Trouver des substituts aux combustibles fossiles est devenu un enjeu crucial tant pour réduire nos dépenses énergétiques que notre empreinte écologique. Une multitude d’options est à l’étude et l’agriculture y a sa place! En effet, plusieurs plantes présentent un potentiel énergétique intéressant notamment pour produire des biocombustibles.
La culture de ces plantes aurait également d’autres avantages environnementaux. Toutefois, des précautions doivent être prises pour s’assurer que les équipements nécessaires à la combustion de ces plantes respectent les normes environnementales.

L'utilisation de la biomasse pour produire de l’énergie est un sujet d’actualité. Nombre de magazines, colloques, sites Internet, etc. y sont consacrés. Le terme biomasse englobe un grand nombre de matières, dont les résidus agricoles et les cultures de plantes. Cette biomasse agricole peut être transformée en différents sous-produits comme des biocarburants ou des biocombustibles. La production de ces biocombustibles semble une filière particulièrement prometteuse. Ils pourraient être utilisés à la place de combustibles fossiles comme le mazout, le gaz naturel ou le propane pour produire de la chaleur. L’intérêt pour ce type de produit est d’autant plus marqué que la disponibilité des sources traditionnelles de biomasse forestière est à la baisse.

Plusieurs études sont en cours tant au Canada qu’à l’international pour identifier les plantes qui présentent le potentiel énergétique le plus élevé. La Coop fédérée suit le dossier de près avec son Service innovation et croissance. Elle a ainsi regroupé des experts reconnus au Québec autour d’une table de planification stratégique. Le but : lancer une nouvelle filière biomasse. La Coop fédérée vise aussi l’instauration d’un Réseau national pour le développement de la biomasse agricole.

Parmi les plantes étudiées par le Service innovation et croissance, le panic érigé, l’alpiste roseau, le barbon de Gérard, le Miscanthus Giganteus et le saule semblent particulièrement prometteuses pour le Québec (voir leurs principales caractéristiques résumées dans le tableau en haut de la page 52). Ces plantes peuvent être utilisées directement ou transformées en granules. Les granules ont l’avantage d’être plus faciles à transporter, à stocker et pour approvisionner les chaudières de combustion avec régularité. De plus, cette étape de transformation permet également de densifier la biomasse et d’avoir un meilleur pouvoir calorifique.

Des études spécifiques ont été réalisées pour évaluer le potentiel de ces granules pour chauffer des serres et comparer ces données avec les combustibles fossiles. Selon les informations disponibles, à poids égal, la valeur énergétique des granules de panic érigé serait environ deux fois moindre que celle du mazout. Cependant, les coûts de chauffage avec ces granules seraient presque la moitié de ceux du mazout! (voir le tableau comparatif au bas de la page 52)

Des bénéfices pour l’environnement
En plus de leurs caractéristiques agronomiques et de leur potentiel énergétique, la culture de ces plantes pérennes, dont la durée de vie est d’une vingtaine d’années, pourrait aussi avoir des impacts positifs pour l’environnement. Les essais ont montré que ces cultures sont peu exigeantes en fertilisants, qu’elles nécessitent peu de travail et de produits phytosanitaires. On a également constaté que leur système racinaire offre une bonne protection contre l’érosion aux sols et aux bandes riveraines. De plus, substituer ces biocombustibles à des combustibles fossiles permettrait à la fois d’utiliser des ressources renouvelables et de réduire les émissions de gaz à effet de serre. En effet, les émissions de carbone libérées lors de leur combustion sont annulées par le carbone absorbé par ces plantes au cours de leur croissance. Enfin, ces cultures respectent un point d’une grande importance pour La Coop fédérée : elles ne sont pas en compétition avec la chaîne alimentaire comme le maïs, par exemple. L’objectif est donc de produire ces cultures sur des terres marginales ou abandonnées. On estime qu’environ 300 000 ha des 560 000 ha de terres marginales du Québec pourraient être ainsi être valorisés!

