C’est l’un des meilleurs troupeaux Ayrshire au Canada, mais ses propriétaires restent humbles devant les distinctions remportées au fil des ans. Humilité, fierté et abnégation, c’est dans leur nature.
Construite en 1999, la vacherie accueille des vaches pour un quota de 70 kg, mais a les capacités pour un quota de 85-90.

Ils sont comme ça, peut-être pas si différents de vous, mais tout de même, il en a fallu des questions, des demi-réponses et des sous-entendus pour arriver à comprendre les raisons du succès des gens de la Ferme Thomas-Louis Denis & fils. Quand Le Coopérateur a visité cette ferme, le non-dit et l’implicite soufflés à demi-mot abondaient. Il fallait alors sagement décoder les indices, comme la douce odeur piquante d’un ensilage réussi, la forte proportion de vaches couchées aux panses bien remplies ou les pages d’un calendrier du Club Holstein de Portneuf sur lesquelles figurait telle fameuse vache du troupeau…

Trois hommes et un destin
La Ferme Thomas-Louis Denis, de Saint-Ubalde (Portneuf), c’est trois hommes, trois personnalités. Trois hommes qui pourraient ne pas s’entendre et s’accepter, mais qui trouvent le moyen d’unir leurs forces pour aller droit devant pour produire du lait et développer l’un des meilleurs troupeaux Ayrshire au Canada, en témoignent leurs titres de meilleure MCR au Canada en 2006 et 2007 et leur plaque de maître-éleveur en 2002.

Oui, trois hommes plutôt différents les uns des autres – hormis les mains, de vraies et fortes mains d’agriculteurs –, mais qui sont réunis par une même passion, un même destin : l’agriculture. Les Denis sont dédiés à la production laitière, c’est entendu.

Il y a bien sûr Thomas-Louis, au sobriquet « Thom », 78 chandelles bien comptées. Le sacrifice d’une vie entière, un patrimoine soigneusement constitué maintenant entre les puissantes mains de ses deux fils, Hugues et Jacques, depuis 1988. Officiellement bien sûr, parce qu’officieusement, le patriarche Thomas-Louis n’est jamais loin. On peut même l’apercevoir presque tous les jours pour la traite du soir.

Thomas-Louis, qui cultive avec ses fils une politique de non-ingérence non-indifférence calquée sur les relations France-Québec d’un temps jadis. Exemple patent : quand en 1999 ses fils, devant une ferme rentable et peu endettée, lui demandent son opinion sur l’opportunité de construire une nouvelle étable à ventilation naturelle bien éclairée, spacieuse et plus confortable, « Thom » ne met pas de bâtons dans les roues, mais pose une question, la plus importante : « Pourquoi? ». Modernisation, confort, productivité et expansion, répondent les fils. Quand en 2005 ceux-ci récidivent avec un nouvel investissement pour une étable à taures, Thomas-Louis questionne aussi les ambitions de ses fils, comme pour les mettre en garde ou les conforter dans leur choix. Oui, Thomas-Louis, l’homme discret et rieur, possède une bonne dose d’abnégation, d’hier à aujourd’hui.

De l’abnégation aussi – et certains le penseront tout bas sans le dire tout haut – d’adopter une race Ayrshire moins populaire et en apparence moins productive, mais qui peut se révéler aussi rentable que les noires et blanches, fut-elle élevée et gardée dans un environnement adéquat.

Thomas-Louis Denis qui a su faire preuve de vision en élevant des sujets de race pure et en participant au contrôle laitier officiel dès les débuts de la ferme. L’insémination artificielle et le transfert embryonnaire sont aussi des techniques adoptées précocement en 1961 et 1985 respectivement.

Dany Trottier, expert-conseil de La Coop St-Casimir, un conseiller de la ferme qui donne un coup de main apprécié lors des expos agricoles auxquelles prennent part les Denis.
Actuellement, le classement des laitières est le suivant : 2 EX, 12 TB, 34 BP, 15 B. Au fil des ans, les Denis ont élevés sept Ayrshire et une Holstein classées excellentes

Il y a ensuite Hugues, l’éleveur. L’IPV dans l’œil, le bon flair pour le meilleur taureau, la compréhension comportementale des animaux à fleur de peau. Président du Salon international laitier de Saint-Hyacinthe, administrateur au sein de son syndicat de base local, Hugues sait sortir de l’étable pour faire profiter les organisations de son point de vue ou de son sens de l’élevage.

Hugues qui, quand on le mitraille de questions, répond rarement plus qu’avec quatre mots, allant à l’essentiel, ne voulant pas s’étendre sur ce qui est inné chez lui, mais pas nécessairement évident chez les novices. Hugues, le pas fanfaron pour deux sous, l’homme affable qui, à 40 ans, a l’humilité bien placée.

