Début août 2009, Hervé Béliveau et sa fille Marie-Pier, de la Ferme Bélichel située à Sainte-Sophie-d’Halifax, dans la MRC de l’Érable, donnaient le coup d’envoi de la rénovation en grand de leur petite cabane à sucre familiale, construite en 1980. Âgée de presque 30 ans, la bâtisse actuelle avait bien besoin de quelques coups de marteau et de pinceau.

Les Béliveau ont quand même pris deux ans pour mijoter – ou bouillir! – leur projet de rénovation de leur érablière. Quand on tire 15 % de ses revenus d’entreprise du sirop d’érable – le reste provenant de la traite de 45 vaches laitières –, le dilemme suivant se pose : la cabane à sucre apporte‑t‑elle assez de revenus pour choisir de la rénover convenablement ou ne représente‑t‑elle qu’une passion – un passe-temps – pas assez lucratif pour y investir des sommes pour la retaper à son goût? Avec un revenu annuel d’un peu moins de 35 000 $ venant de l’érablière, devait-on se permettre d’y injecter de bons montants sans compromettre la rentabilité?

Hervé Béliveau a de nombreux souvenirs heureux du temps des sucres dans cette cabane. Grâce aux rénovations, Marie-Pier pourra poursuivre la tradition.

La décision fut finalement prise de rénover l’érablière, mais avec un budget de 40 000 $, duquel l’achat d’un nouvel évaporateur devait accaparer déjà la moitié du budget.

Il faut dire que l’intérêt récent de Marie-Pier pour l’acériculture a joué dans la décision. Cette dernière, qui constitue la septième génération sur la ferme, dit aimer le temps des sucres parce qu’il casse agréablement le rythme de la traite matin et soir.

Si on se reporte en 2004, craignant les augmentations de prix du mazout nécessaire pour alimenter leur évaporateur, la ferme avait fait l’acquisition d’un concentrateur d’eau d’érable (appareil à osmose inversée). Conséquemment, l’évaporateur avait maintenant une trop grande capacité pour bouillir la sève d’érable ainsi concentrée. Mais tant qu’à changer l’évaporateur, aussi bien refaire le plancher pour assurer une assise solide à cet équipement essentiel, à cet investissement majeur, jugeaient les Béliveau. Et tant qu’à refaire le plancher… et tant qu’à… et tant qu’à… Oui, la cabane allait y goûter!

Voici donc l’état des lieux avant l’entrée en scène des pics et des pelles : le plancher de béton, craqué par endroits, ne comportait pas de drains, qui sont pratiques quand on veut laver les équipements à grande eau; les murs n’étaient pas bien isolés, de sorte qu’en changeant l’évaporateur pour un plus petit modèle, le surplus de chaleur dégagé par l’appareil n’aurait pas été suffisant pour réchauffer convenablement l’intérieur de la bâtisse et ses occupants, surtout lors des journées froides du printemps; enfin, la tôle de la toiture était encore bonne… mais bonne seulement pour le recyclage!

Comme on voulait surélever le plafond au-dessus de l’évaporateur, il a fallu couper les chevrons trop bas. Une opération délicate qui doit être effectuée correctement pour ne pas affaiblir la portance de la toiture.
La Ferme Bélichel est membre et dépositaire (point de chute des barils vides et remplis de sirop d’érable) de la coopérative acéricole Citadelle.

Le plancher a donc été refait en neuf en prenant soin de creuser deux drains de part et d’autre de l’évaporateur. Avant de mettre en place le béton, on a judicieusement pensé à enfouir les tuyaux d’amenée du mazout et les fils électriques dans le plancher. Pour stabiliser l’évaporateur le plus possible, on a coulé la dalle sous l’évaporateur et la dalle du reste du plancher de la cabane en deux temps, de manière à ce que les deux dalles soient indépendantes l’une de l’autre si le gel fait son œuvre.

Les murs ont été isolés avec de la laine minérale d’un coefficient R12 et les plafonds avec un coefficient de R18. Puisque la cabane ne sert pas durant l’hiver et que la plomberie ne contient pas d’eau susceptible de geler et de la faire éclater, il n’y avait pas vraiment besoin d’isoler davantage murs et plafond.

Côté finition intérieure, nos acériculteurs ont opté pour un revêtement de planches embouvetées de résineux, d’une bonne résistance à l’omniprésente humidité des cabanes à sucre, et surtout moins onéreux qu’un revêtement métallique. Le nouvel évaporateur comportera d’ailleurs deux cheminées d’évacuation de la vapeur générée par l’ébullition de l’eau d’érable, cheminées qui évacueront l’humidité directement à l’extérieur. On utilisait auparavant la lucarne – ou dôme – de la cabane en entrebâillant ses vantaux, ce qui était moins efficace pour évacuer la vapeur.

Comme on voulait surélever le plafond situé au-dessus de l’évaporateur, il a fallu couper les chevrons qui étaient autrement trop bas. Une opération délicate qui a dû être effectuée minutieusement pour ne pas affaiblir la capacité portante de la toiture. Conséquemment, les chevrons ont été renforcés en de multiples endroits pour permettre la surélévation du plafond.

Finalement, la toiture a été recouverte de tôle d’un beau rouge, à peu près le même rouge que celui de la cabane à sucre qui orne les boîtes de conserve traditionnelles de sirop d’érable. De même, on recouvrira d’aluminium peint en rouge les cadres extérieurs de fenêtre, question de les protéger et de faciliter leur entretien.

C’est sous le signe de l’achat local que se sont déroulés les travaux : un entrepreneur de Laurierville a été mandaté pour effectuer les rénovations. Ce dernier s’est approvisionné en bois d’œuvre et quincaillerie auprès de La Coop des Appalaches, succursale de Plessisville. Le revêtement de toiture provient de Tôle Vigneault, à Saint-Ferdinand, entreprise située à quelques kilomètres de la Ferme Bélichel. Enfin, le nouvel évaporateur de 1,1 m sur 4,1 m est manufacturé par Tôle Inox de Princeville. Oui, les Bois-Francs ont été mis à contribution!

Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés