Malgré quelques commentaires négatifs de gens qui cherchent à le décourager de reprendre la ferme familiale, Francis Benjamin, avec l’appui de ses parents, est allé rencontrer les dirigeants de La Coop Comax. Ensemble, ils ont établi un plan de match intelligent qui a permis à Francis de se lancer en affaires.

Diplômé de l’École professionnelle de Saint-Hyacinthe (EPSH) en production porcine, Francis Benjamin a travaillé quatre ans comme employé et six ans comme gérant de ferme chez un naisseur-finisseur de race pure de Saint-Liboire. Le pouls de l’industrie, il l’avait tous les jours au point d’en faire une indigestion. S’il avait continué à écouter l’opinion publique, il n’aurait jamais « fait le grand plongeon », comme il dit et acheté l’entreprise familiale.

L’importance de bien s’informer
Francis caressait le rêve de s’établir en agriculture depuis plusieurs années, mais il hésitait à se lancer en affaires compte tenu de l’état de la filière porcine. Il lui fallait en avoir le cœur net. Francis a donc décidé d’aller rencontrer les dirigeants de la coopérative avec qui son père faisait affaire depuis 10 ans.

Les dirigeants ont parlé du besoin de l’industrie de se restructurer et de réduire ses coûts de production. Ils lui ont expliqué le point de vue de La Coop et tous les efforts qui sont faits pour rentabiliser la filière. Puis ils ont procédé à une analyse de l’entreprise ainsi que ses résultats.

« Les Élevages Covimax sont des naisseurs-finisseurs qui travaillent ensemble avec cœur pour rentabiliser la filière porcine de La Coop. C’est un modèle à suivre pour l’industrie porcine au Québec et c’est important pour moi que ces valeurs soient ancrées dans ma coopérative. » Francis Benjamin

Comme c’était le cas pour plusieurs exploi­tations à l’époque, des changements s’imposaient à la ferme familiale pour que celle‑ci devienne plus profitable. « Les gens des Élevages Covimax ont lancé l’idée de modifier l’élevage pour aller en bande aux 16 semaines, en tout plein tout vide, explique Francis. C’était assez inusité pour un site d’engraissement de 2300 places il y a trois ans, car il y avait peu de compagnies qui pouvaient fournir de tels lots avec du porc québécois. » De plus, ils feraient en sorte qu’une seule maternité fournisse les porcelets, ce qui aiderait à augmenter les performances techniques du cheptel.

Voyant la persévérance de Francis, les Élevages Covimax ont accepté de faire un nouveau contrat pour une durée de cinq ans. Une fois la question résolue, le transfert de la ferme proprement dit s’est effectué en un temps record. Entrepris en septembre 2006, les pourparlers se sont finalisés au mois de décembre de la même année. Six semaines plus tard, le financement était accordé par Financement agricole Canada et Francis devenait propriétaire à 99 % de la Ferme Benjy, l’entreprise que les parents de Francis, Yvan et Francine, avaient démarrée en 1977.

Une saine gestion
« Pour être agriculteur aujourd’hui, il faut être bon gestionnaire, bon producteur, bon en tout, quoi! » dit Francis en riant. Après l’acquisition de l’entreprise, il a acheté de la machinerie afin de réduire les travaux à forfait puis procédé à une mise à niveau des infrastructures. « Grâce à ma prime à l’établissement, j’ai acheté des silos et modifié le système de chauffage pour réduire ma consommation de propane, ajoute Francis. J’ai également changé le système de ventilation, fait l’installation d’un système d’alimentation automatisé et réparé une toiture. »

Le nouveau système de chauffage est moins énergivore et plus sécuritaire que l’ancien. « Juste le fait que les nouvelles fournaises n’ont plus de pilote, j’économise déjà 1200 litres de propane par année », dit-il en ajoutant que le risque d’incendie a également diminué.

Toujours à l’affût de moyens de faire profiter son entreprise, Francis a récemment renégocié deux prêts qui étaient fermés pour une période
de 10 ans. Les transactions lui permettront d’économiser 40 000 $ en intérêt sur une période de cinq ans.

