Éric et Geneviève*, producteurs porcins à forfait en Montérégie, voulaient prendre de l’expansion en 2004. Ils avaient le choix de doubler leur cheptel et de continuer à produire à forfait ou d’acheter le troupeau de leur intégrateur et de s’établir à leur compte. Tout compte fait, le couple a visiblement pris la bonne décision.

Jeunes et pleins d’ardeur, Éric et Geneviève se sont mis à explorer différentes possibilités pour augmenter les revenus de leur entreprise. Doubler leur cheptel semblait une solution tout indiquée puisqu’ils profitaient d’un bon contrat avec leur intégrateur. « Prendre une telle expansion aurait exigé un investissement de près de 900 000 $. Étant donné que l’intégrateur n’était pas en mesure de leur promettre qu’il pourrait absorber toute leur nouvelle production, le facteur de risque aurait été très grand », explique Marie-Josée Legault, agronome et directrice de comptes pour la Banque Nationale en Montérégie.

La deuxième option qui s’offrait à eux était de devenir propriétaire du troupeau. L’investissement représentait 250 000 $ pour l’achat des animaux et environ 250 000 $ par année pour l’alimentation, les frais médicaux et autres, qui étaient auparavant assumés par l’intégrateur.

« Le couple devait donc choisir entre la sécurité d’un revenu fixe offert par l’intégrateur ou un potentiel de revenu plus élevé, mais plus risqué », ajoute Mme Legault.

Les résultats
L’entreprise a un niveau d’endettement élevé. Par contre, grâce à leur grande efficacité, ils dégagent de très bons revenus qui permettent le remboursement de la dette sans trop de pression.

Selon Mme Legault, le secret de leur réussite repose sur un ensemble de facteurs clés : la rigueur, l’assiduité, l’excellente connaissance du secteur et le travail d’équipe. Éric et Geneviève sont de bons gestionnaires qui prennent des décisions éclairées et réfléchies. Depuis qu’ils sont à leur compte, le couple a entrepris une série de petites améliorations qui a diminué leurs coûts d’opération ou augmenté leurs revenus.

En 2005, ils ont troqué les lampes pour des tapis chauffants. L’investissement de 15 000 $ a rapidement été amorti, car les tapis sont moins énergivores et ne prennent que 65 watts pour chauffer alors que les lampes requéraient 175 watts. En plus d’alléger la facture d’électricité, les tapis ont également diminué le taux de mortalité de 2 %, puisque la chaleur des tapis a l’avantage d’être directement absorbée par les porcelets.

La construction d’un bâtiment de mise en quarantaine pour l’engraissement des cochettes en 2006 au coût de 100 000 $ a grandement diminué les risques biosanitaires de l’entreprise. Le projet, dont le but était d’éliminer le plus possible les risques de maladies chez les sujets de remplacement, a aidé les producteurs à obtenir leur certification HACCP.

Puis en 2007, après une conférence sur l’environnement, les producteurs ont choisi de construire leur propre site de compostage d’animaux directement à la ferme. L’investissement de 13 000 $, qui sera récupéré en trois ans, permet aux producteurs d’économiser 400 $ par mois et fait en sorte qu’un camion de moins sillonne la campagne pour la récu­pération des carcasses d’animaux.

Il n’est pas toujours nécessaire de dépenser pour implanter de nouvelles pratiques qui auront un impact positif dans l’entreprise, rappelle Mme Legault. Un changement relativement mineur, comme la modification de la technique d’insémination, a permis de diminuer les coûts d’insémination de 50 %, soit une économie de 2000 $ par mois.

L’engouement de la population à acheter local a motivé les producteurs à mettre en place un projet de mise en marché. En 2008, ils ont créé leur propre site Web et aménagé un espace à même la maison pour offrir une gamme de produits congelés vendus au public.

Cet aménagement, financé à même leur fonds de roulement, leur permet d’écouler 260 kilos de viande par mois en incluant les animaux de réforme qui sont transformés en viande hachée et en saucisses. Ce volet, qui ne représente à l’heure actuelle qu’à peine 1 % de leur production, est très rentable. Le prix par porc est supérieur à celui payé par la Fédération. Les producteurs espèrent bien augmenter ce pourcentage d’ici peu en sollicitant les restaurateurs de la région.

La décision d’être à leur compte
L’intégrateur qui avait cautionné l’emprunt du troupeau, afin de leur permettre de réaliser leur rêve, a également garanti qu’il continuerait d’acheter leurs porcelets tant et aussi longtemps que les ventes au détail n’auraient pas atteint 20 % de leur production. Nul doute, Éric et Geneviève ont réellement opté pour la formule qui leur offre le meilleur des deux mondes.

Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés