Le puzzle n’est pas facile, car il est constitué de multiples petites pièces, chacune étant un facteur prédisposant à la maladie. Et bien souvent, il y en a plus d’une en cause. Mais on peut en venir à bout.

La colibacillose regroupe plusieurs mani­festations cliniques causées par une même bactérie, Escherichia coli (E. coli). L’aérosacculite, l’omphalite et la cellulite sont parmi les plus connues.

L’aérosacculite, ou la colisepticémie d’origine respiratoire, est la plus fréquente des manifestations de l’infection par E. coli. Celle-ci gagne accès à la circulation sanguine à la suite de dommages causés à la muqueuse respiratoire par des agents infectieux ou non infectieux. La sévérité de la maladie est directement reliée au nombre d’agents impliqués.

L’omphalite est une inflammation du nombril des poussins. Le jaune est souvent impliqué puisqu’il est anatomiquement très proche du nombril. L’infection fait suite à la contamination du nombril non cicatrisé par un E. coli pathogène.

La cellulite est une condition caractérisée par de l’inflammation sous-cutanée avec la présence d’un exsudat. La lésion se retrouve principalement à l’abdomen. Cette condition est détectée à l’abattoir et peut entraîner des taux de condamnation importants.

Combien de fois avez-vous soumis des oiseaux au laboratoire et dont le diagnostic a été la colibacillose? Dans le sommaire des diagnostics établis à la suite d’une nécropsie dans les laboratoires de pathologie animale du MAPAQ, la colibacillose est le plus fréquent, et ce, depuis au moins les cinq dernières années.

Que peut-on faire pour prévenir la colibacillose? E. coli fait partie de la flore normale du système digestif des oiseaux. Mais ces E. coli n’ont pas toutes le potentiel de causer des maladies. Entre 10 et 15 % des E. coli présentes dans l’intestin sont pathogènes. Chaque gramme de fumier contient de 10 000 à 100 000 E. coli. Cette bactérie se retrouve donc en grande quantité dans l’environnement des poulaillers. Il faut savoir que la colibacillose est très souvent une infection secondaire. Cette bactérie étant présente naturellement dans l’environnement, elle attend que l’oiseau soit affaibli pour prendre le dessus. Ainsi, tous les facteurs qui affaiblissent les oiseaux sont susceptibles d’entrainer la colibacillose : stress relié à l’environnement, maladies respiratoires ou immunosuppressives, etc.

Le stress
Le poulet de chair d’aujourd’hui étant très performant, il n’est pas tolérant au stress. Il lui faut des conditions idéales en tout temps ou, du moins, les meilleures possible.

  • Les variations de température. Tout comme les humains, les oiseaux ne les tolèrent pas bien. Quand attrapons-nous le plus de rhumes?
    À l’automne et au printemps lorsqu’il y a beaucoup de variations de température. Idem pour les oiseaux. Tout au long de l’année, la ventilation et le système de chauffage doivent être bien ajustés pour les minimiser, contrôler l’humidité et évacuer l’ammoniac irritant. C’est une opération délicate quand les tempé­ratures extérieures sont très variables.
  • L’entassement est aussi un stress. Il provoque une augmentation de la compétition entre les oiseaux pour l’accès à l’eau et à la moulée. Il peut aussi favoriser plus d’égratignures qui peuvent se contaminer et causer de la cellulite.
  • Une litière de qualité est impérative pour garder les oiseaux en santé. Il faut essayer de conserver la litière le plus sèche le plus longtemps possible. Elle doit être déposée sur un plancher sec et être chauffée pour atteindre la bonne température et enlever l’humidité avant l’arrivée des oiseaux. On ne parle pas de quelques heures, mais bien de 2 à 3 jours. Par la suite, la qualité de la litière sera influencée par les ajustements des lignes de tétines ou d’abreuvoirs (hauteur, pression) et par la ventilation. Être constamment sur une litière croûtée et humide est certainement un stress important pour les oiseaux. De plus, une litière humide favorise la multiplication des bactéries et augmente la pression d’infection.
  • L’approvisionnement en eau doit être fait à l’aide d’un système de distribution propre et avec de l’eau de qualité. Même avec les systèmes de tétines, les lignes d’eau peuvent être contaminées. Entre chaque élevage, on doit les nettoyer en prenant soin d’utiliser un produit qui éliminera le biofilm sous lequel se cachent les bactéries. Si l’eau est contaminée, elle doit être traitée adéquatement. Pour savoir si l’eau est contaminée, il faut la faire analyser au moins une fois l’an. La consommation d’eau contaminée peut causer des diarrhées, qui rendent la litière croûtée et collante, et les oiseaux inconfortables. Elle peut aussi créer une pression importante sur le système immunitaire des oiseaux.

Les maladies respiratoires
La bronchite infectieuse, que nous connaissons tous, peut ouvrir la porte à la colibacillose particulièrement si des facteurs de stress sont présents. En elle-même, la bronchite cause des signes respiratoires, mais si elle est compliquée par l’E. coli, il y aura une infection des sacs aériens (l’aérosacculite) qui entraînera de la mortalité et de la condamnation. En prévention, il existe des vaccins, mais les vaccins sont plus efficaces s’ils sont de la même souche que le virus de champ. Au Québec, une souche locale, le Qu-mv, est présente dans plusieurs régions. Il n’y a pas de vaccin propre au Qu-mv et on ne connaît pas encore précisément l’efficacité des vaccins disponibles (Mass, Conn, Holland) contre cette souche.

