En septembre dernier, 17 présidents et 13 membres du conseil d’administration de La Coop fédérée se sont rendus en France pour visiter les installations de trois coopératives, soit Groupe Terrena, Cooperl et Agrial. Une visite improvisée à la ferme du président de Terrena a complété l’itinéraire. Compte rendu de voyage.

Arrivé en sol français le 20 septembre, tout le monde a été mis à niveau à l’aide d’une présen­tation sur le mouvement coopératif agricole de l’Hexagone. Les coopératives visitées ne sont pas des fédérations, elles sont en lien direct avec leurs membres qu’ils nomment « adhérents ». « Un terme qui a un sens plus engageant que “membres” », remarque Denis Richard, président de La Coop fédérée.

La fédération des coopératives agricoles françaises est Coop de France, située à Paris. En sont membres pas moins de 3200 coopératives, unions ou sociétés d’intérêt collectif agricole (SICA) et 12 700 coopératives d’utilisation de matériel agricole (cuma). À elles seules, elles ont plus de 1500 filiales qui représentent 40 % de l’agro­alimentaire français (voir le tableau Portrait de la coopération agricole française). Sa mission : représenter et défendre les intérêts des coopératives agricoles, faire la promotion de la formule coopérative et répondre à leurs besoins.

GROUPE TERRENA
Première coopérative visitée, Terrena, dont le siège social est situé à Ancenis près de Nantes dans le Pays de la Loire, est la deuxième coopérative agricole en importance en France. Elle affiche un chiffre d’affaires de 5,6 milliards $CA, tandis que celle qui occupe la première place, InVivo, un regroupement de coopératives, enregistre des ventes de 8 milliards $CA. Par ses activités et son importance, Terrena est une coopéra­tive comparable au réseau La Coop (voir les données au tableau Portrait des coopératives visitées). Elle est active en agroalimentaire, en productions animales et végétales, en viticulture et dans le secteur des pépinières. Elle exploite également des magasins sous la bannière Gamm Vert.

Le conseil d’administration de Terrena est composé de 27 administrateurs, dont un administrateur salarié. De fait, certains employés sont propriétaires de capital social et ont droit de vote à l’assemblée générale. La proportion des employés votants ne doit toutefois pas excéder 20 % du droit de vote.

Jean-Yves Ménard, membre du conseil d’administration de Terrena et président de Gastronome, la filière volaille, a reçu le groupe pour présenter l’ensemble des activités de la coopérative. M. Ménard exploite une entreprise avec son frère, sa femme, son fils et son futur gendre. Il possède un quota d’un million de litres (110 vaches), élève de la volaille Label Rouge (800 m2) et cultive blé, colza, orge et maïs sur 296 ha, dont 160 ha sont commercialisés. En tant que président d’une filière, il siège au bureau du conseil d’administration, l’équivalent du comité exécutif à La Coop fédérée, avec quatre autres présidents de filière, le président et les deux vice-présidents du conseil d’administration.

Jean Elizalde, à droite, informait les visiteurs du fonctionnement de la meunerie. De gauche à droite se trouvent Vallier Chouinard, président de La Coop Agriscar; Claude Couture, administrateur à La Coop fédérée; François Drainville, président de La Coop Agrivert et Alain Larochelle, président de La Coop Unicoop.

Abattoir de volailles
Tous les oiseaux abattus et transformés chez Terrena sont produits sous contrat. Ainsi, la coopé­rative maîtrise toute la filière. En France, une grande partie de la volaille produite est marquée du seau Label Rouge, une certification de qualité supérieure mise sur pied par l’État dans les années 60. Pour porter la griffe rouge, le produit doit, à toutes les étapes de la production, répondre à des exigences définies dans un cahier des charges homologué par l’Institut national de l’Origine et de la Qualité.

La fédération, Coop de France, a aussi lancé son label qualité qui porte le nom Agri Confiance®. Il assure aux consommateurs que le produit est préparé selon des normes strictes en sécurité des aliments, en traçabilité et sous une maîtrise totale des impacts environnementaux.

Visite d’une meunerie
Dans la meunerie Noréa, située à Rorthais, il se prépare 400 000 tonnes de moulée par année, essentiellement destinée à la volaille. Le bâtiment – construit en 1992 – impressionne par sa dimension, sa structure, sa propreté extérieure et intérieure. Mais la plus grande différence se voit dans l’organisation et la fabrication. Notamment, on peut y produire une centaine de recettes diffé­rentes et répondre à une commande spéciale (moulée granule ou texture) en moins de deux heures. Efficacité, dit-on!

