Il était une fois – on devrait plutôt écrire Once upon a time, puisque les personnages de ce conte sont anglophones – un jeune couple uni formé de Jared Hamilton et de son épouse Holly Drummond-Hamilton, qui semblait vivre d’amour et d’eau fraîche, d’entrepreneuriat et de rêves. Oui, de rêves, car comme tout un chacun sait, quand on a 25 ans, on rêve beaucoup. Même éveillé!

Un beau couple donc, issu du même patelin, Quyon, faisant partie de la municipalité de Pontiac à tout au plus 50 km à l’ouest de Gatineau.

Ainsi, nos tourtereaux coulaient des jours heureux auprès de l’entreprise que les parents de Jared, Bill et Susan Hamilton, avaient fondée en 1977 : Les Gazonnières Mountainview. Une belle et grande entreprise spécialisée en culture de gazon en plaques pour terrains de golf et de sport. Une gazonnière reconnue, puisqu’on venait de lui accorder, en 2008, une médaille d’argent au concours de l’Ordre national du Mérite agricole (deuxième rang national).

We were here, nous étions là, semble laisser sous-entendre l’entrée bétonnée du poulailler, qui porte les empreintes des mains de Jared et Holly et celles des pieds de leur fille Faith.
Les poulettes sont entrées dans un pondoir neuf et spacieux le 15 septembre dernier.

Bref, leur bonheur était parfait, surtout du fait que Holly et Jared attendaient leur premier enfant, qu’ils nommeront à sa naissance Faith, qui signifie en français « confiance » ou « foi ».

Oui, tout allait bien dans le meilleur des mondes.

Un jour – le 9 octobre 2008 pour être précis –, le téléphone sonne. Au bout du fil, Serge Lefebvre, président de la Fédération des producteurs d’œufs de consommation du Québec. Tiens, tiens… La conversation s’engage, on papote. M. Lefebvre veut entre autres savoir ce que Jared pense du Programme d’aide au démarrage de nouveaux producteurs d’œufs de consommation (voir l’encadré en page 35) et des critères d’admissibilité et d’évaluation de ce programme.

Ah oui, c’est qu’il faut dire que Jared et Holly, en 2007, avaient fait parvenir leur dossier de candidature à ce programme pour tenter leur chance d’obtenir un quota de 5000 pondeuses, et l’occasion plutôt inouïe d’embrasser une « eggcellente » carrière. Toutefois, en 2007, au terme du processus de sélection et d’un tirage au sort, le hasard n’avait pas été tendre envers eux.

Mais à l’automne 2008, Serge Lefebvre conclut son appel autrement que par le traditionnel « meilleure chance la prochaine fois ». Il enchaîne plutôt à brûle-pourpoint par une question : Would you like to be an egg producer? Jared n’en croit pas ses oreilles. Il s’excuse, dépose le combiné et lâche un tonitruant cri de joie. Le hasard, cette fois, lui aura été favorable. Cinq mille fois favorables!

Le conte de fées se concrétise
Le fait qu’il y ait très peu de fermes avicoles en Outaouais a certes joué en faveur des Hamilton. Mais ne soyons pas réducteurs : la solidité de leur plan d’affaires, l’expérience de gestionnaire de Jared en tant que vice-président des Gazonnières Mountainview (a business is a business, après tout) et la possibilité de recycler les riches fumiers comme engrais naturels dans leurs cultures de gazon en plaques, de manière à diminuer la facture d’engrais inorganique, a sûrement milité en leur faveur.

Oui, leur dossier de candidature était solidement monté, avec des chiffres vérifiables, des soumissions à jour, des contacts nombreux. Si leurs capacités de gestion étaient bien démontrées, c’est du côté de l’expérience en production animale qu’ils devaient marquer des points. Ainsi, en visitant plusieurs poulaillers et en demandant aux éleveurs ce qu’ils aiment et aiment moins de leurs installations, Jared et Holly ont pu se faire une bonne idée du travail d’aviculteur et des meilleures installations pour pratiquer ce métier.

Avec de telles démarches, il n’y aura pas beaucoup d’« on aurait don’ dû… »! Il faut voir leur pondoir, qui était encore en construction lors de la visite du Coopérateur. Édith Descarreaux, experte-conseil en production avicole, en est sortie admirative : « Leur pondoir sera unique, à la fine pointe de la technologie. »

De fait, Jolly Egg Farm sera une entreprise avicole modèle : bâtiment conçu pour répondre aux normes HACCP/PASAF, salle polyvalente permettant la tenue d’activités agrotouristiques et l’accueil de groupes scolaires, larges vitrines permettant d’admirer le poste de collecte des œufs et le pondoir (les vitres sans tain masqueront les visiteurs de manière à ne pas gêner les oiseaux), fosse à fumier recouverte, etc. Prévoyants, Jared et Holly ont fait construire un poulailler pouvant abriter 10 000 oiseaux, puisqu’ils ont bien l’intention de continuer à rêver au-delà de 5000 poules!