Fonds coopératif d’aide à la relève
Le soutien financier du Fonds coopératif d’aide à la relève lui permettra de réduire ses coûts d’intrants pour la production de céréales. Ces sommes économisées, ainsi que les ristournes de Sonic pour le diesel et le propane, il les réinvestira dans l’entreprise en faisant des travaux de drainage dès cet automne. Quant à l’excédent, il l’appliquera sur le capital d’un de ses prêts.

En rétrospective, Francis est fier de dire que tout ce qui lui avait été promis s’est réalisé. L’expérience avec le Fonds coopératif d’aide à la relève lui a permis de mieux comprendre ce qu’est la coopération et il apprécie cette ouverture d’esprit dont fait preuve la coopérative en invitant les jeunes à s’exprimer. S’il est choisi pour siéger au conseil d’administration à titre de délégué, son but sera d’apporter des idées nouvelles et de tenter d’élargir la vision des « têtes grises », dit-il avec le plus grand des sourires.




Rien ne se fait à l’aveuglette à la Ferme Trèfle Rouge. Chaque geste est posé avec le plus grand respect de l’environnement, explique Mathieu Plante, la deuxième génération à exploiter cette ferme laitière de Saint-Simon qui date de plus de 175 ans. « C’est l’avenir de mes enfants qui en dépend. »

Mathieu Plante fait partie de la nouvelle génération d’agriculteurs qui a une vision durable de l’agriculture. Pointilleux au sujet de son programme agroenvironnemental de fertilisation (PAEF), il est extrêmement rigoureux dans sa gestion des fumiers et des fertilisants.

« Je tiens un registre du nombre de voyages de fumier que je mets par champ et les taux d’application sont déterminés d’après les échantillons de fumier solide et liquide, raconte Mathieu. J’essaie d’arriver un peu en dessous et de ne jamais abuser de fumier ou de d’engrais. »

Lors de notre visite au début du mois d’août, la récolte semblait prometteuse malgré le manque de chaleur. Mathieu s’attendait à une très bonne récolte d’avoine et des rendements d’au moins 8,8 tonnes l’hectare pour le maïs grain.

La mode est aux grosses exploitations
Âgé de 29 ans, Mathieu est actionnaire à 20 % de l’entreprise. La période de co-exploitation, qui dure depuis déjà 10 ans, se déroule dans l’harmonie. Le transfert effectué de façon graduelle lui a permis de continuer à faire du sport et de prendre des congés à l’occasion. Entreprise achetée d’un couple sans relève au début des années 70, Mathieu raconte que les anciens propriétaires de la ferme avaient grandement aidé ses parents à s’établir à l’époque. En intégrant leur fils de façon graduelle à l’entreprise, Michel et Francine souhaitent continuer la tradition.

Les Plante exploitent également une érablière de 2500 entailles et commercialisent leur sirop avec Citadelle. Leur troupeau laitier est majoritairement composé de vaches Holstein. Ils gardent cependant quelques Ayrshire par affinité pour la race. Depuis son arrivée, Mathieu a beaucoup resserré la régie. Il est fier que la moyenne annuelle du troupeau, qui était de 7000 kilos en 2001, ait franchi le cap des 9000 kg depuis peu.

L’exploitation possède 28,5 kg/jour de quota depuis le début de l’été 2009. Mathieu souhaite faire l’acquisition de 5 kilos additionnels d’ici quelques années, mais pas à n’importe quel prix. Il n’est pas question de négliger la vie familiale.

