Sous le regard bienveillant de ses ancêtres, Julie Trottier, propriétaire de la Bergerie du Nord, à Normandin, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, élève 200 brebis et leurs agneaux pour la viande et fabrique, avec le lait, des savons aux fragrances aussi variées qu’originales.
La Bergerie du Nord offre quelque 70 savons différents : poire, bleuet, menthe verte, cèdre, eucalyptus et romarin, chocolat, avoine et miel, beurre de karité, huile d’avocat, etc.

Transmise de père en « fils » depuis 1895, l’entreprise, pour la toute première fois de son histoire, est entre les mains d’une des filles de la lignée des Trottier. Technicienne en santé animale, Julie sera aussi la première dans l’arbre généalogique de la famille à ne pas élever de vaches laitières. Son père, pour des questions de santé, a vendu le quota de la ferme en 1995. « C’est en gardant un mouton pour le plaisir que j’ai eu la piqûre », dit-elle. Se relancer en production laitière aurait de toute façon coûté trop cher.

Elle prend la relève en 2003 avec son conjoint François Potvin, employé de la MRC Maria-Chapdelaine à titre de coordonnateur des cours d’eau. Julie se consacre depuis à temps plein à l’entreprise. Elle aménage des enclos dans l’étable laitière. Elle y installe d’abord une vingtaine de brebis de race bouchère ayant de bonnes capacités laitières. Puis elle en achète une quarantaine d’autres. Et, enfin, l’année suivante, en 2004, une cinquantaine d’agnelles supplémentaires intègrent la bergerie. Une partie des 200 brebis logent dans le bâtiment original qui date du 19e siècle.

Julie élève d’abord des brebis pour produire de l’agneau lourd destiné au marché de la viande. Elles sont principalement de races croisées Arcott Rideau et North Country Cheviot. Julie entend toutefois se défaire de ses Arcott Rideau de race pure. « Selon mes critères, elles sont trop prolifiques – elles mettent bas deux agneaux par agnelage, bien souvent trois et même quatre, ce qui pose problème pour l’allaitement – bien qu’elles soient parfaites en croisement, dit-elle. Mais ma race préférée est sans contredit la Cheviot. Elle est peu prolifique, mais très rustique et idéale au pâturage. J’ai d’ailleurs acheté 25 femelles l’an dernier et je compte garder toutes leurs agnelles dans l’élevage. »

Les 285 agneaux qu’elle produit chaque année sont composés à peu près également d’agneaux lourds, mâles ou femelles, de 45 à 54 kg, d’agneaux légers de 23 à 32 kg et d’agneaux de lait de 18 à 20 kg. Les agneaux lourds sont commercialisés par l’entremise de l’agence de vente et auprès de particuliers. Les agneaux que se procurent ces derniers sont abattus à Saint-Prime. Quant aux agneaux légers et de lait, ils sont vendus à l’encan de Saint-Hyacinthe.

Très rapidement, Julie souhaite diversifier ses activités. Le fromage lui apparaît comme une avenue trop souvent empruntée et plus complexe. Mais voilà que l’idée de confectionner des savons surgit à son esprit. Tiens, tiens, pas si bête. On en fait avec du lait de chèvre, mais avec du lait de brebis, très peu. L’originalité du concept lui plaît. Les recherches qu’elle fait sur Internet lui révèlent d’ailleurs qu’il n’y a pratiquement aucun fabricant de savons à base de lait de brebis. Et qui plus est, le lait de brebis, avec ses 7,5 % de matières grasses, en contient deux fois plus que le lait de chèvre. Ce qui procure une douceur accrue pour la peau. Un avantage concurrentiel important qui mérite qu’on en fasse la promotion. Les savons à base de lait de brebis sont en effet très crémeux et hydratants. Et pour cause, chaque pain de savon de 100 g renferme 40 g de lait.

« C’est très élevé », assure la bergère.

Il n’en faut pas plus à la jeune entrepreneure pour se lancer. Fin 2003, début 2004, dans le sous-sol de la maison de ses parents, elle se met à la recherche de la bonne recette. Elle varie la proportion de lait, teste les fragrances, détermine le temps idéal de séchage (un mois). De ses essais, elle retient six produits. La clientèle est au rendez-vous et en croissance. En 2006, elle érige, à la ferme, une petite savonnerie artisanale composée d’un laboratoire de fabrication, aux étagères chargées de multiples flacons, et d’un magasin pour la vente des produits. L’offre se monte aujourd’hui à quelque 70 savons différents (poire, bleuet, menthe verte, cèdre, eucalyptus et romarin, chocolat, avoine et miel, beurre de karité, huile d’avocat, etc.). Quel bouquet d’effluves exhale dans la savonnerie! On en sort soi-même agréablement parfumé. Un site Internet conçu avec goût « mousse » (sans jeu de mots) la vente des produits.

