Dans sa lutte aux changements climatiques, Québec vient de recruter l’écologiste Steven Guilbeault. Son mandat : trouver des moyens pour développer des énergies vertes et conseiller la ministre des Ressources naturelles et vice-première ministre du Québec, Nathalie Normandeau. Ceci au moment où les dirigeants de la planète se donnent rendez-vous à Copenhague en décembre prochain, pour donner suite au controversé accord de Kyoto.

Le Coopérateur agricole : Québec vient juste de vous recruter comme conseiller au développement des énergies vertes, quel est votre mandat?

Steven Guilbeault : On doit présenter un rapport à Mme Nathalie Normandeau fin janvier début février 2010 sur comment Québec peut s’inscrire dans la foulée de la croissance fulgurante des énergies renouvelables émergentes : solaire, géothermie.


  • : Quel est le bilan du Québec en matière de GES d’après vous?
  1. : Un des meilleurs en Amérique du Nord. En grande partie pour des décisions qui ont été prises il y a 30 ans quand on a décidé de prendre le virage de l’hydroélectricité plutôt que celui du nucléaire ou du charbon comme certains de nos voisins. En partie aussi parce que le Québec a un des plans de réduction de gaz à effet de serre (GES) les plus ambitieux en Amérique du Nord. On est le seul État qui s’est engagé à atteindre les objectifs de Kyoto. On n’est pas encore certain d’y arriver et il va falloir mettre les bouchées doubles au cours des prochaines années. Il y a des secteurs où l’on a réduit nos GES, le secteur industriel par exemple. Mais il y a des secteurs qui connaissent un fort taux de croissance comme le transport.
  •  : Tous les premiers ministres québécois se gargarisent des vertus de l’hydroélectricité. Mais est-ce un bon argument de lutte au GES?
  1. : Dans le dossier des GES, l’hydroélectricité n’est pas le nerf de la guerre. Le nerf de la guerre c’est le transport, le bâtiment et le secteur industriel.
  • : Dès le premier choc pétrolier en 1970, la Suède a mis les agriculteurs au coeur de sa politique énergétique en misant sur la biomasse pour chauffer le pays. Est-ce que vous allez vous inspirer du modèle suédois dans la confection de votre rapport à Mme Normandeau?
  1. : On va le regarder. Je ne peux pas prédire quelles seront les conclusions du rapport, mais c’est certain que les biocarburants vont faire partie de cela.
  • : Mais, la biomasse?
  1. : Le ministère des Ressources naturelles a déjà un programme au sujet de la biomasse. On est en train d’examiner les limites de notre mandat. Au Québec, certains groupes écologistes craignent beaucoup la biomasse parce qu’ils ont peur que ça devienne une façon de surexploiter la forêt. Mais on peut se servir de résidus agricoles comme plusieurs pays le font, dont la Suède.
  • : Et il y a des plantes à croissance rapide comme le saule?
  1. : Oui. Il y a des possibilités de ce côté-là.
  • : Des leaders agricoles québécois demandent au gouvernement une super politique énergétique verte compte tenu du fait que 50 % de la facture énergétique du Québec consiste à payer du mazout ou des dérivés du pétrole. Cette politique énergétique verte permettrait de ne plus dépendre des produits pétroliers, de réduire les GES et de favoriser le développement régional. Qu’en pensez-vous?
  1. : Le mandat du groupe de travail porte sur la réduction de la dépendance au pétrole. Ça n’a pas de bon sens que l’on utilise du mazout encore aujourd’hui et qu’on brûle cette mélasse hyper polluante dans nos écoles et dans nos hôpitaux. C’est un non-sens écologique d’un point de vue de santé publique et économique. On n’en produit pas du mazout, on l’importe, ça vient des raffineries d’Irving dans les Maritimes. Il faut avoir un plan et je pense que la biomasse y a une place importante.
  • : Le hic, c’est que l’on revient toujours au même écueil, soit le bas prix de l’électricité au Québec qui sabote le développement de nouvelles filières énergétiques. Est-ce que vous allez vous attaquer à ça?
