec », une personne qui l’a conseillé pendant plus de 25 ans sur l’alimentation du troupeau. Et aujourd’hui bien plus qu’un conseiller, un ami…

« Régis, c’est un gars prompt, intègre, curieux, respectueux. Mais maudit qu’il est difficile à faire changer d’idée! » lance Jean-Guy. Il poursuit : « Si je retiens juste trois raisons qui expliquent le succès de Régis dans l’élevage, c’est son acharnement, sa minutie et sa passion de l’élevage. Lui, c’est un vrai gars de vache. »

La ferme est vieille, mais bien entretenue. Passons vite également sur le parc de machineries, qui n’est pas du tout dans les cordes de Régis, éleveur dans le sang de sang pur. Même les travaux des champs sont un mal nécessaire, un passage un peu obligé pour permettre l’élevage d’animaux.

Est-ce plus difficile de réussir en production laitière quand on habite une région éloignée comme l’Abitibi? Oui et non, disent Régis Bégin, Jean-Guy Plourde et François Galarneau. Plus facile en raison des terres, peu coûteuses, largement disponibles et très propices aux fourrages. Plus difficile parce que le commerce d’animaux est restreint dans la région. De plus, les occasions de rencontre dans des expositions d’envergure qui regroupent un vaste pool génétique sont moins nombreuses, ce à quoi tente de remédier le Club Holstein Abitibi avec sa soixantaine de membres (www.clubholsteinabitibi.com).

La vache souche à l’origine de l’amélioration du troupeau est sans contredit Invictus Designer Victoria (EX-5E-5*). Une vraie belle vache d’exposition, qui transmet bien ses caractères de production et de conformation, en plus d’une bonne longévité (elle a vécu 17 ans!). Et une vache payée 2000 $ dans un encan, sur la route entre l’Abitibi et Sainte-Hélène-de-Kamouraska!

Voici l’histoire : en 1990, en chemin pour aller visiter sa sœur Anne et son conjoint Serge Morin de la Ferme Vert d’Or, dans le Bas-Saint-Laurent (Régis a aussi une autre sœur dans l’élevage laitier, Angèle et son conjoint Pierre Beaudoin, de la Ferme Beaudoin Bégin, à Palmarolle, en Abitibi), Régis et Nathalie décident d’arrêter aux Encans de la ferme de Saint-Hyacinthe. Pendant l’encan, une vache fait craquer Régis. Il mise jusqu’à 1900 $, mais personne ne finit par fournir la somme minimale qu’exigeait le vendeur. Une fois l’encan terminé, Régis, qui n’a pas dit son dernier mot, retourne voir la vache. Il propose 2000 $. L’affaire se conclut. Il vient d’acheter Victoria, vache tarie de son premier veau, 83 points, qui améliorera constamment son classement.

De retour à l’étable, des classificateurs comme Paul Thibaudeau (maintenant au CIAQ) et Michel Leduc lui confirment qu’il a là, en Victoria, un roc solide pour bâtir son troupeau à coup d’un ou deux flushs par année. Régis tient d’ailleurs à souligner l’aide précieuse de ces deux classificateurs, qui ont certainement joué un rôle important pour identifier dans le troupeau des vaches qui « élèvent » bien, comme on dit dans le jargon.

Concernant les génisses, une des stratégies de Régis est d’élever moins, mais d’élever mieux. Sur environ 25 génisses par année, seule une quinzaine seront gardées, les autres n’ayant pas, selon Maître Régis, un potentiel d’amélioration suffisant pour le troupeau.

Dans un tout autre ordre d’idées, l’implication communautaire et dans les organisations, Régis Bégin en a fait une priorité. Actif dans le hockey mineur, dans le Club Holstein Abitibi pendant 15 ans et membre du conseil d’administration de Holstein Québec de 2001 à 2009, Régis résume sa passion en deux mots qui commencent par « h » : holstein et hockey.

Mais ce serait réduire le personnage que de ne retenir que ces deux passions. Pour Régis et Nathalie, la famille et leurs enfants Patrice, Justine et William sont aussi une priorité. L’aîné Patrice, qui termine sa deuxième année à l’ITA, campus de Saint-Hyacinthe, démontre un réel intérêt pour la ferme laitière, ce qui réjouit son père Régis et sa mère Nathalie. Celle-ci est d’ailleurs partie prenante non seulement de la comptabilité et de la gestion de la ferme, mais aussi des besognes quotidiennes. Car c’est bien connu, et Régis le confirme : derrière tout petit homme (5 pi 8 po, faut-il le rappeler?), il y a une grande femme!

Nathalie Métivier et Régis Bégin Ferme Gisthal, Sainte-Germaine-Boulé (Abitibi-Témiscamingue)

 

René Bessette Nouveau Maître-éleveur à la tête d’une entreprise innovante et performante, depuis cinq générations

Elle est immanquable – à moins qu’il y ait blizzard ou brume. À Waterville, juchée sur les hauteurs du chemin Nichol, nul autre que l’ancien chemin reliant Boston à Québec, se dresse une ferme bien connue dans sa région pour plusieurs bonnes raisons.

Connue pour plusieurs bonnes raisons… Parce que cette ferme a abrité Victor Bessette, grand-père de René Bessette, champion laboureur du Québec et deuxième au Canada dans les années 30? Peut-être bien. Parce que le père de René Bessette, Paul, a été l’un des premiers producteurs laitiers à vendre du lait l’hiver sur le marché de Sherbrooke? Certes. Parce que dans cette ferme s’est déroulée la millionième insémination artificielle du CIAQ dans les années 60? Euh, non. Parce que la ferme a décroché la médaille d’or du Mérite agricole en 1991? C’est déjà plus plausible. Parce que le pique-nique Holstein Québec s’y est déroulé en 1993? Vous deviez être l’un des 3000 visiteurs! Parce que René et Carole Chassé, sa conjointe, tiennent aussi, en plus de la ferme, un gîte appelé La Crème champêtre dans une maison d’époque? Vous y avez séjourné, chanceux! Parce qu’on y cultive du lin oléagineux, servi aux vaches, et ce, depuis huit ans? Qu’en sais-je? Parce que l’entreprise a fêté son centenaire en 2007? Vous brûlez!

Quand on entre dans la laiterie,
une jolie tapisserie composée
de certificats de longues et de hautes productions nous accueille, comme autant d’étoiles dans cette Voie lactée
qui mène à la vacherie.

Non, si on a si souvent entendu parler de cette ferme, c’est parce qu’elle est une entreprise innovante et performante depuis cinq générations. Et qu’on vient de le souligner à double trait avec cette première plaque de Maître-éleveur, bien méritée.

Des exemples d’innovation… Dès les années 60, on faisait sur cette ferme de l’ensilage de maïs entreposé dans des silos de bois; en 1981, on expérimentait déjà la ration totale mélangée; en 1983, la ferme devenait la première au Québec à s’équiper d’une fosse à fumier Harvestore. Aujourd’hui, René Bessette lorgne du côté des digesteurs de fumier capables de produire de l’électricité et de désodoriser les déjections. Le Maître-éleveur espère aussi beaucoup de l’avènement des tests d’évaluation génétique à la ferme.

Mais revenons à cette première plaque de Maître-éleveur… qui a été toute une surprise pour l’éleveur. « Quand on est jeune, remporter des trophées, ça m’intéressait beaucoup. J’ai toujours aimé réussir. » Mais cette plaque si convoitée, c’était un objectif que René avait fini par mettre de côté, lui qui venait, dans les dernières années, de racheter les parts de son cousin et de ses parents dans l’entreprise. Pourtant, les six années passées, l’éleveur figurait toujours parmi les dix premiers éleveurs dans sa catégorie, établie selon le nombre d’enregistrements d’animaux auprès de Holstein Canada.

Quand on entre dans la laiterie, une jolie tapisserie composée de certificats de longues et de hautes productions nous accueille, comme autant d’étoiles dans cette Voie lactée qui mène à la vacherie. Dans le bureau, d’autres médailles et trophée, et cette affiche retrouvée dans toutes les fermes, le fameux modèle Holstein canadien, la vache type idéale que René Bessette doit bien être capable de dessiner les yeux fermés!

Fait notable, sept des huit familles de vaches ayant aidé l’éleveur à amasser des points au prestigieux concours proviennent de son propre élevage, la huitième étant issue d’une ferme de la région des Bois-Francs, nulle autre que celle du président du comité organisateur du Congrès Holstein Québec 2009, Jean-Albert Fleury, de la Ferme Fleury. « Nous avons atteint nos objectifs de production laitière avant ceux de conformation des animaux, mentionne au passage René. Le troupeau que nous avons aujourd’hui est à mon goût. » Un troupeau qui ne comporte peut-être que deux vaches excellentes, mais qui en comporte un nombre impressionnant (51) de très bonnes, signe d’uniformité.

Bon phénotype et bonne productivité font donc le succès. Quelle est sa stratégie concernant le choix des taureaux? René Bessette : « J’ai toujours préféré travailler avec la vigueur hybride plutôt que faire des croisements consanguins. De plus, j’ai toujours utilisé un pourcentage d’environ 20 % à 25 % de jeunes taureaux en voie d’épreuve, avec assez de succès pour apporter du sang neuf. Pour le reste, je n’utilise qu’un choix très sélectif de 10 à 15 taureaux par année, parmi les meilleurs. »

Aux commandes, René Bessette est toutefois secondé de fidèles et dévoués employés : Halil Elezovic, Fikret Esmic, Courtney Williams et Jacques Roy. Les enfants de René et Carole, Guillaume, Marianne, Jean-Philippe et Christophe donnent aussi un coup de main lorsqu’ils ne sont pas dans leurs manuels scolaires.

Halil, Fikret… Oui, René Bessette a donné de l’emploi à des immigrants venus de Bosnie, des gens motivés, mais qui ne connaissait rien à l’élevage laitier, sans parler du français… Mais selon René Bessette, qui aime cette gestion de ressources humaines, le jeu en a valu la chandelle. Seul Jacques, ancien agriculteur, avait de l’expérience en agriculture. Pour le reste, patience, confiance et bonne communication ont fait foi de tout pour former les employés, la ressource la plus importante de l’entreprise, aux dires de René.

Il faut dire que René a cette tranquillité, ce calme et cette clarté dans les propos. Assuré­ment, l’ancien président de la Caisse populaire Desjardins de Waterville (1991 à 2000) n’est pas loin derrière l’entrepreneur agricole!

Taures et vaches taries sont gardées dehors à l’année, mais bénéficient d’un abri solaire.

 

Les nouveaux Maîtres-éleveurs Martin Lacroix, Mélanie Boulet, Colette et Arthur Lacroix entourent Dominique Buteau, leur expert-conseil de La Coop Rivière-du-Sud. Parait-il que la ferme est très exigeante envers son conseiller.

La famille Lacroix-Boulet élève des Holstein à Saint-Michel-de-Bellechasse. Non, non. L’inspirante famille Lacroix-Boulet fait l’élevage de vaches Holstein exception­nelles avec amour, doigté et passion dans une extraordinaire région laitière du Québec, Bellechasse. Voilà qui est mieux!

Observer, prendre le temps de bien faire les choses, avoir de la rigueur… « Notre succès actuel n’est pas arrivé d’un coup, fait valoir Mélanie Boulet, 37 ans. Le processus a été très graduel. » Son beau-père Arthur Lacroix renchérit : « Il faut faire preuve d’humilité. Nous avons monté les barreaux de l’échelle vers la reconnaissance un à la fois. »

L’édifice qu’est aujourd’hui la Ferme Arthur Lacroix ne s’est pas bâti en claquant des doigts. Arthur Lacroix se remémore sans peine les efforts consentis, à partir de l’achat de la ferme en 1903, par son grand-père Caïus, son père Léopold et par lui-même pour améliorer les bâtiments et les sols (drainage et dérochages). Puis sont venues les améliorations à la génétique du troupeau. Ce n’est qu’en 1987 que la ferme laitière enregistre sa première Holstein de race pure ARCROIX. Auparavant, le troupeau était croisé Holstein-Ayrshire. C’est donc dire que la ferme a fait évoluer sa génétique rapidement puisque le concours 2008 tenait compte des bêtes nées de 1989 à 2004.

Autre point de repère dans la chronologie de la ferme : leur première vache classifiée excellente. Les Lacroix-Boulet s’en souviennent très bien. Il s’agissait de Rosemary, en 1990. Arthur et Colette étaient alors en vacances en République dominicaine. Excitation oblige, Mélanie leur a envoyé une télécopie illico, question de partager une fierté débordante et bien légitime!

Une belle ouverture aux idées des autres se manifeste chez les Lacroix-Boulet. Martin Lacroix, 39 ans, est même catégorique : à chaque fois qu’il visite une autre ferme, il dit être toujours capable d’en retirer quelque chose de bon à appliquer à sa propre situation. On doit aussi signaler que la ferme compte sur l’aide précieuse du frère de Mélanie, le commerçant d’animaux bien connu Pierre Boulet, qui a l’avantage de connaître « de l’intérieur » le troupeau ARCROIX.

La ferme a déjà fait beaucoup d’expositions agricoles, avec des débuts pour le moins laborieux. Il leur a fallu beaucoup d’humilité pour terminer, à leur première expo, celle de Saint-Anselme, aux derniers rangs de leurs catégories! Mais la patience et la détermination les habitant, les membres de la famille n’ont pas baissé les bras et se sont retroussé les manches, avec les résultats qu’on connaît aujourd’hui : un premier titre de Maître-éleveur pour la ferme et même pour le Club Holstein de Lévis-Bellechasse, qui compte 330 membres et dont Mélanie Boulet est première vice-présidente.

On ne peut passer sous silence le fait queMélanie soit l’une des rares juges officielles féminines, elle qui a même officié dans une exposition agricole d’envergure internationale (voir l’article sur elle dans Le Coopérateur de mars 2009). Assurément, elle a l’œil pour juger ses propres vaches et jauger la pertinence d’un croisement ou d’un autre.

Il est difficile de mettre le doigt sur une seule famille de vache ayant carrément influencé le pedigree du troupeau. En fait, les vaches qui ont contribué aux points dans le concours sont très nombreuses, signe d’un troupeau équilibré.

Mentionnons-en quand même quelques-unes, pour la forme, des vaches qui font partie du troupeau actuel : Arcroix Blitz Tikyfia (EX-92), Brookvilla Rubens Nitro (EX-93), Arcroix Lyster Corail (EX-2E), Drolie Aeroline Daisy (TB-88 3*), Arcroix Spirit Classel (EX-2E).

Sachons aussi que la patience est une vertu que cultivent ces Maîtres-éleveurs. Exemple : on préfère améliorer des caractères sur deux générations plutôt que de tenter de tout changer sur une seule.

Brochette de championnes Arcroix Blitz Tikyfia (EX-92), Brookvilla Rubens Nitro (EX-93), Arcroix Lyster Corail (EX-2E), Drolie Aeroline Daisy (TB-88 3*), Arcroix Spirit Classel (EX-2E)

Les vaches sont gardées en stabulation entra­vée alors que les vaches taries et les génisses se délient les pattes dans une étable à stabulation entravée qui semble neuve, mais qui accuse néanmoins sept années d’utilisation. Il n’y a rien comme l’entretien! Par ailleurs, au chapitre des sources de motivation, les Lacroix-Boulet mentionnent justement le plaisir de travailler avec des équipements et des bâtisses fonctionnelles et à leur goût.

Mais ce qui motive le plus et sans l’ombre d’un doute nos Maîtres-éleveurs, c’est la passion que développe la cinquième génération pour l’élevage et le métier d’éleveur. Il ne faut pas tordre de bras pour voir retontir Jason, 11 ans, Allison, 10 ans et Marc-Antoine, 7 ans, à l’étable les soirs ou les matins de fin de semaine. L’avenir est de bon augure.

Maintenant que les succès génétiques et financiers sont au rendez-vous, les prochaines priorités iront à la qualité de vie familiale. On tentera de trouver des solutions pour diminuer le nombre d’heures travaillées par semaine… pour avoir plus de temps à passer à l’étable!

Martin Lacroix, Boulet, Colette et Arthur Lacroix Ferme Arthur Lacroix, Saint-Michel-de-Bellechasse (Chaudière-Appalaches)

 

Charles Ménard et Manon Prud’homme Ce qui les anime? Une passion véritable de l’élevage laitier et pour preuve, ils remportent une deuxième plaque de Maître-éleveur.

Retour en arrière : La première plaque de Maître-éleveur de la Ferme Rubis remonte à 1993. Elle avait récompensé les efforts ardus de Charles Ménard et de Manon Prud’homme, mais également des parents de Charles, Omer Ménard et Pauline Carpentier.

Alors qu’Omer se définissait plus comme un « gars de champs », clairement, Charles est un « gars de vaches » pas vraiment attiré par les champs et surtout pas par les tracteurs, qui ont en moyenne 20 ans chez Rubis. Pour lui, les champs sont un passage obligé pour produire du lait. C’est peut-être pourquoi il donne à forfait les semailles et les travaux d’automne à un voisin producteurs de grandes cultures. La passion de l’élevage, ça ne se discute pas!

La passion de l’élevage, ce n’est pas cliché de l’écrire. On pourrait même dire que Charles Ménard souffre d’une maladie dégénérative profonde : il est « Holstein-maniaque »! Avec un si petit troupeau (quota de 30 kg de M.G./jour) et 27 vaches excellentes élevées à ce jour (l’étable loge actuellement huit excellentes…), les chiffres ne mentent pas.

