Puisque nous n’avons aucune influence sur les prix ou l’état du marché, c’est sur les performances des élevages qu’il faut capitaliser.

«Le taux de fertilité est un des indicateurs de productivité qui en dit long sur la gestion des élevages, fait savoir François Parent, directeur de la production porcine à La Coop Purdel. Il faut le tenir à l’œil. » Le taux de fertilité, exprimé en pourcentage, est le nombre de truies d’un élevage qui demeurent gestantes après 50 jours par rapport au nombre de saillies totales. Ainsi, plus ce pourcentage est élevé, plus la fertilité du troupeau est élevée.

Nous vous présentons deux entreprises de cette coopérative du Bas-du-Fleuve qui excellent en la matière : Ferme Saint-Eugène, située à Saint-Eugène-de-Ladrière et Ferme Purporc, établie à Saint-Valérien-de-Rimouski.

Ferme Saint-Eugène possède une maternité de 1325 truies Alpha+ Yorkshire Landrace et une pouponnière de 3800 places. En 2008, le taux de fertilité du troupeau a atteint 94,9 % (voir le graphique à la page 33). Du côté de Purporc, où l’on compte 1250 truies de même génétique ainsi qu’une pouponnière de 3500 places, le taux de fertilité s’est chiffré, pour la même année, à 92,9 %.

D’autres chiffres témoignent de la réussite de ces entreprises. En 2008, à Saint-Eugène, on dénombre 13,31 porcelets nés totaux par portée, ainsi que 28,55 porcelets sevrés par truie productive. À Purporc, pour la même période, on compte 12,97 porcelets nés totaux et 28,10 porcelets sevrés par truie productive. Comment ces deux exploitations de Purdel parviennent-elles à ces résultats?

Le secret est dans la sauce
Et en voici la recette. Alimentation de pointe, détection des chaleurs et saillies rigoureuses, programme lumineux bien adapté aux besoins des animaux, qualité de la semence, habiletés et formation des employés, voilà autant d’ingrédients qui, savamment dosés, favorisent la réussite.

Les deux fermes embauchent six personnes chacune. La formation du personnel est d’ailleurs une priorité. Aussi tient-on régulièrement des séances d’amélioration continue. Les employés échangent alors sur leurs méthodes de travail et partagent leurs bons coups. Des spécialistes du réseau La Coop se joignent aussi aux groupes pour suggérer de nouvelles façons de faire.

Tant à Purporc qu’à Saint-Eugène, trois personnes s’occupent des saillies. Chaque semaine, à tour de rôle, l’une d’entre elles en est responsable. « C’est un défi qui responsabilise l’employé, indique François Parent. Ça permet aussi de faire des comparaisons constructives de semaines en semaines. »

La détection des chaleurs
Il s’agit là d’une étape cruciale. Et on ne cherche pas à couper les coins ronds de ce côté, comme nul par ailleurs dans l’entreprise, faut-il le préciser.

Les cochettes entrent en salle d’acclimatation à 180 jours d’âge. La détection des chaleurs, qui débute une semaine plus tard, est effectuée une fois par jour, dans un parc, en présence d’un verrat, et ce, jusqu’à ce qu’elles quittent la salle d’acclimatation, soit à 220 jours. « Ce protocole de détection permet de bien connaître leur cycle et leurs dates de chaleur de manière à pouvoir les grouper lorsque vient le temps de les inséminer », explique Pascal D’Astous, gérant de la Ferme Saint-Eugène. On procède ensuite à une deuxième ronde de détection, toujours en présence d’un verrat en cage de contention dans la section bloc saillie. Les inséminations commencent aux alentours de 230 jours d’âge.

Quant à la détection des chaleurs des truies, elle se fait en cage individuelle. Le verrat est aussi confiné dans une cage de contention que l’on fait circuler devant les truies. Tous deux, la truie et le verrat, sont alors nez à nez. Des phéromones, présentent dans la salive du verrat, stimuleront la truie si elle est réceptive.

Avec la truie, tout comme avec la cochette, un employé de la ferme procèdera au test dit « du cavalier » qui consiste à s’asseoir fermement sur le dos de l’animal pendant trente secondes. Si la truie ou la cochette réagit en s’immobilisant, c’est signe que ses chaleurs ont débuté et qu’elle peut être inséminée. Les chaleurs durent généralement de deux à trois jours. Pour s’assurer de la libido optimale du verrat et que son pouvoir de détection des chaleurs soit toujours bien à la hauteur, les sujets mâles se relaient fréquemment à la tâche. À l’occasion, des phéromones artificielles peuvent être utilisées pour favoriser la stimulation des truies et des verrats.

