Plantations Downey & Roberge, le plus gros producteur d’arbres de Noël du Québec, mise sur la qualité pour se démarquer. Une stratégie qui rapporte gros comme un gros cadeau de Noël!

Se faire passer (un beau) sapin
Dans le petit monde québécois de la production d’arbres de Noël, où presque tout le monde se connait, certains producteurs sont un peu plus connus que d’autres, voire reconnus. C’est le cas de la famille Downey, un nom indissociable des mots Christmas Tree.

Richard Downey est l’un des pionniers de la culture des sapins de Noël. Homme d’affaires notoire, dans les années 50, ce dernier achetait sur le marché états-unien et y revendait des sapins cultivés. Dans les années 60, Richard Downey fait l’acquisition d’une première terre, puis d’une seconde et ainsi de suite, pour y établir des arbres de Noël, une première au Québec. Ses frères et leurs enfants démarrent ensuite des entreprises qui ont essaimé, contribuant à bâtir l’expertise des Downey dans l’arbre de Noël.

Aujourd’hui, Richard Downey a passé le flambeau, non sans servir de mentor à sa relève : sa fille Carolene, attitrée aux finances, et son gendre Pierre Roberge, chef d’orchestre responsable des opérations et multi-instrumentiste ayant pratiqué mille et un métiers avant de parvenir aux arbres de Noël. Patiemment, Pierre Roberge a fait son nom, d’abord au sein de l’entreprise puis dans l’univers du sapin, si bien qu’après une dizaine d’années, en 1999, il a joint officiellement l’entreprise et a greffé son nom à celui de l’entreprise.

Pierre Roberge a depuis doublé le nombre d’arbres produits et vendus. L’entreprise est, de la semence à l’arbre adulte, la plus grande ferme de production d’arbres de Noël au Québec.

Dans le secteur de l’arbre de Noël, deux diffi­cultés se posent de façon récurrente. Il faut premièrement savoir développer sa propre mise en marché – ce qui implique de parler couramment anglais. On doit ensuite avoir des reins solides financièrement puisque les investissements d’aujourd’hui, cycle de production du sapin oblige, n’entraînent des revenus qu’une décennie plus tard.

L’entreprise Plantations Downey & Roberge compose très bien avec ces deux difficultés. D’abord, comme toute la production de la ferme est exportée aux États-Unis, principalement dans des centres de jardinage où plusieurs États-Uniens ont l’habitude d’acheter leur arbre, Pierre Roberge s’assure de rencontrer périodiquement ses clients en personne ou lors de salons d’exposition.

Ensuite, s’il est difficile de prévoir l’état du marché en 2019, une chose demeure : des arbres de qualité commanderont une meilleure rétri­bution. Donc, aussi bien chouchouter ses arbres. Le slogan de l’entreprise, « Quality Christmas Trees », reflète ce parti-pris pour l’arbre cultivé de qualité. L’objectif est clair : produire un maximum de sapins de grade Premium.

C’est Hugues Thériault, agronome de La Coop fédérée, qui conçoit les plans de fertilisation chez Plantations Downey & Roberge.

Baumier ou Fraser
Le sapin baumier (Abies balsamea) est une espèce indigène au Québec, donc largement trouvée dans nos forêts. Sa rusticité sous nos conditions est idéale. Le terme balsam, racine latine de « baumier », réfère aux odeurs de sapinage qui « embaument » l’air. Au Québec, le baumier est l’espèce la plus cultivée. Pierre Roberge en cultive toutefois autant que la deuxième espèce la plus rencontrée, le sapin Fraser.

Le sapin Fraser (Abies fraseri) est une lignée génétique apparentée, mais tout de même distincte du sapin baumier. Il provient des montagnes de la Caroline du Nord. Ses forces : il conserve mieux ses aiguilles une fois l’arbre coupé et arbore un feuillage bleuté distinctif, contrairement au vert forêt classique du baumier. Mais il a aussi des faiblesses : très peu aromatique, le Fraser est également de culture plus difficile sous notre latitude. Toutefois, comme c’est davantage le sapin demandé aux États-Unis, il rapporte un peu plus aux producteurs d’ici.