Les agneaux restent avec leur mère pendant 6 à 8 semaines. Après le sevrage, elle retire les agneaux, mais continue de nourrir de 12 à 15 brebis avec la ration de lactation. Ces brebis seront traites pendant une semaine. La traite d’une brebis dure environ 5 minutes et donne entre 1 et 2 litres de lait quotidiennement. Saviez-vous que le lait de brebis est naturellement homogénéisé, contrairement au lait de vache ou de chèvre? Julie s’est procuré une petite trayeuse portative en France. Le lait qui n’entre pas dans la fabrication des savons est congelé et peut être utilisé ultérieurement. La congélation n’altère en rien les propriétés du lait et les caractéristiques qui permettent de fabriquer du savon. Puisqu’elle n’applique pas de programme particulier de photopériode, les brebis gestantes et les taries peuvent s’ébattre aux pâturages. Les autres demeurent dans les bâtiments.

L’oncle de Julie, 71 ans, travaille à temps plein à la ferme. D’autres oncles viennent aussi donner un coup de main. Sa mère, Jeannine, en plus de garder les deux jeunes enfants du couple, Victor, 3 ans et Adèle, 1 an, fabrique la plupart des savons de la petite entreprise. « Sans son aide, je n’en serais pas là. C’est une personne merveilleuse », dit Julie. Ses beaux-parents lui prêtent aussi main-forte. Et puis il y a Gilles Asselin, de La Coop des deux rives, qui prodigue ses conseils techniques en matière d’alimentation et d’élevage. Une belle équipe, bouillonnante de dynamisme, qui travaille à la réussite de la Bergerie du Nord.

La traite se pratique à l’aide d’une petite trayeuse portative. Julie envisage d’aménager un petit salon de traite de manière à pouvoir traire huit brebis du coup.



« La fabrication des savons, c’est relativement simple, indique Julie. C’est comme faire de la cuisine. Ce qui nous distingue, ce sont les ingrédients utilisés et les fragrances. » À la base, les savons contiennent tous quatre huiles : coco, palme, olive et canola. Les huiles de coco et de palme sont solides alors que les huiles d’olive et de canola sont liquides. L’hydroxyde de sodium, de la bonne vieille soude caustique, est dilué dans l’eau, ajouté au lait de brebis puis au mélange d’huile d’olive et de canola. Le tout, brassé à l’aide d’un mélangeur, est ensuite ajouté aux huiles solides. Lorsque la préparation épaissit, on ajoute les huiles parfumées, et la coloration naturelle, le sel marin, l’argile. Puis on verse le mélange dans les moules. De simples boîtes de bois rectangulaires que François a fabriquées. On laisse reposer 24 heures et, selon le type de savons confectionnés, on saupoudre de flocons d’avoine entière ou de pétales. Le tout sèche et durcit pendant 30 jours. Pour chaque type de savon, Julie produit 1 kg à la fois, ce qui, une fois tranché, donne une quinzaine de pains. Chaque pain est emballée individuellement dans un sobre et joli carton recyclé et recyclable. Le savon peut se conserver indéfiniment. Éternel, ou presque… On peut se procurer le savon en pains ou en bloc d’un kilo. Certains clients le tranchent d’ailleurs eux-mêmes au format souhaité.

Les savons à base de lait de brebis sont très crémeux et hydratants. Et pour cause, chaque pain de savon de 100 g renferme 40 g de lait. « C’est très élevé », assure la bergère.
Les 285 agneaux qu’elle produit chaque année sont composés à peu près également d’agneaux lourds, mâles ou femelles, de 45 à 54 kg, d’agneaux légers de 23 à 32 kg et d’agneaux de lait de 18 à 20 kg.

Sachez que c’est l’huile de coco qui fait mousser le savon. Et, contrairement à ce que l’on pense, ce n’est pas parce qu’un savon mousse abondamment qu’il possède un meilleur pouvoir nettoyant. Aussi, fait savoir Julie, plus un savon mousse, plus il fond, ou se perd rapidement. La bergère propose également une gamme de savons sans parfum à base d’huiles essentielles.

Julie et François ont en tête d’utiliser, dans la préparation de leurs savons, les fruits des quelque 600 plants d’argousiers qu’ils ont plantés sur une parcelle de leurs terres qui était en friche. Le fruit de l’argousier possède des propriétés anti-acné et anti-eczéma. Et ce n’est pas tout. Une petite-cousine de Julie, massothérapeute de son métier, lui a demandé de concevoir des produits de massage à base de lait de brebis. Après de multiples essais effectués par Julie et sa mère, voilà qu’est née la gamme Jolie bergère. Elle compte 25 produits : huile de massage, lait démaquillant, baume pour le corps et les pieds, que sa petite-cousine utilise au grand plaisir de sa clientèle. La gamme de produits est également distribuée dans divers spas.

Les savons de la Bergerie du nord sont vendus sur le site même de l’entreprise. La Véloroute des Bleuets qu’empruntent de très nombreux touristes passe directement devant la ferme. Les produits sont aussi distribués en région dans plusieurs lieux touristiques et certaines épiceries. Par l’entremise de leur boutique-cadeau mise en ligne sur leur site Internet, Julie et François ont même développé un marché en France. Pas de doute, les ancêtres de Julie doivent être fiers de leur petite-fille…

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