Les bâtiments d’élevage ont été construits sur une parcelle riche en argile, un sol peu propice à la culture du gazon. Bureau, douches et salle polyvalente, poste de classement, pondoir et fosse recouverte; Jolly Egg Farm est toute belle et toute neuve.

« Jared et Holly sont prêts, pense Édith Descarreaux. Ils ont pris les devants dans leur projet en effectuant une bonne cueillette d’informations sur leur future carrière de producteurs d’œufs. Ils ont aussi une grande ouverture d’esprit et une belle confiance envers les gens qui les entourent, ce qui donnera un climat de travail agréable. »

Pour tout connaître ou presque des poules pondeuses, Jared et Holly ont pu compter sur un véritable mentor, un ami de la famille très versé dans le domaine de l’aviculture qui leur a gentiment offert un cours 101 improvisé : il s’agit du technicien avicole de l’Université McGill, Robert McEwen. Ce dernier vante d’ailleurs les deux jeunes pour leur « éthique du travail », leur dévouement envers leur projet et leur enthousiasme palpable.

Travail, dévouement, enthousiasme… Trois qualités qui peuvent sans contredit transformer des rêves en réalité, des contes à dormir debout en contes de fées!


Le pondoir, qui comporte deux rangées de cages, a été bâti pour pouvoir en accueillir une troisième. On vise déjà à prendre de l’expansion!



La valeur du quota en production d’œufs de consommation

Donner une valeur financière au quota de poules pondeuses est chose plus aisée depuis juin dernier, moment de la première séance du système centralisé de vente de quotas dans la production d’œufs de consommation. On sait depuis qu’une pondeuse commerciale (équivalant à une unité de quota) « vaut » environ 250 $. Le quota de 5000 poules alloué aux futurs jeunes producteurs a donc une valeur globale de 1 250 000 $. Pourquoi vouloir augmenter le nombre de producteurs avicoles? Philippe Olivier, agent aux communications, FPOCQ : « En 2006, les producteurs ont accepté de laisser 25 % de toutes les nouvelles allocations de quota découlant de la hausse de consommation d’œufs pour ce programme. D’une part, ils étaient préoccupés par le nombre d’entreprises d’œufs qui diminuait chaque année, celui-ci étant passé de 277 à 102 entre 1980 et 2004. D’autre part, ils souhaitaient faciliter l’accès à cette production sous gestion de l’offre. En plus du programme, le système centralisé de vente de quotas mis en place en 2009 a amélioré significativement l’accessibilité à la production. »

 

Si les œufs vous intéressent

Le Programme d’aide au démarrage de nouveaux producteurs de la Fédération des producteurs d’œufs de consommation du Québec (FPOCQ)1 a fait ses premiers gagnants en 2006. Il permet le prêt à vie d’un quota de 5000 poules pondeuses pour le démarrage d’une nouvelle ferme d’exploitants non apparentés.

Ce programme résulte de la volonté des producteurs avicoles de permettre l’accès à la production d’œufs à des jeunes de la relève (18 à 40 ans). Les quotas alloués sont constitués d’un pourcentage de l’augmentation des contingents habituellement accordés à l’ensemble des producteurs.

Les producteurs de régions à faible densité avicole ont un peu plus de chance de remporter le concours puisque les critères d’évaluation accordent 5 % des points aux projets soumis dans des régions dont le ratio poules-population est inférieur à la moyenne provinciale. Autrement, les critères d’évaluation jugent, entre autres, la formation et les expériences de travail (15 %), les efforts projetés en agroenvironnement (15 %) et les aspects financiers (36 %).

Les dossiers qui répondent aux critères d’admissibilité sont évalués par un comité d’évaluation composé de neuf juges : quatre producteurs d’œufs, un représentant de La Financière agricole du Québec, un représentant de Financement agricole Canada, un représentant d’une institution financière en alternance, un représentant de l’UPA et un de la Fédération de la relève agricole du Québec. Les juges évaluent les dossiers et leur attribuent une note sur 1000 points. Seules les candidatures dont le pointage est supérieur à un écart-type de la moyenne arithmétique sont conservées pour l’étape ultime, le tirage au sort.

Le tableau ci-contre détaille les gagnants des éditions passés. Au moment d’aller sous presse, on ne connaissait pas encore les noms des gagnants des deux quotas attribués cette année (deux quotas cette année plutôt qu’un seul, en raison d’une plus forte augmentation des contingents).

1 Il ne faut pas confondre le programme d’aide au démarrage de nouveaux producteurs avec celui d’aide à la relève.Ce dernier programme – qui offre, à la relève déjà établie dans une production contingentée, un droit d’utilisation de quota de 1000 pondeuses – fait l’objet d’une révision en profondeur en raison d’importantes failles et ne sera pas attribué avant qu’une nouvelle version soit adoptée par l’assemblée générale de la Fédération des producteurs d’œufs de consommation du Québec.

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