« Les arbres canadiens sont reconnus comme étant plus robustes et rustiques, en raison de nos hivers rigoureux. C’est un aspect qui plait à mes clients », mentionne Pierre Roberge.

Des sapins en rang d’oignons
Contrairement à dans les Maritimes où les sapinières sont largement naturelles ou semi-aménagées, au Québec, les plantations sont établies et cultivées en rangées, ce qui facilite la régie des peuplements.

Maintenir de bonnes relations avec sa clientèle, essentiellement des centres de jardinages états-unien, voici une des clés du succès de Pierre Roberge de l’entreprise Plantations Downey & Roberge.
Pierre Roberge exhibe de la semence de sapin, autoproduite à la ferme grâce à un verger à graines.
Les producteurs avec de grandes superficies dans des régions densément plantées en conifères doivent contrôler les maladies et les ravageurs avec des produits phytosanitaires, sans quoi les pertes seraient trop élevées.

La densité de plantation est d’environ 3300 arbres par hectare. Pierre Roberge transplante ses arbres avec un espacement de 1,5 m entre les arbres et 1,5 m entre les rangs.

Le type de sol idéal pour l’établissement d’une plantation est un loam sableux bien drainé, acide (5,3 à 6,0) et fertile. « Le secret, c’est que ça se passe en dessous », soutient

Pierre, qui s’applique méticuleusement à choisir les meilleures terres à sapins des Cantons-de-l’Est, de Cookshire à Gould en passant par Sainte-Marguerite-de-Lingwick et Bury. Pierre Roberge et Hugues Thériault, agronome de La Coop fédérée qui conçoit les plans de fertilisation de la ferme, sont catégoriques : si plusieurs plantations ont été établies sur des terres en friche, peu l’ont été sur des terres incultes. Tenace est le mythe qui veut que les sapins poussent, avec un bon rendement, n’importe où.

Noël à longueur d’année
La production d’arbres de Noël s’échelonne sur une année complète. Au printemps, chez Downey & Roberge, c’est le temps d’ensemencer les plates-bandes surélevées avec de la semence. Cette semence est autoproduite grâce au verger à graines, une plantation de sapins âgés d’au moins une vingtaine d’années servant à produire des cocottes récoltées et égrenées quelques jours plus tard. On opère une sélection sévère au verger pour diminuer la variabilité génétique de la population des plants mères. Avec la semence préalablement scarifiée (bris partiel de l’enveloppe), on espère obtenir un taux de germination d’au minimum 50  %. Les nouvelles pousses croissent durant deux années sur ce lit de culture.

La troisième année, les jeunes arbres sont repiqués en pépinière pour une culture de trois ans. Les plants de cinq ans sont ensuite arrachés du sol au printemps ou à l’automne puis transplantés. Ils pousseront en beaux rangs bien alignés pendant au moins sept ans, selon la hauteur désirée. La grande majorité des producteurs achètent leurs plants plutôt que de les autoproduire, à l’inverse de l’entreprise Downey & Roberge, dont la taille justifie amplement des investissements pour des équipements de pépinière.

Au printemps, c’est aussi le temps de fertiliser. Azote, phosphore et potassium, calcium, magnésium et soufre, voilà les éléments indispensables à une bonne croissance. Chaque producteur de sapins a sa recette personnalisée d’engrais, cadeau d’Hugues Thériault, qui cultive des intérêts pour le domaine des arbres de Noël depuis 1996. « La fertilisation représente environ 0,60 $ par arbre, pour toute la durée de sa vie, ce qui est minime compte tenu du prix moyen de 20 $ pour les arbres de qualité Premium, explique l’agronome. De plus, la fertilisation a un impact majeur sur la qualité de l’arbre, comme la densité des ramures et la coloration, sans parler de la vitesse de croissance. »

Les jeunes arbres, après deux années de culture en plates-bandes surélevées, croissent trois ans en pépinière. Au bout de cinq ans, ils sont prêts pour la transplantation en champ.