« L’agriculture a beaucoup évolué depuis que j’ai terminé mon diplôme d’études professionnelles à l’École professionnelle de Saint-Hyacinthe. Tout est devenu plus complexe, explique-t-il. C’est tentant de suivre le courant, de prendre de l’expansion pour pouvoir augmenter les revenus. L’inconvénient d’être petit, c’est qu’il faut y aller graduellement vu le prix du quota. De plus, l’exploitation fait vivre deux familles, il ne faut pas l’oublier. Il y a des limites à ce qu’on peut faire comme investissements. »

Fonds coopératif d’aide à la relève
Mathieu est reconnaissant pour « la petite tape dans le dos » de La Coop. Beaucoup d’exploitants, dont plusieurs avaient pourtant une relève qui souhaitait s’intégrer à l’entreprise, ont abandonné l’agriculture dans la région. Il espère que l’initiative de La Coop fédérée et du Mouvement Desjardins encouragera d’autres compagnies et organismes à mettre sur pied des programmes similaires. « Qu’on le veuille ou non, c’est notre avenir qui en dépend, ajoute-t-il. Si on veut continuer à pouvoir mettre de la nourriture sur nos tables et faire vivre le Québec, c’est maintenant qu’il faut agir. »

De tous les volets du Fonds, c’est le support financier La Coop qui aura un impact le plus direct sur son opération. L’argent qu’il obtiendra sous forme de ristourne, dont le montant pourrait atteindre 5000 $ par année, ne sera pas imposable et diminuera les dépenses de la ferme. Mathieu prévoit réinvestir ces sommes dans l’étable et améliorer les logettes des vaches. À plus long terme, il aimerait également améliorer la génétique du troupeau.

Le volet développement des compétences donné sous forme de formation continue est peut-être un préalable pour avoir droit au fonds d’aide, mais Mathieu voit l’élément comme étant un aspect positif. La demande en temps est relativement minime et en pouvant choisir parmi une trentaine de cours, il pourra sélectionner ceux qui correspondent le mieux à ses intérêts et à ses besoins.

Actif au syndicat de base de l’UPA à titre de représentant de Bagot, il n’avait pas songé à se joindre à d’autres regroupements agricoles. La participation au Fonds lui a permis de découvrir l’Association de la relève agricole de Saint-Hyacinthe (ARASH) qui lui permettra d’échanger avec d’autres jeunes agriculteurs de la région et brasser de nouvelles idées. Selon Mathieu, ce sera une bonne façon de se garder au courant des avancées technologiques dans le domaine de l’agriculture.



Pour faire comme les canards, il faut paraître calme en surface et pédaler comme un forcené par-dessous. Et c’est exactement ce que fait Margaret Mundy! Avec l’appui de son conjoint, Yannick Hamelin, elle s’est lancée dans la production de canards mulards en 2006 pour alimenter la Ferme Palmex, dont les produits sont reconnus par les grands chefs cuisiniers pour leur haute qualité.

Après la découverte du virus H5N1 dans un élevage de l’Ain (région Rhône-Alpes) en 2006, le Canada ajoute la France à la liste des pays d’où il est interdit d’importer de la volaille bien que les tests de dépistage de la grippe aviaire effectués dans toutes les exploitations québécoises ayant importé des canetons de France, avant la mise en place de l’embargo, se soient avérés négatifs.

Pour Pascal et Francette Fleury, spécialisés dans l’élevage et la transformation de canard de race mulard ici en Montérégie depuis 1983, l’impact pourrait être désastreux. La production de leur célèbre foie gras et de leurs charcuteries de canard, qui a connu un succès fulgurant partout en Amérique du Nord, aux États-Unis, au Mexique, aux Caraïbes et en Asie, sera en péril si l’embargo se poursuit.

Yannick, expert-conseil avicole à La Coop Saint-Damase, réalise rapidement l’occasion d’affaires qui se présente. Il venait de louer une ancienne ferme avicole avec sa conjointe Margaret un mois plus tôt, et le couple se demandait justement quel type de production ils pourraient démarrer compte tenu de l’état des bâtiments.

De courtes négociations avec Palmex concrétisent le projet et trois mois plus tard, avant même que le financement ne soit approuvé par La Financière agricole, 900 canes et 200 mâles des États-Unis s’installaient à la Ferme avicole du Versant Nord S.E.N.C.

Margaret, qui a travaillé dans le domaine de la construction après sa formation à l’ITA, est ravie. Son rêve de s’établir en agriculture venait de se réaliser. De plus, elle sait qu’elle pourra toujours compter sur son conjoint Yannick pour l’appuyer au chapitre des relations d’affaires et comme expert en production avicole.

« Tout cela s’est déroulé pendant que la grippe aviaire faisait des ravages à plusieurs endroits, on peut donc comprendre que les banquiers étaient assez frileux de financer le projet, explique Yannick. De plus, il s’agissait d’une production inconnue à l’époque au Québec. Nous, on voyait ça comme une belle occasion, quoiqu’en rétrospective, on a pris un risque énorme. En plus, notre maison de Saint-Hyacinthe n’était toujours pas vendue… »

Défis multiples
« Démarrer une entreprise et se lancer en production animale dans un domaine qu’on connaît peu, c’est tout un défi, explique Margaret. Le manque d’expérience a fait en sorte que la courbe d’apprentissage a été très raide. »

En plein mois de mars, il a fallu rapidement dégeler les lignes d’eau et mettre à niveau les installations qui étaient vides depuis deux ans. Heureusement, Margaret a profité d’un bon soutien technique lors du démarrage. Par la suite, un stage de deux semaines en France a grandement aidé à augmenter les résultats techniques.

La demande pour la viande de canard est en pleine croissance au Québec ainsi qu’aux États-Unis.

À l’heure actuelle, l’exploitation de 1672 m2, qui possède 3500 canards, réussit à peine à répondre à la demande croissante de leur acheteur. Dès cet automne, ils loueront une deuxième ferme afin d’y installer 1000 canards additionnels. La courbe de croissance de l’entreprise est exceptionnelle, avoue Margaret, mais devant une demande si forte, le couple considère qu’il n’a pas le luxe de garder le statu quo. « Si on ne veut pas que quelqu’un d’autre vienne nous voler notre part de marché, il faut mettre l’épaule à la roue et prendre de l’expansion. »

Les grandes crises apportent parfois de bonnes occasions d’investissement. Mais pour s’en prévaloir il faut avoir le cœur solide et le goût de l’aventure! Heureusement, Margaret a trouvé deux employés fiables qui l’aident à temps plein dans l’entreprise.

Fonds coopératif d’aide à la relève
Margaret compte beaucoup sur le volet développement des compétences pour l’aider à acquérir de plus amples connaissances en comptabilité. Selon elle, les dépenses d’entreprises sont énormes à gérer et prennent beaucoup trop de son temps qui pourrait être mieux utilisé ailleurs. Elle espère également y trouver des cours de gestion d’entreprise agricole pour l’aider à faire des choix éclairés quant à l’avenir de l’exploitation.

« Je suis contente que nous soyons plusieurs à bénéficier de ce soutien financier car on a besoin de toute l’aide disponible, dit Margaret. On travaille sept jours sur sept et on fait rouler l’économie des villages autour de chez nous. C’est important de nous encourager! »



Ceux qui croient que l’agriculture est sans espoir n’ont vraisemblablement jamais rencontré Mélanye Gendreau. Cette native de la banlieue sud de Montréal, issue d’un milieu non agricole, a fait preuve de volonté et de détermination peu ordinaire avec son conjoint Jimmy Blais. Partis de zéro en 1996, ils exploitent aujourd’hui une maternité à sevrage hâtif de 550 truies, un troupeau de 110 brebis et 83 hectares en culture à Saint-Magloire, dans Bellechasse.

Tous deux diplômés en production porcine, Mélanye et Jimmy travaillaient depuis quatre ans pour une entreprise porcine de Saint-Narcisse lorsqu’ils apprennent que La Coop Unicoop reprenait une ferme de Saint-Magloire. C’était la chance dont ils rêvaient, de pouvoir enfin s’installer sur une ferme bien à eux! Le bémol était que celle-ci était située dans une région que le couple connaissait peu, à plus d’une heure de tous les grands centres.

Le grand déménagement Arrivés à Saint-Magloire, le couple réalise que la ferme en question se résume à une porcherie et qu’aucun tracteur ou équipement agricole n’est inclus dans l’entente pour l’exploitation des terres. Par surcroît, il n’y a pas de maison de ferme pour loger la famille.

