Conrad Robitaille admet d’emblée qu’il est, de nature, trop patient et qu’il éprouve de la difficulté à dire non; toujours prêt à donner un coup de main, au risque de manquer de temps pour lui.

Mais voilà, la générosité dont fait preuve l’administrateur du conseil de La Coop fédérée est une qualité commune aux gens d’engagement. À ceux qui ne comptent pas les heures et, qui plus est, inspirent confiance. « J’ai toujours eu un appui total de sa part comme président de la coopérative, et ce, dans tous les dossiers que nous avons menés, dit Bernard Marquis, ex-directeur général de La Coop Pont-Rouge, qui l’a côtoyé pendant quatre ans et demi. C’est un homme d’une grande gentillesse, respectueux, intéressé par l’autre et qui a une écoute très active. »

Sébastien Léveillé, qui a aussi œuvré à la direction générale de cette coopérative, est du même avis. « Chez lui, j’étais reçu comme un fils, dit-il. Très apprécié de son conseil d’administration, il a un bon sens politique et démontre beaucoup de fierté pour sa coopérative. »

Le célèbre médecin français Henri Laborit l’affirmait. C’est par la coopération que l’humain a évolué et non pas par la compétition. Sinon, disait-il en substance, la population du globe ne serait composée que de surdoués. C’est donc en partageant et en se préoccupant des autres que nous avons pu, comme société, nous développer. Conrad Robitaille a pour modèle des personna­lités qui se sont totalement dévouées à une cause : Thérèse Casgrain, Simone Chartand, pour ne mentionner que celles-là.

Conrad est très exigent envers lui-même. Ceux qui le côtoient estiment hautement sa franchise et c’est une des qualités qu’il apprécie chez son vis-à-vis. À La Coop fédérée, on ne s’en étonnera pas, il travaille pour le bien commun. « On y travaille tous pour l’avancement de la classe agricole, dit-il. Pour que les entreprises soient fortes et se développent. Un pays fort a d’abord une agriculture forte. » Il appuie d’ailleurs indéfectiblement la relève agricole. Même si ses trois enfants, Anne-Marie, Patrick et Jean-Philippe, ont choisi une voie différente, il n’en est pas aigri. Au contraire. Il a bien lui-même amorcé sa carrière dans un tout autre domaine. Conrad est imprimeur de formation et travaillera de nombreuses années dans ce secteur avant de s’établir en agriculture. Il a même rêvé un jour d’acheter une petite imprimerie. Son père, producteur agricole et menuisier, favorisait l’expérience de travail à l’extérieur de la ferme.

Après son cours secondaire, Conrad complète une formation de deux ans en arts graphiques. En 1969, à 18 ans, il décroche un emploi de lithographe. Trois ans plus tard, il est pressier. L’encre lui tache les mains, mais c’est dans la terre de la ferme paternelle qu’il souhaite en réalité les plonger. Lorsqu’il est prêt à prendre la relève, son père ne l’est pas. Les presses de l’imprimerie continueront de tourner encore pendant de nombreuses années.

Pour oublier le tourbillon du quotidien, le ski de fond est un excellent échappatoire et qui permet en plus de garder la forme. Conrad et Johanne en sont de fervents adeptes.

Puis, devant le désintérêt pour l’agriculture d’un de ses frères alors pressenti pour suivre les traces paternelles, Conrad et son épouse Johanne achètent la ferme en 1990. Ils y vivaient déjà depuis leur mariage en 1979. Le couple s’en partage la propriété à parts égales. Conrad a alors 40 ans. L’entreprise est modeste, mais elle avait su faire vivre décemment ses parents et leurs huit enfants, soit ses quatre sœurs et trois frères dont il est l’aîné. Vingt holsteins croisées. Onze kilos de quota. Une terre de glaise de 31 hectares, bien adaptée à la culture fourragère, située dans le rang Saint-Denis de l’Ancienne Lorette, une munici­palité maintenant fusionnée à la ville de Québec. Le centre-ville de la capitale n’est qu’à 25 minutes de la ferme. Le couple en profite aujourd’hui régu­lièrement.

Avec le temps – son père sera à ses côtés jusqu’en 1998 –, Conrad restaure la plupart des bâtiments, construit une nouvelle étable et un atelier. Il acquiert de l’équipement pour produire du foin en balles rondes puis érige une remise à machinerie ainsi qu’un système de gestion des fumiers. Il portera le quota à 18 kilos. Conrad se concentre à produire du lait de la façon la plus payante qui soit, en misant sur les composants et en comblant le quota avec moins de vaches. Il n’a jamais été un fan de la génétique et des expositions. Il avait de bonnes bêtes et la rentabilité était son premier objectif. Économe, il possède toujours un semoir Massey-Ferguson 1964, en parfaite condition, qu’il utilise pour mettre en terre ses plantes fourragères, et avec lequel il peut simultanément appliquer de l’engrais.