Cette rapidité vient-elle du fait qu’on y mélange tous les grains avant la mouture alors qu’au Québec tous les ingrédients sont moulus individuellement et mélangés par la suite? Selon Pierre Ruel, directeur ingénierie, meuneries réseau, cela peut avoir un effet sur la qualité des granules. Mais l’impact le plus important est ressenti sur l’investissement des équipements. En comparaison, notre façon de faire nécessite un silo par grain avant la mouture et d’autres silos pour l’après-mouture. Un nombre plus important d’équipement a une influence sur la rentabilité. Le fait d’avoir une distance moyenne de livraison que de 70 km a aussi un impact sur la rapidité à répondre à la commande et sur les coûts de transport.

Denis Richard, président de La Coop fédérée et Hubert Garaud, président de Groupe Terrena

L’axe stratégique, appliqué par Terrena, est de produire de la qualité au meilleur coût possible. La coopérative n’hésite donc pas à acheter des matières premières à l’extérieur de la France, si c’est moins cher. On ne boude pas non plus l’utilisation de produits OGM si le coût d’achat est moindre, car, explique-t-on, les Français craignent davantage l’effet néfaste sur l’écosystème que ses conséquences sur le corps humain.

Sur le plan environnemental, un programme d’agriculture écologiquement intensive se met en place. L’objectif? Réduire l’impact des intrants classiques sur l’environnement en les remplaçant par des produits plus écologiques.

« Elles parlent de leur meunerie comme des outils servant à être plus performants. Nous, on en parle comme des actifs à valoriser. Ça fait une grande différence au bout du compte. » – Denis Richard, président, La Coop fédérée

La meunerie de Groupe Terrena impressionne par sa structure. Elle est composée de deux bâtiments : à gauche sont stockées les matières premières et à droite s'effectue toute la fabrication.



Le groupe s'apprète à aller souper en bateau-croisière sur la riviére l'Erdre, a proximité de Nantes. Quelques dirigeants de Groupe Terrena se sont joints au groupe.



Visite à la ferme M.
Garaud, président de Terrena, exploite une entreprise spécialisée dans le lait, le bœuf et la volaille. Ses oiseaux sont élevés à l’extérieur selon le cahier de charge du Label Rouge. Des exigences d’élevage qui font en sorte que la période d’engraissement s’étend sur 80 à 90 jours. Toutefois, « ce poulet spécifique se vend le double du prix du poulet standard », précise M. Garaud. Il cultive aussi du maïs, du blé, des céréales et des fourrages. Enfin, il produit son électricité à l’aide de panneaux solaires placés sur ses bâtiments et vend les surplus.

« Il faut en venir à être aussi efficaces qu’eux. Pour cela, il faut garder nos coopératives locales, mais il faut travailler davantage en réseau. » – Jocelyn Dion, président, La Coop Pré-Vert

COOPERL
Cooperl, dont la place principale est située à Lamballe en Bretagne, est active principalement en production porcine. Elle a commencé ses activités en abattage en 1966 et a acquis des entreprises au cours des années. En 1987, un important tournant a fait en sorte qu’elle maîtrise l’ensemble de la filière en acquérant une première meunerie. Un geste qui a eu un impact sur les coopératives environnantes qui approvisionnaient les membres de Cooperl.

À ce jour, la structure de Cooperl est composée de trois importants secteurs : le groupement de producteurs de porc; l’aliment du bétail, ainsi que l’abattage, la découpe et la transformation de viande de porc.

L’abattoir Cooperl Lamballe produit 90 tonnes de viande par jour dont près de la moitié est élaborée sur place. Le reste est vendu en pièces en France ou à l’export.
La meunerie où se préparent pas moins de 700 000 tonnes de moulée par année.

Abattoir et meunerie
L’abattage et la découpe se font sur trois sites. Le groupe a visité le plus important, situé à Lamballe, où 50 000 porcs sont abattus chaque semaine. En comparaison, à l’abattoir d’Olymel à Vallée-Jonction, 37 000 porcs sont abattus hebdomadairement. L’usine de Lamballe est moderne et l’espace est vaste. Les porcs y sont abattus dans la journée, découpés et mis en salaison le lendemain. Une nouvelle entreprise, spécialisée dans le jambon – secteur dans lequel Cooperl n’était pas présente – était en voie d’être acquise lors de notre passage. Les adhérents de Cooperl produisent 125 000 porcs par semaine (6 millions par an), dont 100 000 sont abattus dans ses propres abattoirs.