  1. : Le mandat du comité n’est pas de refaire la politique énergétique du Québec. Toutefois, le gouvernement Charest entend faire une espèce de vaste consultation sur comment on va se sortir du déficit. Est-ce qu’il y a lieu de faire une réflexion sur les bas tarifs d’électricité au Québec? Peut-être. Si on voulait se servir des tarifs d’électricité pour que les gens gaspillent moins, je pense qu’une de nos exigences serait que l’on ait un des meilleurs programmes pour les ménages à faible revenu.
  • : Passons au biocarburant. Le Québec s’est doté d’une seule et unique usine controversée d’éthanol maïs. La Belle Province a fait le pari de l’éthanol cellulosique, ce n’est pas pour demain matin?
  1. : Quand on regarde des analyses du cycle de vie de la filière éthanol grain, le bilan est toujours négatif, c’est-à-dire qu’il faut plus d’énergie pour produire ton éthanol que l’énergie produite par ce biocarburant.
  • : Qu’en est-il de la cellulose?
  1. : Les analyses de cycle de vie que j’ai vues démontraient un bilan beaucoup plus positif. Mais c’est vrai, l’éthanol cellulosique n’est pas nécessairement pour demain matin. Par intérim, il y a peut-être des choses que l’on peut faire dans le secteur des transports pour réduire notre dépendance au pétrole. Toute la question de l’électrification des transports qui ne touche pas directement les agriculteurs. On produit une électricité relativement propre par rapport au charbon et au nucléaire, car elle ne produit pas beaucoup de GES. Pourtant, nos autobus fonctionnent au pétrole et nos trains de banlieue, à part deux exceptions, fonctionnent au diesel. On peut penser à des tramways et à des trains de banlieue électriques comme à Vancouver.
  • : Où en est-on avec l’accord de Kyoto?
  1. : Kyoto dit que les pays industrialisés doivent réduire de 5 % leurs GES sous les niveaux de 1990 d’ici la période 2008-2012. Kyoto a plus de 10 ans et on ne connaissait pas tout ce que l’on sait aujourd’hui sur l’ampleur du phénomène des changements climatiques et de la vitesse à laquelle il évolue.
  • : C’est exponentiel?
  1. : Oui. En 1997, j’étais à Kyoto. On pensait que l’on avait 50 ans pour s’occuper de la question. Puis le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de 2007 indique que nous avons 15 ans tout au plus pour plafonner les émissions planétaires et éviter une catastrophe. Déjà, en 1995, le GIEC arrivait à la conclusion que le réchauffement de la planète est dû à l’activité humaine. On parlait d’une augmentation de température de 1 à 3,5 °C d’ici 2100
  • : Le Canada en est rendu où?
  1. : Les derniers inventaires de GES (2007), publiés avant les vacances, indiquent que le Canada est à peu près 25 % au-dessus des niveaux de 1990. Alors pour atteindre Kyoto, il faudrait que l’on réduise nos émissions polluantes de 30 % au cours des 3-4 prochaines années. C’est à peu près impossible.
  • : Alors, qu’est-ce qu’on fait?
  1. : On n’atteindra pas la cible de Kyoto. Mais Kyoto ce n’est pas la fin, c’est le début de quelque chose. Il va y avoir plusieurs étapes. Il faut d’abord stabiliser le climat. Pour cela, il faut se donner des cibles ambitieuses. Il faut avoir un plan d’action : qu’est-ce que l’on va faire dans les secteurs du transport, de l’énergie, de la forêt et agricole? Il y a toute la question des puits de carbone où le secteur agricole peut jouer un rôle important.
  • : Qu’attendez-vous de Copenhague?
  1. : La clé de l’entente à Copenhague comporte trois grands éléments. Il faut d’abord que les pays industrialisés prennent des engagements ambitieux.
  • : Le font-ils?
  1. : Oui. La prochaine période de réduction des émissions polluantes discutées à Copenhague va porter de 2013 à 2020. L’Union européenne est prête à faire 20 % sous les niveaux de 1990 d’ici 2020. L’Allemagne -40 %. L’Australie entre -4 % et -15 %. On n’a plus le temps de tergiverser. Hélas, le gouvernement conservateur canadien ne semble pas comprendre cette dynamique-là.
  • : Le deuxième élément?
  1. : Que les pays émergents – Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, Mexique – prennent des engagements chiffrés qui ne seront pas de même nature que les pays comme le Canada. Par exemple, la lutte aux changements climatiques du Brésil passe par la lutte à la déforestation qui contribue plus à l’augmentation de GES que toute l’activité industrielle de ce pays.
  • : Pourquoi des pays comme la Chine et l’Inde auraient-ils des cibles moins contraignantes?
  1. : Parce qu’historiquement, ce ne sont pas eux qui ont causé le problème. Les pays industrialisés sont responsables de 80 % grosso modo de l’accumulation des GES dans l’atmosphère. Donc, notre dette écologique est beaucoup plus élevée que celle des pays en voie de développement. Ce n’est pas tant un enjeu environnemental qu’éthique.
  • : Et votre troisième élément?
  1. : Il va falloir s’entendre sur des mécanismes financiers importants pour aider les pays en voie de développement à s’adapter aux changements climatiques. Il faut aider les pays émergents à ne pas se développer sur un modèle basé sur le pétrole et le charbon.
  • : À Copenhague, peut-on s’attendre à un nouveau leadership américain dans la lutte au GES avec l’élection de Barak Obama, ce qui a terriblement manqué sous la présidence de G. W. Bush?
  1. : Oui, il y a déjà un changement de ton à Washington. Mais il est possible que les États-Unis n’aient pas de loi nationale en matière de changements climatiques, ce qui va beaucoup restreindre leur marge de manœuvre. Le président Obama pourra difficilement prendre des engagements au niveau international s’il n’y a pas de consensus au niveau national. Mes collègues américains disent que leur président ne présentera pas le projet de loi sur les changements climatiques au sénat tant que le projet de loi sur la santé ne sera pas réglé.
  • : Dans son plan de lutte aux changements climatiques, M. Obama invoque un système de quotas d’émissions de CO2 et une bourse de carbone. Est-ce que l’on peut penser que la bourse américaine proposée pourrait devenir nord-américaine et que les producteurs québécois pourraient y participer?
  1. : Le Canada n’aura pas le choix de suivre. Il y a déjà une bourse en Europe et à Chicago. Montréal s’y prépare, Toronto aussi. C’est en train de devenir une bourse mondiale. Elle sera intéressante pour le secteur forestier. Pour le secteur agricole, ce n’est pas encore clair, à moins d’être un grand propriétaire terrien. Pour les petites et moyennes fermes, les investissements nécessaires – dont la validation des crédits par un tiers parti – représentent des coûts énormes.
  • : Et si les producteurs se regroupent soit en forme de coopérative ou de syndicat, ils seraient en mesure d’offrir un seul comptoir?
  1. : C’est une possibilité, peut être au niveau de l’UPA, de La Coop. L’autre possibilité au Québec et au Canada c’est de mettre en place des programmes où on va inciter par exemple le reboisement des bandes riveraines. Elles deviendraient des puits de carbone et où on paierait les producteurs, que ces crédits soient certifiés ou non, car on peut les comptabiliser. Il peut y avoir un gain tant pour le gouvernement que pour la ferme.
  • : Donc, payer les agriculteurs pour des services environnementaux rendus à la société?
  1. : Exactement.
  • : Ce serait possible même en situation de crise financière?
  1. : Le Financial Times a publié une étude intéressante en examinant le pourcentage des plans de relance des pays octroyé à l’économie verte. 79 % du plan de relance de la Corée du Sud va à l’économie verte : transport durable, efficacité énergétique, technologie propre. C’est un plan qui vise à la fois de relancer l’économie et de diminuer les GES. La Chine est à 36 %.
  • : On est loin de ça, nous?
  1. : On est à 8 %. Le Canada est à la moitié de la moyenne des pays industrialisés.
  • : Pourquoi tant d’inaction?
  1. : Pour Stephen Harper et sa garde rapprochée, c’est une question idéologique.
  • : Croyez-vous ce virage vert possible au Canada?
  1. : Oui. Le prix du baril de pétrole à 100 $ ou 200 $ prédit par certains économistes va accélérer le changement des méthodes de production des entreprises. On n’a qu’à songer aux coûts récents des dérivés pétroliers comme les engrais à la ferme. Mais je pense que les gouvernements à Québec et Ottawa ont un rôle important à jouer pour préparer cette transition-là sinon qui va payer? C’est encore les gens qui sont au bout de la chaine, c’est les fermiers, les petites entreprises, les PME qui sont la base de notre industrie. Ce n’est pas les Shell de ce monde qui ont besoin d’aide dans ce virage.

 

 

L’eau est rare à l’Île d’Orléans! Les 7000 résidents dépendent d’eaux souterraines limitées. Et le revenu des quelque 180 entreprises agricoles, surtout de petits fruits et de légumes, dépend de l’abondance de l’eau d’irrigation, un enjeu jugé crucial pour l’ensemble du Québec. L’avenir de l’Île, qui mise sur le tourisme et l’agriculture, repose sur la gestion de l’or bleu.

On est très ferrés dans le travail du sol et dans l’application de fertilisants, mais sans eau on est foutu! » résume Daniel Pouliot, producteur de fraises, de framboises et de patates douces à l’Île d’Orléans, bastion de l’agriculture du Québec. « Les petits fruits, c’est 90 % d’eau et dès que tu en manques, les rendements plongent », poursuit l’agriculteur qui a mis la gestion de l’indispensable liquide au cœur du plan d’affaires de son entreprise. La moitié des 113 hectares de la ferme est irriguée avec un système goutte à goutte.

Daniel Pouliot, producteur de fraises, de framboises et de patates douces à l’Île d’Orléans. La construction d’étangs à la ferme fait partie de la stratégie de gestion de l’eau des producteurs à l’Île d’Orléans. Toutefois, ces étangs coûtent très chers à construire, 20 000 $ en moyenne, et ils sont peu profonds, car on tombe sur du roc très rapidement. Un règlement de la MRC en limite la construction pour éviter le déboisement. La forêt située au centre de l’Île protège son château d’eau.

Si la pluie a été abondante au Québec l’été dernier, personne ne peut prédire l’avenir au moment où les changements climatiques boule­versent la disponibilité et la qualité de l’eau à l’échelle planétaire. « Je n’ai pas oublié l’année 2001. On a eu six semaines de sécheresse », explique Gaëtan Rouleau, producteur de pommes de terre et d’oignons, les yeux rivés sur le Saint-Laurent. Cette année-là, les propriétaires d’une ferme voisine n’ont pas hésité à pomper l’eau du fleuve pour sauver leur récolte.

Vingt-deux semaines. C’est le chiffre magique de la saison de croissance à l’Île qui débute le 1er mai et se termine le 29 septembre. Basée sur des données météorologiques des 25 dernières années (1981-2006), une étude de la firme BPR Infrastructure inc. (février 2008) révèle que les précipitations ne comptent que pour 57 % des besoins de pointe des récoltes dans l’Île. L’eau stockée pour des besoins d’irrigation est donc cruciale. En période de sécheresse, les rendements, dans la seule production de pomme de terre, sont 54 % plus élevés dans un champ irrigué versus un champ non irrigué. M. Rouleau se demande d’ailleurs si les acheteurs ne vont pas exiger des producteurs qu’ils aient un système d’irrigation « comme ça se passe en Alberta », dit-il.

Pour sécuriser l’approvisionnement du liquide vital, les producteurs ont étudié deux sources : le fleuve Saint-Laurent et neuf des rivières qui coulent sur l’Île. (On a même évoqué la possibilité de s’approvisionner à partir de la chute Montmorency, en faisant passer l’eau dans un tuyau qui traverserait le fleuve jusqu’à l’Île.) « L’avantage du fleuve par rapport à l’approvisionnement en rivières est que l’eau est illimitée, mais le mètre cube coûtait plus cher en pompant à partir de trois stations de pompage disposées le long du fleuve », explique Jean-Yves Drolet, agronome et char­gé de projet à la firme BPR Infrastructure inc., et auteur du rapport Étude technicoéconomique de solutions techniques visant l’approvisionnement en eau des cultures horticoles à l’Île d’Orléans (février 2008).

Caroline Côté, professionnelle de recherche, Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA). Mme Côté est conseillère au Conseil canadien des ministres de l’Environnement, la plus haute instance qui régit la qualité de l’eau au pays.

« Les questions de salinité de l’eau du fleuve à l’ouest et est d’E. coli provenant de la ville de Québec à l’est ouest de l’Île entraient en jeu, ajoute l’expert, même si la présence du pathogène était inférieure au seuil critique. » L’idée était de pomper l’eau du fleuve à la tête des rivières pour ensuite la redistribuer dans les étangs construits sur les terres des producteurs. L’Île compte 600 étangs dont 49 se sont bâtis entre septembre 2005 et mars 2009, grâce en partie au financement du Programme d’approvisionnement en eau Canada-Québec (PAECQ).

Ce programme, doté d’une enveloppe globale de 6,5 millions $, a permis de financer une autre étude de BPR, celle du scénario retenu pour le moment soit, l’approvisionnement des débits de crue des rivières, en ciblant la rivière Maheu et son bassin versant au cours de l’été 2008. « L’idée n’est pas de saigner les rivières à blanc, mais de prélever l’eau lorsqu’il y a des surplus afin que nos étangs soient pleins le plus possible tout au long de la saison », explique Gaëtan Rouleau, qui a participé au projet pilote. Pas question d’utiliser des pompes, liées à la prise de force d’un tracteur, d’une capacité de 1000 gallons à la minute et capable de vider la petite rivière en un clin d’œil. On a plutôt considéré l’utilisation de micropompes solaires ou encore d’un système de siphon entre la rivière et l’étang qui fonctionne par simple gravité.

