À 28 ans, nouveau diplômé de l’Institut de technologie agroalimentaire, Sébastien* réalise son rêve. Avec un producteur d’expérience, il lance sa propre entreprise de production maraîchère, ciblant le marché de l’exportation. Les partenaires louent alors une terre agricole, y installent des serres et achètent l’équipement dont ils ont besoin. Résultat : quatre ans plus tard, l’entreprise a le vent dans les voiles!

À l’hiver 2008, Sébastien se sent prêt à relever un nouveau défi. Il rachète les parts de son associé, 20 % du capital-actions, et prend le plein contrôle de la ferme. L’entente conclue lui permet de répartir son paiement de 80 000 $ en deux versements égaux, d’ici 2011, ce qui lui donne une plus grande marge de manœuvre.

Comme il l’avait fait lors du démarrage de son entreprise, le producteur se tourne vers son conseiller de La Financière agricole du Québec (FADQ), en Montérégie. « Le dossier de l’entreprise était bien ficelé dès le départ, se rappelle Denise Dubé, directrice de la gestion des produits financiers. Les entrepreneurs avaient démontré qu’ils savaient faire face aux difficultés. Le défi était maintenant de bien planifier l’avenir avec le jeune propriétaire », explique-t-elle.

Tendance
Les analyses de la FADQ ont fait ressortir la planification des investissements comme l’un des principaux facteurs de succès des entreprises agricoles. Dans ce contexte, le Plan global d’investissement (PGI), un nouveau mode de financement sur cinq ans développé par la FADQ, apparaît comme un outil pertinent. En rencontrant son conseiller, Sébastien laisse entrevoir des projets d’expansion. Il devient clair que de nouveaux besoins d’investissement se pointeront bientôt. Il vaut donc mieux planifier maintenant pour bien définir les facteurs de réussite du projet.

« Ce que demande d’abord le PGI, c’est un temps de réflexion chez le producteur. En établissant sur cinq ans ses projets d’investissements, en partageant ensuite sa vision avec son conseiller, l’entrepreneur nous permet de mieux évaluer ses besoins », précise Denise Dubé, qui y voit là une toute nouvelle tendance en matière de financement agricole.

Le principe est simple. Le conseiller fixe le montant d’hypothèque avec le producteur, selon les besoins réels de l’entreprise, tout en tenant compte de sa capacité de remboursement actuelle et potentielle. « Quand il est prêt à aller de l’avant avec de nouveaux investissements, on refait une analyse financière, mais le nouveau prêt est déjà garanti par les biens qui ont été considérés dans le PGI. La paperasse est donc limitée et le client n’a pas à retourner chez le notaire à chaque nouvelle demande de prêt », indique Denise Dubé.

Une fois sa réflexion faite, Sébastien s’est donc penché sur les investissements à prioriser avec son conseiller et le moment adéquat pour les faire, à la lumière des derniers bilans financiers. Il a été convenu qu’il fallait d’abord acquérir les terres louées et les aménager pour les besoins de cultures, en faisant notamment des travaux d’irrigation. Pour la première année, le PGI prévoyait la construction de deux nouveaux bâtiments : l’un servant à héberger les travailleurs étrangers lors des récoltes et l’autre étant un entrepôt réfrigéré. Dans l’optique d’une planification à long terme, le producteur et son conseiller se sont assurés que le nouvel entrepôt serait suffisamment grand pour absorber un volume supérieur de produits, prévu lors du lancement d’une nouvelle phase d’expansion dans trois ans.

Hypothèque continue
Sébastien et son conseiller ont donc convenu d’un besoin financier de 895 000 $ pour les cinq prochaines années, dont 530 000 $ nécessaires dès 2009. Une hypothèque continue a alors été prise sur les biens immobiliers du propriétaire, même si une partie du financement ne lui sera consentie que lors des prochaines phases de développement. Sébastien s’est alors engagé à verser une somme de 50 000 $ (environ 5 %), qu’il déboursera en plusieurs étapes en 2009, à même son fonds de roulement.

« Généralement, la mise de fonds exigée peut aller jusqu’à 25 %, voire 35 % de l’investissement, explique Mme Dubé. Toutefois, elle peut être compensée par des actifs que possède le client. De plus, la qualité du parcours de l’entrepreneur compte beaucoup », précise-t-elle.

Dès 2009, le jeune entrepreneur peut donc aller de l’avant avec ses nouveaux projets d’amélioration ou de construction. Le plan en a prévu les coûts en tenant compte de marges d’imprévus de 10 à 15 %. La valeur du projet est estimée en fonction de l’inflation anticipée.

Durant toute la durée du PGI, le conseiller de Sébastien assure un suivi en validant, entre autres, l’évolution du chiffre d’affaires, appelé à passer de 600 000 $ en 2009 à 800 000 $ en 2013. De nouvelles analyses financières permettent aussi de voir la progression de l’entreprise, à la lumière des premiers investissements. La phase d’expansion, prévue en 2012, peut ainsi être devancée ou retardée, selon le contexte. Quant à Sébastien, il demeure centré sur ses objectifs, évitant ainsi des dépenses qui pourraient nuire à son projet global.

« Les meilleurs entrepreneurs sont souvent ceux qui planifient le mieux », rappelle Denise Dubé. Dans le cas de ce producteur maraîcher, l’objectif était clair : se tailler une place dans le monde de l’exportation… et il y travaille à long terme!

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