Des inconvénients à considérer
Produire de l’énergie à partir de biomasse a cependant une contrepartie : ces biocombustibles produisent des cendres qu’il faut gérer en conformité avec la législation environnementale. Ils peuvent également engendrer la formation de mâchefers qui gênent le bon fonctionnement de l’équipement de combustion. Enfin, le chlore et le potassium présents dans les plantes peuvent corroder l’équipement. Ces inconvénients varient selon le type de plante et la période de récolte. Ils peuvent être atténués en choisissant un équipement de combustion adapté.

Attention aux chaudières hors la loi!
Tout comme pour le bois ou les combustibles fossiles, la combustion de la biomasse agricole génère des émissions de contaminants. Cette activité est donc soumise à la législation environnementale. Des vérifications ont été entreprises avec des représentants du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) pour y voir plus clair. En ce qui concerne les granules produits à partir du saule, ils sont considérés comme étant du bois. Ce sont donc les normes pour la combustion du bois qui s’appliquent (voir l’article sur la combustion du bois dans l’édition mai-juin 2009 du Coopérateur agricole). Pour les autres types de biomasse agricole comme le panic érigé, deux situations peuvent être rencontrées selon la puissance de l’équipement envisagé. Actuellement, les chaudières traditionnelles de moins de 3 MW à chambre de combustion unique ne peuvent pas être utilisées pour brûler de la biomasse agricole. Il faut un incinérateur et, qui dit incinérateur, dit équipement un peu plus spécialisé. C’est le Règlement sur la qualité de l’atmosphère (RQA) qui régit les spécifications techniques et les normes d’émissions de tels équipements. Lorsque la capacité d’un incinérateur est inférieure ou égale à 1 t/h – ce qui est généralement le cas pour un équipement de moins de 3 MW – on doit, par exemple, avoir au minimum une chambre de combustion additionnelle pour brûler les gaz issus de la première chambre de combustion. Il est à noter qu’un certificat d’autorisation est requis en vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement (LQE) pour un incinérateur.

Quant aux chaudières traditionnelles d’une puissance supérieure ou égale à 3 MW, elles peuvent servir à brûler des biocombustibles. Toutefois, il faut aussi obtenir un certificat d’autorisation (LQE) pour cet équipement et respecter les normes d’émissions applicables aux incinérateurs du RQA.

Il est à noter que le projet de Règlement sur l’assainissement de l’atmosphère (PRAA) devrait remplacer le RQA prochainement. Les équipements d’une puissance de moins de 3 MW utilisés pour brûler des biocombustibles seront encore classés dans la catégorie incinérateurs. Cependant, compa­rativement au RQA, le PRAA contient plus de spéci­fications techniques et les normes d’émissions à respecter sont plus sévères.

Par contre, les équipements d’une puissance supérieure ou égale à 3 MW ne seront plus soumis aux normes d’émissions applicables aux incinérateurs. En effet, le PRAA comporte des normes d’émissions propres aux équipements d’une puissance supérieure ou égale à 3 MW qui brûlent d’autres matériaux que du bois ou des combustibles fossiles. Le PRAA n’affectera en rien la nécessité d’obtenir un certificat d’autorisation (LQE) pour les incinérateurs ou les équipements de combustion d’une puissance supérieure ou égale à 3 MW.

À première vue, l’encadrement règlementaire qui régit l’utilisation des biocombustibles semble restrictif. Cependant, il faut considérer que leur combustion émet des contaminants à l’atmosphère. Contrairement au bois ou aux combustibles fossiles, on ne dispose pas, au Québec, de beaucoup de données sur le type et la concentration de ces contaminants. On doit donc agir avec précaution. Plusieurs organismes étudient cette probléma­tique et se penchent sur les tests qui pourraient être effectués pour combler ce manque de connaissances. La Coop fédérée, par l’entremise de son secteur Développement durable, suit de prêt ce dossier. L’objectif : découvrir des équipements adéquats qui protègeront la qualité de l’air tout en maximisant la production d’énergie.

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