La nouvelle convention de mise en marché des porcs est entrée en vigueur le 8 septembre dernier pour une durée de quatre ans. La décision a été rendue par la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec après 18 mois d’intenses négociations entre la Fédération des producteurs de porcs et les abattoirs québécois. Selon les principaux protagonistes du secteur, cet arrimage au sein de la filière permettra d’y accroître la prospérité, de favoriser la production d’un porc de très haute qualité et de développer les marchés dans un contexte de concurrence mondiale. Entretien avec Paul Beauchamp, premier vice-président d’Olymel.

Le Coopérateur agricole S’il n’y avait pas eu d’entente, quelles auraient été les conséquences pour la filière porcine québécoise?

Paul Beauchamp La Fédération a fait beaucoup pour la production porcine au Québec. Elle a mis de l’ordre dans une situation qui était à l’époque un peu anarchique, notamment en matière de prix payés aux producteurs et de livraison aux acheteurs. La Fédération a réussi à regrouper l’offre standardisée par des grilles, uniformiser les prix et les porcs reçus. Elle a amélioré la qualité et la performance. Mais le système a fait son œuvre jusqu’à sa limite. Au cours des dernières années, deux phénomènes se sont produits. L’offre s’est accrue alors que la demande s’est contractée. L’inverse de ce qui s’était produit jusqu’alors, soit des équilibres favorables à l’offre par rapport à la demande. Puis l’industrie a connu une période difficile. Des ententes sur certains marchés ont pris fin. Des abattoirs ont fermé, ou été en arrêt de production, ce qui a entraîné un surplus de porcs. Une suroffre. Les prix de l’encan se sont effondrés, car il ne s’agissait pas d’un mécanisme à prix fixe.

  • Comment l’industrie a-t-elle réagi?
  1. Le constat, c’est qu’elle ne pouvait plus continuer avec le système en place. La fluctuation des prix et les mécanismes de mise en marché ne jouaient plus en sa faveur. Il fallait le faire évoluer. La Fédération voulait changer. Les producteurs et les transformateurs aussi. Olymel avait d’ailleurs marqué le pas à ce chapitre lors de la Commission Pronovost. Les producteurs voulaient un prix fixe. Mais au-delà des chiffres, on ne pouvait répondre aux besoins particuliers de nos clients, entre autres par des produits de niche (bios, sans antibiotique) ou possédant des spécifications (traçabilité, une histoire à raconter, un porc certifié La Coop, ou un porc nourri sans farine animale), par exemple. À l’encan, on achetait des lots. On ne pouvait parler aux producteurs, outre avec le porc coop, qui représente 1,2 million de porcs sur les 4 millions qu’abat Olymel. La relation avec les producteurs n’existait plus. On ne pouvait plus rien obtenir de particulier sans faire bouger l’ensemble du système. Ç’a été le début de la relation de plus en plus difficile avec le système de mise en marché qui a tardé à s’adapter aux besoins des acheteurs, notamment en matière de poids des porcs. Aux États-Unis, on livrait des porcs de 95 kilos comparativement à 86 kilos au Québec. Il y avait des pertes d’efficacité, car une fois le porc sur la chaîne, les kilos additionnels ne coûtent rien. Aussi, on ne payait pas le prix américain, parce qu’on ne recevait pas ce que les Américains recevaient en matière de carcasse. On voulait un nouveau modèle qui miserait sur une relation plus directe entre l’acheteur et le producteur. Un peu comme dans la volaille.
  • C’est dans ce contexte qu’est né le porc certifié La Coop?
  1. Oui. On a voulu mettre en œuvre la notion de porc du propriétaire pour bâtir une relation avec le réseau en réponse aux besoins de nos clients. Un propriétaire, en somme, qui voulait s’organiser au bénéfice de ses membres.
  • Quels avantages la nouvelle convention procure-t-elle aux producteurs?
  1. Le premier avantage, c’est la garantie d’obtenir le prix américain pour une carcasse compa­rable. Donc, élimination de l’effet inflationniste ou déflationniste que pouvait entraîner l’encan. Deuxième avantage : assurer l’écoulement de leurs porcs sans pénalités si, par exemple, l’acheteur auquel ils sont assignés fait mal son travail. Enfin, troisième avantage, la garantie qu’ils seront traités d’une façon équitable. Que ce soit par rapport à des porcs spécifiques ou de propriétaires, s’ils ne font partie d’aucun réseau.
  • En contrepartie, qu’en retirent les abattoirs?
  1. On est passé d’un système plutôt impersonnel vers une relation personnelle. Dans le mode d’approvisionnement des abattoirs, on a procédé à des assignations de proximité, après avoir reconnu les relations de porcs de propriétaires, qui englobent le porc certifié La Coop, ainsi que les porcs spécifiques pour ceux qui opéraient des contrats de ce type. La nouvelle convention nous permettra de transiger directement avec le producteur pour aller chercher des attributs plus particuliers de manière à mieux répondre aux besoins de nos marchés. Donc, prévisibilité des volumes tout au long de l’année, grâce à l’assignation, meilleure prévisibilité des prix et relations plus directes avec les éleveurs. Il y a un avantage certain pour l’ensemble de la filière à travailler dans ce modèle-là. Mais sa mise en œuvre comporte des défis.
  • Quels sont-ils?
  1. Il faut se donner une période d’arrimage, indépendamment des organisations, pour redévelopper une relation avec les producteurs. Olymel, en raison de sa taille, est l’entreprise qui recevra des porcs du plus grand nombre de producteurs. On recevra bien sûr des porcs de nos propriétaires, Coop et Brochu, mais aussi de nombreux producteurs indépendants avec lesquels il faut prendre contact pour bâtir une relation d’affaires.
  • Le producteur manifeste-t-il des inquiétudes?
  1. Oui. Il sait qu’il touchera le prix américain, mais comment sera-t-il traité à son abattoir, maintenant que la Fédération n’est plus là au quotidien pour y diriger ses porcs? Comment le transport sera organisé, les horaires, etc.? Il y a là de l’incertitude. Mais c’est à force de travailler ensemble que nous allons établir une relation de confiance.
  • Parlant de transport, comment fonctionnera-t-il?
  1. Pour réaliser des économies et des gains d’efficacité, il est nécessaire d’optimiser les routes, tout comme dans le projet Chrysalide du réseau La Coop. Il y a une règle générale qui prévoit que le producteur sera responsable du transport du site d’élevage à l’abattoir qui lui est assigné. Mais le producteur paiera en réalité pour le transport à l’abattoir le plus proche même s’il est assigné à un abattoir qui, lui, n’est pas le plus près de son exploitation.
  • Quelle est la hausse de poids souhaitée?
  1. L’objectif de la convention, c’est de passer d’un poids moyen d’environ 92,5 kilos à un poids de 97,5 kilos. Soit un poids carcasse comparable à celui des Américains. La grille fera l’objet d’une révision régulière si elle ne permet pas d’atteindre le poids moyen des carcasses américaines. L’idée ce n’est pas de faire modifier les strates, c’est de faire bouger la courbe de livraison sur la grille de poids. La grille favorise un porc un peu plus gras, question de texture. Le balancier est allé un petit peu trop sur le maigre.
  • Quels types d’entente pourraient être pris entre les producteurs et les abattoirs?
  1. Par exemple, si on voulait faire du porc spécifique – sans antibiotique, sans gras animal, etc. – il s’agirait de prendre entente avec un bassin de producteurs pour bonifier des aspects de la production selon certaines conditions qui seront satisfaisantes de part et d’autre. Avec un produit spécifique, j’obtiens un meilleur prix sur le marché, mais j’en fais également bénéficier le producteur en le payant davantage pour son porc. On parle véritablement de création de valeur dans la filière.
  • Les marchés vous demandent ce type de porcs?
  1. Oui. De plus en plus. Dans l’ancien système, il était difficile de répondre à ce type de demandes, car je m’adressais à un encan et non pas, comme ce sera le cas dorénavant, à un producteur pour lui formuler des demandes spécifiques en fonction des marchés.
  • L’idée derrière tout ça, c’est d’aller chercher le maximum du marché?
  1. Oui. Avant on devait se contenter d’un produit indifférencié ou alors on ne pouvait s’assurer de recevoir un produit différencié parce qu’il était assigné ailleurs. La nouvelle convention m’assure qu’on livrera chez moi. On rencontrera les producteurs et on fera des affaires avec eux. Le comité Brocoly a le mandat de créer cette valeur-là.
  • Qu’est-ce que le comité Brocoly et quel est son rôle?
  1. C’est une équipe de travail composée de Groupe Brochu, La Coop fédérée, soit nos deux propriétaires, et d’Olymel. Bro-co-ly. Il a comme mandat de recevoir les attentes d’Olymel, et de voir comment nos propriétaires peuvent y répondre, entre autres en matière de prix, de qualité, de génétique, d’alimentation.
  • Sous cette nouvelle convention, la production pourrait-elle augmenter?
  1. Je ne peux garantir que la valeur ajoutée soutiendra le développement de la production. Toutefois, on pense que plus on va créer de valeur, plus les gens qui travailleront avec nous longtemps seront en production longtemps. Ou de façon la plus rentable possible. Si on crée de la valeur additionnelle, il y aura des gagnants. C’est ça, l’objectif du travail en filière. Les producteurs nous disent, donnez-nous des signaux qu’il y aura un peu plus d’argent dans la filière. L’argent actuel, ce n’est pas assez. Est-ce qu’on peut en créer ensemble? Je pense que nous avons l’obligation, parce que nos propriétaires sont impliqués en production, de les supporter comme organisation, et faire vivre la filière avec eux, car ils en sont les parties prenantes.
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