La maladie de Newcastle est aussi une maladie virale respiratoire. On la rencontre moins fréquemment que la bronchite, mais on doit la considérer quand on évalue un problème de colibacillose. Comme la bronchite, ce virus peut affecter les oiseaux sans complication secondaire. Ici aussi, les complications seront plus fréquentes si les oiseaux sont stressés. Il existe un vaccin contre cette maladie, mais il est recommandé de s’assurer que le virus soit bien la cause primaire du problème avant de vacciner. Ce vaccin est plus réactif que les vaccins contre la bronchite et il est suggéré de l’administrer dans l’eau de boisson pour une première vaccination.

L’ORT est une bactérie qui peut causer des signes respiratoires et ouvrir la porte à la colibacillose. Cette bactérie est difficile à isoler au laboratoire, donc sa prévalence réelle est peu connue.

D’autres organismes, comme les mycoplasmes, peuvent affecter les oiseaux et causer de l’aérosacculite. En général, ces organismes sont peu fréquents dans les élevages commerciaux. On les retrouve occasionnellement dans les élevages de basses-cours. La biosécurité joue conséquemment un rôle important dans la prévention de ces infections.

La laryngotrachéite est une maladie virale respiratoire sévère, mais peu fréquente et, heureusement, rarement compliquée par E. coli.

Les maladies immunosuppressives
Plusieurs maladies du poulet peuvent affecter le système immunitaire et l’empêcher de se défendre contre les infections virales ou bactériennes.

La maladie de Marek est immunosuppressive. Heureusement, le vaccin administré au couvoir est très efficace et cette maladie est rarement rencontrée de nos jours.

La cellulite est une condition caractérisée par de l’inflammation sous-cutanée avec la présence d’un exsudat..

La bursite infectieuse, encore connue sous le nom de maladie de Gumboro, peut détruire le système immunitaire des oiseaux. Les oiseaux reproducteurs sont vaccinés de manière intensive contre cette maladie dans le but de transmettre des anticorps maternels à leur progéniture. Malheureusement, ces anticorps maternels ne sont présents que pour une courte période et les oiseaux sont par la suite susceptibles à l’infection par ce virus. Il peut donc être nécessaire de vacciner les poulets à chair contre cette maladie si les analyses ont démontré la présence de ce virus à la ferme et ses effets contre le système immunitaire. Il existe plusieurs souches de ce virus (standard et variant) et il est préférable de savoir quelle souche est présente pour déterminer le vaccin qui sera le plus efficace.

Le réovirus est aussi immunosuppressif. Encore une fois, les oiseaux reproducteurs sont vaccinés pour protéger les poussins avec des anticorps maternels qui seront présents pour un temps limité. Mais, en général, ce virus ne cause pas de problèmes importants par lui-même et il est rarement en cause dans les cas d’immunosuppression.

L’anémie infectieuse du poulet est aussi provoquée par un virus et peut affecter le système immunitaire des oiseaux. Il faut s’assurer que les parents soient bien immunisés contre cette maladie afin que les poussins éclosent avec des anticorps maternels protecteurs.

Pour finir, des toxines présentes en grande quantité dans l’aliment peuvent être immunosuppressives. Les nutritionnistes prennent grand soin de s’assurer que les moulées soient fabriquées avec des grains de qualité n’ayant pas ou peu de toxines.<-p>

La colibacillose étant un problème bactérien, il est possible de traiter les oiseaux affectés. Mais les traitements ne corrigent pas les conditions sous-jacentes. Ce sont des pansements qui règlent le problème à court terme, mais qui ne l’empêcheront pas de se répéter si les facteurs de prédisposition sont toujours là. Il est beaucoup plus efficace de contrôler ces facteurs pour une correction à long terme de la colibacillose. Vous et votre vétérinaire devez vous transformer en limiers et trouver, par des investigations poussées, quels sont ces facteurs, les pièces les plus importantes du casse-tête. De plus, l’utilisation répétée d’antibiotiques peut amener le développement de résistances qui entraînera éventuellement la perte partielle puis totale de leur efficacité. Et il ne faut pas espérer avoir de nouveaux produits sur le marché, car ce sera plutôt la tendance contraire, il y en aura de moins en moins.

Mais tout récemment, un nouveau vaccin contre la colibacillose a fait son entrée sur le marché. Sera-t-il la solution à tous nos problèmes? Sûrement pas. Mais ce sera possiblement un outil de plus dans notre arsenal contre cette infection, une pièce de plus pour résoudre notre casse-tête. Il ne remplacera pas une bonne régie et des mesures appropriées de biosécurité, mais il pourra aider à réduire les effets de la colibacillose. C’est en l’utilisant qu’on en saura plus sur son efficacité.

Plusieurs virus et bactéries peuvent donc ouvrir la porte à la colibacillose. Cela nous amène à une pièce bien importante de notre casse-tête : le nettoyage régulier et efficace des bâtiments, incluant le lavage avec un savon (pour enlever le biofilm), la désinfection et le vide sanitaire. Le nettoyage n’est efficace que s’il est bien fait avec des produits de qualité utilisés au bon dosage.<-p>

La dernière pièce du casse-tête est la biosécurité, non pas contre E. coli qui se retrouve naturellement dans les poulaillers, mais contre tous les organismes qui prédisposent à l’apparition de cette maladie dont nous avons discuté. Par l’application de bonnes mesures de biosécurité, on peut espérer qu’ils ne gagneront pas accès aux poulaillers pour affaiblir les oiseaux. Pour venir à bout de cette maladie, il faut s’armer de persévérance, de patience et de minutie.

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