« Les limites d’approvisionnement en eau tant au fleuve qu’en rivière seront d’ordre réglementaires dont celles liées à l’environnement », juge Jean-Yves Drolet qui a obtenu une dérogation du ministère de l’Environnement, du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) pour construire un petit barrage sur la rivière Maheu afin d’en étudier le débit. « On cherche à prélever un débit d’eau optimum de la rivière sans mettre en péril l’habitat faunique et la faune aquatique qui résident dans le bassin versant. » Devant l’absence d’études sur la faune et la flore présentes sur l’Île par les instances gouver­nementales, BPR a commandé une étude qui révèle la présence de trois espèces de poissons : l’omble de fontaine, le mulet à cornes et le naseux noir. Aucune de ces trois espèces n’est menacée.

Autre enjeu, la gestion collective de l’eau par bassin versant, qu’elle provienne du fleuve ou des rivières. « On veut éviter le scénario de Manon des sources », explique Yves Coulombe Saint-Laurent, producteur de courgettes, en faisant référence au conflit de l’eau entre producteurs d’une même famille si dramatiquement décrit dans le célèbre roman de Marcel Pagnol et transposé au grand écran. M. Pouliot est un des 12 producteurs établis le long de la rivière Maheu. Également maire de Saint-Laurent, celui-ci juge que les arrangements pour l’approvisionnement en eau, incluant les besoins récréatifs du golf Saint-Laurent, se font pour le moment à l’amiable. Mais il n’est pas exclu qu’un jour, en période de grande sécheresse, des conflits surgissent. D’où le besoin d’étudier des formules de gestion commune de l’eau type cuma (coopé­rative d’utilisation de machineries agricoles) ou autres, indique-t-il.

Les producteurs de l’Île déplorent à l’unisson la fin du PAECQ. « Il semble que cela ne soit pas une priorité dans la nouvelle entente du cadre stratégique. C’est dommage parce que nous avons de nombreuses demandes », explique France Papineau, chargée de ce programme au Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec (CDAQ).

Mylène Généreux, de l’IRDA, explique les avantages d’aération des étangs et les coûts pour s’équiper. Un système d’aération alimenté par des panneaux solaires coûte entre 4000 $ et 7000 $. Le programme Prime-Vert couvre jusqu’à 70 % de ces coûts jusqu’à concurrence de 10 000 $ par ferme.

Par ailleurs, la possibilité de redevances sur l’eau ne préoccupe pas seulement les producteurs agricoles. « L’eau est un facteur de production essentiel et les producteurs font un très grand effort pour la sauvegarder. On veut une production locale, régionale; si on taxe, on met en péril nos entreprises en région. Car, sans irrigation, pas de produits de qualité, pas de volumes, donc on est moins compétitifs. Les coûts de pompage sont déjà élevés, quel est l’objectif de taxer l’eau en plus? » dit un agronome du MAPAQ qui désire garder l’anonymat.

De son côté, Dave Leclerc, attaché de presse de la ministre du MDDEP, Line Beauchamp, indi­que qu’une vaste consultation sur les redevances sur l’eau devrait s’amorcer cet automne ou au début de l’hiver 2009 à laquelle tous les groupes, incluant les agriculteurs, pourront débattre de leur point de vue. Questionné à savoir si le MDDEP avait évalué des prix ou une tarification précise de l’eau, M. Leclerc a déclaré qu’il y aurait une proposition de départ sans toutefois l’élaborer.

À l’aube de nouvelles négociations sur les changements climatiques à Copenhague, tant Ottawa que Québec devront envoyer des signaux clairs comme de l’eau de roche aux producteurs de l’Île d’Orléans et de l’ensemble de la province pour qu’ils puissent ancrer une stratégie de gestion de l’eau. Sinon, leur capacité concurrentielle risque de partir à la dérive.

Denis Langlois, agronome du Réseau de lutte intégrée de l’Île d’Orléans (RIOL) et Gaëtan Rouleau, producteur de pommes de terre et d’oignons, près de la rivière Maheu où l’on a étudié à l’été 2008 la possibilité de puiser de l’eau pour alimenter les étangs.

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