Mélanye et Jimmy sont prêts à relever le défi, mais ils décident d’exploiter la ferme pendant une année complète avant de l’acheter. Ils louent une maison au village et font faire les travaux à forfait. Le climat de la région, plus rigoureux que celui dans le Centre-du-Québec auquel ils étaient habitués, les force à ajuster leurs attentes quant aux rendements des champs.

L’achat de la ferme représentait un défi énorme pour le couple. De plus, il fallait songer à acheter de la machinerie et de l’équipement agricole en plus de bâtir une maison. « On partait de zéro, explique Mélanye. Il n’y avait pas de papa, maman pour nous aider. » Le créancier de l’exploitation était par ailleurs confiant de leur réussite. Le secteur porcin se portait bien à l’époque et Mélanye et Jimmy avaient acquis une bonne expérience de travail et obtenaient de bons résultats.

Le site offre de magnifiques panoramas : Saint-Magloire est situé en région montagneuse et boisée. Mais, comme l’ont fait les colons il y a de cela plus de 150 ans, Mélanye et Jimmy ont à ce jour défriché 10 hectares de terres pour ajouter à la superficie cultivable. Ils consacrent également beaucoup de temps à épierrer les champs.

L’aménagement hydroagricole de l’exploitation ainsi que l’approche de travail minimum des sols a fait tourner bien des têtes dans la région. « Notre philosophie est qu’on n’a pas le choix d’évoluer et d’apprendre les nouvelles façons de faire, ajoute-t-elle. Si on avait gardé notre mentalité de 1996, celle qu’on avait quand on est sortis de l’école, on n’aurait pas survécu. »

La relation est bien établie avec l’institution lorsqu’ils présentent un projet d’expansion en production ovine en 2003. Malgré cela, il faudra plusieurs pourparlers avant de convaincre leur directeur de compte, qui n’est pas très réceptif à cette nouvelle production. Celui-ci change d’avis lorsque leurs résultats techniques dépassent fortement la moyenne provinciale et le troupeau initial de 40 brebis, dénombré en 2004, triple de volume en cinq ans. Dès que le prix du porc se stabilisera, Mélanye et Jimmy espèrent augmenter le cheptel à 250 brebis.

« Desjardins a appris à nous connaître avec les années, dit Mélanye. Ils voient qu’on est des bons gestionnaires et qu’on prend des risques calculés. Notre directeur de compte ne sursaute plus quand on arrive avec un projet… »

Un Noël des plus joyeux
Normand Marcil, président du conseil d’administration du Fonds coopératif d’aide à la relève sait à quel point tous les participants travaillent d’arrache-pied pour développer leur entreprise. Il a personnellement appelé tous les gagnants du Volet Desjardins le 24 décembre pour leur annoncer la bonne nouvelle.

« On était contents et on ne s’attendait pas à recevoir un aussi gros montant , raconte Mélanye. On a pu appliquer les 8300 $ directement sur le capital de nos prêts. »

Mélanye espère que le volet développement des compétences abordera la conciliation travail-famille, un défi qu’elle connaît bien avec cinq enfants, et les relations de couple. « C’est facile d’oublier notre couple lorsqu’on travaille constamment ensemble, de mettre les priorités partout ailleurs », commente-t-elle.



Agroéconomiste de formation, Alison Brosseau s’est jointe au MAPAQ avant de devenir directrice de compte pour le secteur agricole. En travaillant avec les producteurs, elle atteint plusieurs objectifs qu’elle s’était fixés, mais le rêve de s’installer en agriculture perdure. Celui-ci se concrétise en 2006 lorsqu’elle marie un producteur agricole et achète une part de l’entreprise. Son constat? Que la pratique est plus difficile que la théorie…

S’ installer en agriculture au sein d’une entreprise qui existe depuis quatre générations, c’est un peu comme sauter à bord d’un train qui est déjà en mouvement. On ne peut l’arrêter comme on veut ni effectuer un virage de 180 degrés en claquant des doigts… Il y a un tas de facteurs qui entrent en considération avant de pouvoir changer quoi que ce soit, même si l’on possède beaucoup de savoir-faire. Pour Alison, cela signifie également de devoir composer avec la belle-famille qui doute de ses capacités parce qu’elle ne provient pas d’un milieu agricole.