La meunerie visitée produit plus de 700 000 tonnes de moulée par an, dont plus de 80 % sont consacrés à l’alimentation des porcs. Située à Plestan, on y fabrique moins de recettes que dans l’usine de Terrena, mais on peut aussi répon­dre rapidement à une demande urgente. Les ali­ments y sont mélangés avant d’être moulus, une pratique assez généralisée en France. « La logistique du transport est importante, précise Laurent Lemieux, président de La Coop Seigneurie. On y sent un grand travail d’équipe. »

Dans cette meunerie, la médication est intégrée à la toute fin du processus de fabrication. Un avantage selon Pierre Ruel qui a déjà visité quelques meuneries en France. « Le fait de ne pas avoir de médication dans la chaîne de production facilite le processus lorsqu’il s’agit de répondre à une urgence. Ici on doit faire un nettoyage des équipements si l’on est en train de produire une moulée médicamentée. Tandis qu’eux n’ont qu’à changer de recette et poursuivre la production. »

AGRIAL
Son siège social est situé à Caen en Basse-Normandie. Son champ d’activité ressemble à celui de Groupe Terrena : secteur agroalimentaire; productions animales et végétales ainsi qu’agrofourniture, secteur où l’on dénombre plusieurs magasins comparables à nos quincailleries.

Sa mission? « Satisfaire et anticiper les besoins alimentaires des consommateurs, répondre aux attentes de la société en valorisant le territoire et en contribuant durablement à la réussite de coopérateurs responsables. » Une mission qui provoque un étonnement chez le président de La Coop fédérée estimant plus habituel qu’une coopérative oriente sa mission vers la satisfaction des membres. « Cette approche doit nécessiter plus de réflexions », précise-t-il.

Un système moderne d’ensachage permet de remplir environ 200 sacs à l’heure.
Le centre d’engrais d’Agrial, où l’on prépare 80 000 tonnes de mélange par année.

La gouvernance
Ce qui intéressait le groupe avant tout était d’entendre parler de la gouvernance de cette coopé­rative parce qu’elle est inspirée du modèle du réseau La Coop. Agrial est une coopérative née de la fusion de plusieurs coopératives, la dernière étant intervenue en juin 2009. Son territoire couvre désormais sept départements dans l’ouest de la France. L’un des principaux défis a été de concevoir une organisation décentralisée afin de maintenir une relation de proximité forte avec les adhérents et le terrain. C’est ce qui l’a amené à étudier notre modèle. Elle a organisé son territoire en 14 régions qui ont en charge la relation économique et le lien entre les adhérents et la coopérative. Chaque région a un conseil de région ainsi qu’une équipe responsable de la gestion des activités. Le mode de gouvernance au sein d’Agrial est basé sur une organisation « duale » avec dans chaque instance, une équipe d’élus représentant les adhérents et une équipe de gestionnaires. Les élus sont ainsi étroitement associés au fonctionnement des régions, mais aussi des filières de production (lait, viande bovine, porcs, volailles, légumes, céréales, pommes à cidre).

La visite chez nos cousins français s’est terminée par un tour de table. Impossible pour les présidents et membres du conseil d’adminis­tration de La Coop fédérée de ne pas faire de liens entre ce qu’ils ont retenu et la transformation qui se vit dans le réseau. Plusieurs, comme Denis Richard, président de La Coop fédérée et Luc Pelland, président de La Coop Comax, ont relevé que les coopératives françaises voyaient leur meunerie comme un outil pour être plus performants alors que chez nous, elle est plutôt un actif à valoriser. De son côté, Rosaire Beaulieu, de Groupe Dynaco, a affirmé que non seulement Chrysalide doit se réaliser, mais qu’il faudra poursuivre la transformation à un rythme plus accéléré. D’autres, comme Laurent Lemieux, de La Coop Seigneurie, préfèrent attendre les résultats de Chrysalide et décider ensuite quelle autre étape pourra être franchie. Finalement, pour tous, la mission a été bénéfique et leur a montré d’autres façons de faire qui pourraient les inspirer.

« Ces coopératives sont rentables et efficaces pour leurs membres. Nous, nous sommes très axés sur le service et ça doit rester, mais nous devrons aller davantage vers la rentabilité. En ce sens, Chrysalide est une étape, mais il va falloir continuer à évoluer et aller même plus rapidement dans le futur. »

Rosaire Beaulieu,
président, Groupe Dynaco

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