Mais l’engrais, il faut aller l’appliquer. Comment procéder quand on cultive plus de deux millions d’arbres, comme chez Downey & Roberge? On patente un épandeur à engrais miniaturisé tiré par un tracteur de 56 forces et de 0,8 m de largeur, capable de tirer une tonne d’engrais, ce qui permet d’économiser plus de 300 heures-personne sur la fertilisation manuelle. L’ingéniosité, c’est d’ailleurs une marque de commerce au sein de cette entreprise, signale Hugues Thériault. Comme il n’existe à peu près pas d’équipements spécialisés pour la culture des arbres de Noël, la ferme excelle à y voir elle-même.

On laisse dans les plantations des chemins d’accès à intervalle régulier pour faciliter les opérations, dont la récolte en novembre.

Puis, « été » rime avec « tailler ». Pourquoi tailler les arbres? Pour plusieurs raisons : ne garder qu’une tige de tête, donner à l’arbre une belle forme conique, favoriser l’aspect touffu de l’arbre en multipliant le nombre de ramilles. Si on ne taillait pas? L’arbre aurait cette allure dégarnie qu’ont les sapins sauvages dits « sauvageons ». L’opération, effectuée au long couteau, est fasti­dieuse et… gommante. Pour faciliter la tâche, Pierre Roberge a mis au point avec son équipe un tracteur équipé d’une passerelle qui permet d’accélérer la taille du haut de l’arbre.

En été, comme la culture est pérenne et les rotations impossibles, les producteurs avec de grandes superficies dans des régions densément plantées en conifères doivent contrôler les maladies et les ravageurs avec des produits phytosanitaires. « Le taux de perte est d’environ 10 %, mais peut monter à 30 ou 40 % si les bonnes interventions ne sont pas effectuées », assure Pierre Roberge.

La régie phytosanitaire inclut la lutte aux très petits organismes (maladies foliaires et raci­naires), aux petits organismes (les pucerons des pousses du sapin sont le plus à craindre) et aux très gros organismes (cerfs de Virginie, qui ne sont problématiques que sur deux des neuf terres de Pierre Roberge). Les mauvaises herbes doivent aussi être contrôlées, soit avant le débourrement des bourgeons au printemps, soit après l’aoûtement (ou lignification) de l’arbre en septembre.

Les producteurs se trouvent dans cette drôle de position qui les pousse d’une part vers la lutte intégrée et le dépistage dans une optique de développement durable, d’autre part vers une demande pour des arbres esthétiquement parfaits et exempts d’insectes qui pourraient traverser la frontière enfouis dans les arbres, ce que contrôlent jalousement des inspecteurs aux frontières.

Quand vient l’automne vient le temps de classer les arbres par grade de qualité (Premium n° 1 et n° 2) et par taille (5 catégories allant de 0,9-1,2 m à 2,7-3 m). Puis la « fièvre de Noël » envahit les plantations : la récolte! Plus elle est effectuée tardivement par rapport au 25 décembre, plus les arbres seront dans un état de dormance bénéfique pour la rétention des aiguilles, crucial critère de qualité. Pour cela, les coupes ne débutent jamais avant la première semaine de novembre. Les expéditions s’échelonnent entre le 20 novembre et le 10 décembre.

Enfin, le compte à rebours s’enclenche, la neige blanchit le décor, la fébrilité s’installe; la magie de Noël opère! Les enfants rêvent à telle voiture téléguidée ou à tel costume de princesse qu’ils trouveront à côté de trois rois mages et d’un poupon bien abrités sous un arbre majestueux, au ramage d’un velours sombre, noble et si fourni…

Depuis une dizaine d’années, l’entreprise produit des sapins en pots de sept ans d’une hauteur de 75 centimètres. Ces sapins, s’ils sont entretenus soigneusement chez les consommateurs, peuvent bénéficier d’une deuxième vie en les plantant à l’extérieur dès les Fêtes terminées.

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