La famille prédominante à l’origine de l’obten­tion du Maître-éleveur est celle de Rubis Rock Alma (TB-87 3*). Plusieurs vaches excellentes et longévives y sont issues et accumulent des étoiles. Notons Rubis Astro Jet Arence (TB-86 5*), qui a donné trois filles classées excellentes, dont Rubis Lindy Arsenne (EX-4E 3*), qui elle a engendré Rubis Rudolph Arsille (EX-2E) qui a offert une troisième génération d’excellentes, Rubis Gibson Isabelle.

Laver les vaches, les tondre, les brosser… « Tant qu’à traire des vaches, aussi bien en traire des belles », résume Charles. Chez Rubis, l’accent est mis sur la génétique depuis longtemps et on n’est pas regardant sur le prix des taureaux. « L’utilisation du taureau Sheik en 1982, vendu 100 $ la dose, c’est probablement un de nos bons coups. Mais pensons-y, à l’époque, c’était cher! » Aujourd’hui, les taureaux Shottle et Goldwyn (même à 300 $ la paillette) sont largement utilisés.

La ferme vend beaucoup d’embryons et de sujets, jusqu’en Europe, au Japon et en Russie. Pour le concours, 62 % des points proviennent d’animaux vendus au Québec et dans d’autres provinces. La ferme n’a jamais hésité à vendre des vaches avec un avenir prometteur à d’autres éleveurs qui ont pu exploiter des animaux de ces familles. Plusieurs vaches ont été classifiées excellentes chez leurs nouveaux propriétaires. Charles aime toujours s’enquérir auprès de ses clients des performances des sujets qu’il leur vend. C’est un peu son « service après-vente »!

Ces éleveurs émérites n’hésitent pas à investir dans le marketing de leur génétique laitière : dépliant au look professionnel, carte de visite colorée, publicités bien ciblées. À ce titre, on aime mieux de grands coups de pub (page couverture arrière du Holstein Journal du mois de mars et de la Revue Holstein Québec du mois d’avril) que plusieurs petits coups d’épée dans l’eau.

Remporter une plaque de Maître-éleveur, c’est déjà tout un exploit, un aboutissement. Ce qui l’est presque autant, c’est peut-être de n’avoir jamais acheté de quota, et ce, depuis plus de 25 ans! Ironiquement, des conseillers en gestion agricole avaient pourtant dit que la ferme n’arriverait pas financièrement. Mais pour Charles Ménard et Manon Prud’homme, Small is beautiful et la petitesse du troupeau a aussi ses bons côtés : moins de terres et moins de temps pour les cultiver; des tracteurs et des machineries moins coûteuses; et la gestion des ressources humaines, c’est gérer ses propres bottines. Résultat : plus de temps à consacrer à l’élevage. La ferme compte toutefois sur un employé partagé entre sept entreprises, Raynald Drouin, qui prend en charge les besognes quotidiennes de la Ferme Rubis une trentaine de jours par année.

La Ferme Rubis est petite (30 kg de M.G./jour), mais dans l’étable, les surprises génétiques sont grandes l’unité de stockage et en bas, vue extérieure.

Fait notable, durant la belle saison, les vaches pâturent jour et nuit, dans des parcelles gérées de manière intensive. Comme quoi le pâturage peut-être synonyme de haute production laitière et de longévité dans un troupeau où il n’est pas rare de rencontrer des vaches de plus de 10 ans.

Des moments difficiles, il y en a bien eu, comme au tout début de l’aventure, lors de l’achat de la ferme en 1982. Rappelons-nous le contexte économique, avec des taux d’intérêts de 18-20 %. Prévoyants, Charles et Manon pensent déjà à leur propre transfert, mais le doute subsiste. Leur fille aînée, Andrée, est étudiante en agronomie à l’Université Laval et profite cet été d’un emploi au Centre d’insémination artificielle du Québec pour tâter ses intérêts et peut-être rapporter quelques observations intéressantes pour la ferme. Judith ira quant à elle étudier à l’Université de Montréal cet automne.

Oui, encore de bien belles années d’élevage. Et au rythme où vont les choses, ça sent déjà la troisième plaque. Mais attention : ne vendons pas la peau de la vache avant de l’avoir inséminée!

Charles Ménard et Manon Prud’homme Ferme Rubis, Thurso (Outaouais

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