Et Jacques, 50 ans, responsable surtout des cultures, des machineries et des finances avec sa conjointe comptable de formation, Hélène Gravel, Jacques qui donne aussi un coup de main à la traite du matin. Jacques l’enthousiaste, le gestionnaire, actuellement administrateur à La Coop St-Casimir et ancien président de La Coop Saint-Ubald.

Heureusement que Thomas-Louis et Hugues sont là pour refréner un peu les ardeurs de Jacques parce que celui-là, il voit grand. Oui, Jacques, c’est la fierté sur deux pattes, l’amour de la coopération agricole et de ses collines verdoyantes qu’il ratisse en tracteur.

Voilà trois hommes simples, francs, émus de la simple présence du serviteur de ce magazine muni de son gros appareil photo brandi trois heures durant sous leur nez, nez desquels il a fallu tirer les vers, comme dit plus haut.

En rouge, noir et blanc
Si des Ayrshire peuplent l’étable depuis 1955, il ne serait pas prudent de dire que les Denis élèveront pour toujours cette race. En fait, ces derniers n’alimentent pas les débats à savoir quelle est la meilleure des deux. Ils aiment les belles et bonnes vaches, un point c’est tout!

Il faut dire qu’en 2000, devant une étable neuve devenue plus spacieuse, les Denis font l’acquisition de sept Holstein parce que, disent-ils, le marché des sujets de race Ayrshire, à l’époque, ne les satisfaisait pas.

Pourquoi garder les Ayrshire? Ni par entêtement ou tradition, juge Hugues Denis. Si les Ayrshire occupent encore la majorité des places dans l’étable, c’est pour d’autres raisons que leur productivité calculée en kilos de lait (9200 kg de lait par année contre 12 000 kg pour les Holstein).

Combatives, fortes sur leurs membres, plus facilement traitables quand elles souffrent de mammite aiguë, au faible compte de cellules somatiques, conservant mieux un bon état de chair, les rouges et blanches lèvent moins le nez sur la mangeoire, même si on y dépose les meilleurs aliments, que leurs cousines Holstein, jugées plus facétieuses par Hugues.

Actuellement, le classement des laitières est le suivant : 2 EX, 12 TB, 34 BP, 15 B. Au fil des ans, les Denis ont élevé sept Ayrshire et une Holstein classées excellentes.

Entre 1999 et 2009, le quota de la ferme passera du simple au double, de 35 kg à 70, ce qui mettra à l’épreuve sérieusement, en ajoutant les deux projets de construction, les finances de l’entreprise, sans toutefois les mettre en péril. Les bâtiments actuels permettraient d’abriter des animaux pour un quota de 85-90 kg, car c’est encore dans les plans de prendre de l’expansion.

Elles ne laissent pas indifférent
La famille de vaches la plus méritoire du troupeau est sans contredit celle des Marie, dont la matriarche, Du Lac Blanc Marie Poudre (Du Lac Blanc est le préfixe du troupeau avant 1998), classée TB et qui aujourd’hui, à 13 ans, a produit plus de 110 000 kilos de lait en carrière. Parmi sa progéniture, on compte l’excellente Denis Medalist Marina, 93 points et Denis Marie Pier, avec un record de 11 000 kg de lait à sa première lactation.

Les Denis n’achètent que peu de vaches – l’exception consiste peut-être en la vache Donna 3 provenant du troupeau renommé Blackaddar, achetée à l’Île-du-Prince-Édouard et détenue en copropriété avec une ferme finlandaise. Non, les Denis préfèrent pour l’instant miser sur leur propre travail de sélection.

Le préfixe Denis compte aussi une génisse, Denis Poker Gemma, 2e à la Royal Winter Fair en 2008 et All-Canadian de réserve. Vendue en 2008, la génisse, une étoile montante, fait aujourd’hui le plaisir d’un autre éleveur et ne risque pas d’être une étoile filante!




Des quarts de travail réglés au quart de tour
Chez les Denis, on compte une présence humaine quotidienne à l’étable entre 4 h et 22 h. Jacques (ci-contre) arrive à la ferme très tôt pour commencer la traite et Hugues le rejoint une demi-heure plus tard, en compagnie d’un fidèle employé, Gilbert Perron. Le soir, Thomas-Louis donne un coup de main à Hugues pour la traite, après quoi ce dernier revient souhaiter bonne nuit aux vaches, après une dernière tournée pour pousser l’ensilage et s’assurer que les vaches vont bien. Enfin, l’été et les fins de semaine, le fils de Jacques, Émile, 16 ans, vient aussi prêter main forte

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