Quelle saison estivale que celle que nous venons de connaître! La météo a été plus que jamais le sujet de conversation dans les familles québécoises et les nuages ont fait partie de notre quotidien en plein cœur de notre été.

Évidemment, ces conditions hors du commun au milieu de la saison de croissance ont eu des conséquences sur vos cultures. Voici une revue sommaire des conditions météo et leurs effets sur les plants de maïs.

D’abord, même si les conditions climatiques ont suivi une tendance globale pour la province en entier, elles peuvent avoir varié selon les régions et même selon les municipalités. Comme première observation, au moment de mettre sous presse, les unités thermiques maïs (UTM) sont très en-dessous ou près de la valeur normale (voir le tableau 1).

Le retard d’UTM par rapport à la normale a débuté dès le début du mois de juin et s’est constamment amplifié avec le temps. Les températures maximums et minimums des mois de juin et juillet ont été plus basses que les valeurs normales, en plus d’avoir eu un nombre d’heures d’ensoleillement exceptionnellement bas en juillet. Un autre point important est la pluviométrie. En effet, ce qui caractérise la saison estivale 2009 est la quantité considérable de pluie reçue durant les mois de juin et juillet.

Lors d’une année normale, il tombe environ 375 à 400 mm de pluie au cours des mois de mai à août. En 2009, cette quantité avait déjà été reçue au 29 juillet, avec des quantités importantes en juin et juillet.

Comme les précipitations ont été au-dessus des normales dès la mi-mai pour se poursuivre jusqu’en juillet, de grandes surfaces se sont retrouvées en excès tôt en saison. Ces excès d’eau ont affecté le développement des racines du maïs, surtout dans les zones moins bien drainées des champs. Le système racinaire, plus petit, a causé une plus faible absorption d’éléments nutritifs, comme le phosphore et l’azote qui sont particulièrement importants durant ces deux mois de croissance accélérée du maïs. En plus, puisque la chaleur n’était pas au rendez-vous, il n’y avait rien pour améliorer les choses. Par la suite, le mois d’août a été plus sec que la normale. En 2008, qui avait aussi été une année très pluvieuse, les précipitations les plus abondantes sont survenues en août, donc plus tard qu’en 2009, ce qui explique que le système racinaire n’avait pas été affecté comme cette année.

Le graphique 1 illustre les précipitations cumulées à Saint-Hyacinthe pour trois années différentes, 2007 représente une année avec précipitations dans la normale.

À la Ferme de recherche en productions végétales de La Coop fédérée, nous avons observé que les zones affectées par des excès d’eau et des systèmes racinaires moins développés n’étaient pas améliorées, même avec de l’azote au-dessus de la dose habituellement recommandée. L’apparence médiocre des plants serait principalement due à une accessibilité limitée des éléments nutritifs par les racines.

Un autre phénomène a été observé, c’est la différence régionale des précipitations. En effet, certaines municipalités ont reçu moins de pluies et se retrouvent dans les normales, c’est le cas de Coteau-du-Lac, par exemple (voir le graphique 2 ).



Où est allé l’azote?
On se pose souvent la question suivante lorsque la pluie est abondante en début de saison : qu’arrivera-t-il de l’azote appliqué? Si les pluies abondantes de juin et juillet 2009 n’ont pas permis aux racines du maïs de bien se développer et de bien prélever les éléments fertilisants, les grandes quantités d’eau ont aussi occasionné des pertes d’azote dans l’environnement.

Les pertes d’azote peuvent se produire entre autres par ruissellement, lessivage ou dénitrification. Le ruissellement se produit lorsque des pluies fortes surviennent avant que l’engrais azoté ne soit incorporé au sol, soit mécaniquement soit par une petite pluie. L’eau qui ruisselle amène avec elle des particules de sol et de l’azote. Comme c’est une perte qui varie selon la quantité d’azote appliquée et la quantité de pluie tombée, la perte réelle est très difficile à quantifier.

Les pluies abondantes augmentent aussi le lessivage de l’azote dans le sol. L’azote présent dans le sol sous forme de nitrate est soluble et traverse les couches de sol avec l’eau de pluie. Cet azote peut se retrouver trop bas et hors de portée pour les racines du maïs. Encore une fois, les pertes réelles dépendent de plusieurs facteurs, dont la texture de sol, la forme d’azote appliqué et la quantité de pluie tombée, et sont ainsi difficiles à quantifier.

La dénitrification est souvent la forme de perte d’azote la plus importante en sol loameux et argileux, mais c’est aussi la plus insoupçonnée. Lorsque le sol est saturé d’eau, c’est-à-dire quand toutes les porosités sont remplies d’eau et qu’il n’y a plus d’air dans le sol, des bactéries anaérobies utilisent les nitrates pour les transformer en azote gazeux (N2). La dénitrification est souvent plus importante dans les sols compactés, car il y a moins d’espace pour l’air et l’eau, donc moins de pluie est nécessaire pour saturer un sol compacté. La quantité d’azote pouvant être perdue est illustrée au tableau 2 ci-contre.

Selon le tableau, plus la température est élevée, plus les pertes d’azote sont rapides. Plus la période de saturation en eau est longue, plus grandes sont les pertes. Elles peuvent même aller jusqu’à 60 % de tout l’azote appliqué, d’où l’importance d’avoir des sols avec de bonnes porosités et d’éviter la compaction tout au long de la saison.

Et le maïs mauve en juin?
En début de saison 2009, plusieurs ont vu leur maïs passer du vert au rouge foncé et au mauve. Quelques facteurs peuvent avoir cet effet sur le maïs. Tout d’abord, considérée comme un symptôme d’une carence en phosphore, la couleur mauve du feuillage peut aussi être de nature génétique, ou encore être due à des températures froides en début de saison. La couleur mauve peut aussi résulter d’une accumulation de sucre simple dans les feuilles et la tige des plants sous forme d’anthocyanine. Cela se produit dans des conditions de sol froid ou ayant un mauvais drainage, compacté ou très sec et même lorsque la semence est plantée trop près de la surface du sol. Le développement des racines est alors limité et les sucres produits lors de la photosynthèse qui devraient servir à l’élongation des racines sont stockés dans les feuilles et la tige. En général, la couleur mauve disparaît vers le stade 6 à 8 feuilles.

Il est important de discuter avec votre expert-conseil pour bien identifier les causes des changements de couleur du maïs afin de prendre les mesures nécessaires pour s’assurer d’un rendement optimum.

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