Ajoutons que pour les truies, le protocole de saillie peut varier en fonction du laps de temps qui s’écoulera entre le sevrage des porcelets (de 18 à 20 jours) et le retour des chaleurs (4 ou 5 jours plus tard).

Les truies qui n’expriment pas de chaleur sept jours après le sevrage (les traîneuses, comme les qualifie Pascal D’Astous) sont regroupées dans la section « truies traîneuses ». On y introduit alors un verrat pour maximiser les chances de détection. Les truies qui ne reviennent toujours pas en chaleur sont réformées. Lorsqu’elles sont réceptives, les truies, saillies en cage individuelle, et les cochettes, saillies en parc, sont inséminées une fois par jour, deux à trois jours consécutifs, en présence du verrat.

La semence Sogeporc provient du Centre d’insémination porcine du Québec (CIPQ). Il s’agit d’un mélange porc certifié La Coop obtenu avec le sperme de plusieurs verrats de race Duroc de sang pur. « Cette façon de faire, appelée hétérospermie, améliore le taux de fécondité comparativement à l’homospermie dont la semence ne provient que d’un seul verrat », souligne François Parent. Avant l’insémination, tout lot de semence fait l’objet d’une évaluation au microscope deux fois par jour pour en déterminer la qualité. On vérifie entre autres le pourcentage de motilité des spermatozoïdes.

La stabilité et la croissance des résultats du pourcentage de fertilité enregistré à la Ferme Saint-Eugène dénotent de la rigueur des protocoles de production mis en place par l’équipe de La Coop Purdel.

Lorsque vient le temps d’inséminer, on calcule le plus exactement possible le nombre de doses nécessaires à retirer du système de réfrigération. Cela évite que la semence ne se réchauffe inutilement et que les spermatozoïdes perdent de leur vigueur.

Une semaine après l’insémination, truies et cochettes passent du bloc saillies aux stalles (ou parcs) de confirmation. À l’aide d’un échographe, on effectuera deux tests de gestation, soit 25 jours et 42 jours après la saillie. Mentionnons que le taux de mise bas, soit le nombre de mises bas total par rapport au nombre de saillies total, s’est chiffré, à la Ferme Saint-Eugène, en 2008, à 92,5 %. « Il faut récupérer le plus rapidement possible les truies et cochettes non gestantes, fait savoir Pascal D’Astous. Car plus on diminuera le nombre de jours improductifs, plus on augmentera le nombre de portées par année. »

Les truies et cochettes gestantes sont gardées dans le module gestation pour la période 50 à 107 jours après la saillie. Puis elles passent en mater­nité pour la période 107 à 115 jours. Le sevrage à 18 ou 20 jours plutôt qu’à 14 ou 15 jours, comme c’était le cas auparavant, donne un peu de répit à la truie, facilite la venue des chaleurs, accroît la fertilité et, conséquemment, hausse le nombre de nés totaux.

L’alimentation
Comme chacun sait, elle est de première importance à toutes les étapes de production. Une truie ou une cochette insuffisamment alimentée ne peut performer adéquatement. Quelques jours avant la saillie, les cochettes et les truies sont suralimentées (flushing) d’une moulée de lactation à haute teneur en énergie de manière à amplifier la chaleur.

Un supplément énergétique, le Pro-Truie, est distribué aux truies et cochettes pour la période 90 à 115 jours avant la mise bas. De plus, trois jours avant la mise bas et trois jours après, on sert un aliment fibreux. En mise bas, il faut s’assurer que les truies et cochettes consomment le plus tôt possible. Et que la consommation d’eau est adéquate. « Tout est lié, fait savoir Pascal D’Astous. Une consommation insuffisante d’eau entraîne des problèmes de constipation qui entraînent une baisse d’ingestion d’aliment, ce qui pose problème pendant l’allaitement. » Précisons que le supplément Pro-Truie est également servi après la mise bas aux truies de première et deuxième parités ainsi qu’aux truies maigres afin de favo­riser l’ingestion maximum d’énergie pendant cette période.

L’état de chair et la consommation d’aliments de la truie en période d’insémination, de gestation, de mise bas et de lactation sont à surveiller de près. S’il y a refus de consommer, il faut alors prendre la température rectale de l’animal et administrer le traitement approprié, au besoin, soit un antibiotique ou un anti-inflammatoire. On peut aussi faire marcher la truie et maximiser la prise d’eau. « Ajoutons que les difficultés éprouvées à retourner en chaleur peuvent être causées par un problème de condition de chair, dit Pascal. Une consommation inadéquate d’aliments peut également perturber l’ovulation. »

À toutes les étapes de production, on note une foule de données qui permettent de prendre des décisions éclairées quant à la gestion des élevages. Ces informations, colligées dans des registres, sont précieuses et ne servent, au bout du compte, qu’à une seule chose, accroître les performances de l’élevage.

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