À l’époque, l’exploitation comptait 250 bou-villons en engraissement, 300 hectares en grande culture et vendait du matériel agricole ainsi que du foin et de la paille. Certains volets de l’entreprise étaient plus ou moins rentables et la famille souhaitait trouver une façon de diminuer sa charge de travail pour améliorer sa qualité de vie. Alison avait piloté des projets ambitieux mais cette fois-ci, la situation était différente. Elle ne possédait pas ce détachement d’un directeur de compte qui analyse les livres d’une quelconque opération.

En plus des 178 hectares de soya « conventionnel », ils cultivent 2 hectares de soya bio : une certification qui fait la fierté d’Alison.

« C’est facile de donner des conseils, de dire OK, regardez, pour retirer un revenu, une meilleure marge brute, vous devriez faire ça, ça, ça, explique Alison. Tu le fais froidement. Tu donnes des conseils puis tu t’en vas. Ce n’est pas toi qui fais tout le travail et dépense de l’énergie pour y arriver : que ce soit pour qu’une vache donne plus de lait ou pour obtenir un meilleur rendement dans le champ. » Maintenant, il s’agissait de l’entreprise familiale dont elle faisait partie : l’enjeu était beaucoup plus grand.

Une époque de grands changements
Appelée à partager son expérience lors de la conférence internationale sur le transfert de fermes à Québec en août dernier, Alison a fait l’inventaire de tout le travail qu’elle a accompli depuis 2006 pour préparer sa présentation. « En écrivant ça, j’ai pleuré. J’ai réalisé tout ce que j’avais fait en trois ans : c’est énorme. »

En tout, ils ont investi plus de 2 millions $ dans l’entreprise pour l’achat de terres et d’équipement. L’entreprise a fait l’acquisition de systèmes de positionnement global (GPS) qui leur permettent de gérer avec précision les cultures en harmonisant les intrants avec les besoins réels de chaque culture, compte tenu de la variabilité des zones à l’intérieur de chaque champ. Cette utilisation réduite en pesticides et en engrais de synthèse a contribué à baisser leur coût de production et à atteindre leur objectif de travailler d’une façon écologiquement responsable. Lorsque les conditions ne sont pas favorables au semis direct, ils privilégient le travail minimum du sol pour garder une bonne couverture végétale.

Suréquipée pour sa superficie, l’exploitation offre une gamme de travaux à forfait afin de mieux rentabiliser l’équipement. D’ici quelques années, Alison et Rob prévoient cependant acheter des terres additionnelles pour mettre fin à cette activité qui ajoute un peu trop de stress à leur vie, à certaines périodes de l’année. Avec la prime à l’établissement d’Alison, ils ont amélioré le drainage et fait l’aménagement de chutes enrochées pour conserver le sol. Au fil des ans, ils ont réduit le cheptel de bouvillons Black Angus, qui était déficitaire, à 40 bêtes qu’ils vendent à des particuliers; le marché niche du bœuf élevé sans hormones ni antibiotiques étant plus rentable. En collaboration avec le MAPAQ, ils ont mis sur pied une station d’épreuve de taureaux reproducteurs Limousin. L’élevage à forfait de jeunes taurillons pour une quinzaine de producteurs sera une bonne façon de rentabiliser leurs infrastructures existantes.

En guise de conclusion on se doit d’ajouter que l’infatigable Alison, qui voulait un projet bien à elle, s’est également lancée dans la production de fraises dans le but éventuellement de commercialiser une spécialité sur laquelle elle travaille avec acharnement : du vin de fraises!

Fonds coopératif d’aide à la relève
Alison est ravie d’être parmi les récipiendaires du prix Desjardins. « Ça me surprend un peu mais en même temps, je suis contente, dit-elle. C’est une belle reconnaissance de mes efforts. » 

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