Les aventuriers écolos du Rang 13 de Saint-Camille ne veulent pas de PVC, solvants, colles ou matériaux qui contiennent des substances chimiques ou dommageables pour l’environnement. Ils choisissent de préférence des matériaux fabriqués localement ou provenant de fournisseurs locaux qui sont le moins énergivores possible.

Ces autoconstructeurs sont en grande partie des urbains las de la pollution, du bruit, des petits espaces, en quête de verdure et d’un projet de société qui correspondrait à leurs valeurs. Ils ont répondu avec enthousiasme au projet de développement domiciliaire écologique de la petite localité dont le but ultime était de mettre un frein à l’exode rural, au vieillissement de la population et à la perte des services de proximité. Les futurs résidents ont formé une association dont la charte serait axée sur le développement durable et favoriserait l’établissement de maisons saines et abordables pour de jeunes familles.

Il est ironique que les 121 hectares de terrain achetés à Marc-André Charland soient situées le long du Rang 13, l’un des plus populeux et fleurissant du village de Saint-Camille au siècle dernier. On y trouvait maintes fermes, une fromagerie, une boulangerie et tout au fond, un pont couvert qui chevauchait la rivière Nicolet. De cette époque il ne reste aucun vestige. Il n’y a que des terres en friche qui s’étendent jusqu’au pied du mont Ham.

Plan de la maison de Nicolas Soumis et Nadine Bachand. La fenestration abondante de la face sud optimisera les gains thermiques solaires. Un aménagement paysager (arbres feuillus, lierre grimpant) gardera la maison fraîche l’été.

Le Rang 13 s’apprête cependant à renaître.Bientôt, 25 familles aménageront dans leur nouvelle écohabitation pour vivre ce que certains appellent une utopie écologique. Le projet, évalué à plus de 3 000 000 $, consiste en 25 lots d’une superficie qui varie entre 2 et 7 hectares offerts aux membres pour 2470 $ à 6175 $ l’hectare, infrastructures en sus.

Pascal Beauregard, président du conseil d’administration de la Coopérative de solidarité du Rang 13, est ingénieur électrique de formation. Il travaille en télécommunications à l’Université de Sherbrooke. Natif de l’Estrie, il a décidé de s’installer à Saint-Camille avec sa conjointe et leurs quatre enfants après avoir souffert une « écœurantite » aigüe de Montréal.

Ils ont choisi de construire leur maison directement sur une dalle de béton et d’argile qui restera à nu pour capter le maximum d’énergie solaire. La fondation a été isolée avec des cœurs de portes d’aluminium récupérés qui offrent une valeur thermique supérieure à de la mousse de polystyrène bleue et coûtent 40 % moins cher. Le parement des périmètres extérieurs et intérieurs seront faits d’argile et recouverts de chaux.

La qualité de l’air à l’intérieur de la maison sera excellente puisqu’aucun matériau provenant de l’industrie chimique ne sera utilisé (contreplaqué, peinture, vernis, plancher flottant, MDF, etc.) La maison est presque entièrement faite de matériaux sains (bois, argile, cellulose, acier); il n’y aura aucun gypse dans cette demeure. Tous les murs de division, les poutres exposées et les fenêtres seront faits de bois et seront protégés avec de l’huile de lin ou des huiles minérales.

« Le projet du Rang 13 de Saint-Camille est un projet d’avenir mis sur pied par une coopérative. C’est d’autant plus important pour nous de l’appuyer », de dire Sébastien Guay (à gauche), gérant de la succursale de Wotton de La Coop Pré-Vert, accompagné de Pascal Beauregard.

Les Beauregard ont opté pour un foyer de masse comme système de chauffage principal. Quelques calorifères seront ajoutés à l’étage supérieur pour fournir un chauffage d’appoint.

Le coût de cette aventure écologique de 236 m2 est évalué à environ 150 000 $, inclut les infrastructures, mais non le temps de Pascal qui profite de son congé parental pour se consacrer entièrement au projet.

La Coop Pré-Vert, qui fournit la majeure partie des matériaux pour ce projet, travaille fort pour rencontrer les attentes des autoconstructeurs du Rang 13. « Il y a certains matériaux qui sont plus difficiles à trouver, comme du treillis non-traité et du contreplaqué sans formaldéhyde, mais ils existent et on est prêt à faire cette démarche pour nos clients », explique Sébastien Guay, gérant de la succursale de Wotton.

« Il ne s’agit pas d’une commune », s’empresse de préciser Nicolas Soumis qui avec sa conjointe Nadine Bachand, a décidé de quitter la rue Saint-Urbain de Montréal pour se bâtir à Saint-Camille. « C’est un projet vert avec une bonne dimension sociocommunautaire où il y a beaucoup d’entraide », dit-il.

Nicolas travaille comme coordonnateur de recherche sur des projets en biogéochimie à l’UQAM. Nadine fait du télétravail comme chargée de projet pour Canopée, un organisme basé à Vancouver qui œuvre à verdir l’industrie papetière. Lors de notre visite début juin, Nicolas aidé de son voisin François Veillette, qui détient une maîtrise en biologie, déterminaient l’emplacement de la maison.

De haut en bas :
La famille Lemonde a opté pour une maison de style poutres et poteaux reliés par des joints de type tenon et mortaise. Le mortier de ciment restera exposé pendant deux ans avant d’être recouvert de lait de chaux, de peinture minérale ou du ciment mélangé avec des pigments de couleur. Les murs doivent pouvoir respirer, ils n’ont pas de pare-vapeur.

Nicolas a dessiné tous les plans de sa maison après avoir fait une recherche poussée sur les maisons écologiques. La surface habitable d’environ 135 m2 suffira amplement pour le moment, vu qu’ils ne sont que deux. À cela s’ajoute une serre de 5 m sur 2 m. Au-delà de son rôle esthétique, la serre permettra au couple de commencer leurs semis tôt au printemps et d’y faire pousser des germinations l’hiver.

Tout comme celle des Beauregard, l’orientation de la maison a été déterminée afin de capter le maximum d’énergie solaire. De plus, ils ont installé un système de plancher radiant hydronique ainsi qu’un poêle à combustion lente certifié EPA pour garder la maison bien au chaud l’hiver.

Plus loin dans le rang, se trouve la maison de la famille Lemonde : la toute première du projet et la huitième maison écologique bâtie au Québec. Il s’agit d’une maison de style poutres et poteaux reliés par des joints de type tenon et mortaise, qui rappelle nos belles vieilles maisons d’antan. Chaude en hiver et fraîche en été, ce sera une maison agréable à habiter.

Au grand projet du Rang 13, Vincent et sa famille y ont consacré cinq années de leur vie. Ils se disent gagnants à tous points de vue car l’endroit était tout désigné pour que Vincent Lemonde, qui est arboriculteur et élagueur, puisse démarrer sa propre entreprise, Le Monde des Arbres, plus une pépinière et l’autoconstruction leur a permis de s’offrir la maison de leur rêve.

Leur recommandation pour être écolo : acheter des matériaux fabriqués ici! Il existe peut-être des matériaux plus écologiques ailleurs, mais si on doit les faire voyager sur une longue distance, en valent-ils vraiment la peine?

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