Après avoir passé tout près de 20 ans en production laitière, Conrad a troqué le lait pour la viande. Sans relève, de nouvelles fonctions à l’agenda, il s’est joint, depuis le 1er mai 2009, aux 5000 éleveurs de bovins de boucherie qu’on dénombre au Québec. Il en possède maintenant une vingtaine. La transition s’est effectuée rapidement. Vaches laitières et vaches de boucherie se sont croisées dans la remorque du transporteur. Ce jour-là, il y avait de l’émotion dans l’air.

L’administrateur ne vit pas uniquement de cette production, tout comme bien d’autres éleveurs. Car c’est d’environ 80 têtes dont il aurait besoin pour bien se tirer d’affaire. Dans son cas, il le fait par plaisir. Cultures de céréales et commerce de foin auprès des éleveurs de chevaux s’ajoutent à ces activités. Il vit principalement de ses rentes. Du vieux gagné, comme il le dit lui-même, soit les revenus que génèrent les placements qu’il a faits avec les années et auquel s’ajoute le produit de la vente du quota. Optimiste, trop diront certains, il est d’avis que la production bovine finira par prendre la place qui lui revient. Et que la rentabilité sera aussi au rendez-vous.

C’est depuis 1992, avec son entrée à La Coop Pont-Rouge, qu’il navigue dans la coopération et qu’il est témoin de son évolution. Son intérêt et son engagement se sont accrus avec les années. Il admet avoir toujours voulu faire partie du groupe des 15 au conseil de La Coop fédérée. Rien sans peine, dit-on. Pour y accéder, il se sera mesuré, en période électorale, à Étienne Tessier et Benoit Massicotte, de grosses pointures dans le réseau. Sa campagne, en prévision des élections de février 2009 à l’assemblée annuelle de La Coop fédérée, exige de lui passablement de démarchage au sein de son territoire. Objectif atteint. Mais sa mission reste à faire.

Timide aux premiers abords, il est tout de même rapidement à l’aise avec ses collègues. Siéger est pour lui à la fois un défi, une formation et un enrichissement personnel. Promouvoir cette grande idée de changement que représente le projet Chrysalide le stimule énormément. « Ce sont des gains retournés à l’agriculture et, pour cela, il y a des choix stratégiques à faire qui demandent des investissements très importants, dit-il. Des investissements de maintien et de développement à coups de millions. On ne peut s’asseoir sur les produits et les succès du passé. La concurrence est forte. Il faut accroître les services aux producteurs, la qualité des produits, tout ça à meilleurs coûts. Je veux faire progresser l’entreprise, la léguer aux générations futures. »

Président du conseil de La Coop Pont-Rouge depuis 2000, Conrad y démontre sa grande capacité d’écoute et sa tolérance. Il accorde le droit à l’erreur. Mais sa patience légendaire a tout de même une limite. « Quand ça ne fonctionne plus, il faut agir », dit-il.

Dès son premier mandat à Pont-Rouge, la coopérative fusionne avec Les Écureuils. En 2003, un incendie dévaste le siège social, la meunerie et la quincaillerie de Pont-Rouge. Le siège social et la quincaillerie sont reconstruits l’année suivante. Puis les coopératives CoopPlus, Saint-Casimir et Pont-Rouge mettent en commun leurs activités et forment la société Meunerie Portneuf Mauricie à Saint-Casimir.

À l’automne 2008, les coopératives Pont-Rouge et CoopPlus partagent leurs ressources en représentation dans les secteurs des productions animales et végétales. De manière à ce qu’un expert-conseil puisse représenter plus d’une coopérative. « Nous avons des employés compétents, il faut les utiliser au mieux de leurs capacités », dit-il. Le projet a des échos dans le réseau. D’autres coopératives s’en inspirent.

Sans Johanne, il n’aurait pu s’engager autant, tient-il à préciser. Aujourd’hui, Conrad a du mal à s’arrêter. La ferme, le réseau, sa famille, La Coop Pont-Rouge, La Coop fédérée, l’UPA aussi (il est administrateur au syndicat de base Québec Jacques-Cartier). Il se réveille la nuit, songeur. Analyse ses dossiers. Cherche des solutions. Pour faire contrepoids, il a ses échappatoires. D’abord le sport. Quelque 300 kilomètres de ski de fond chaque hiver. Sur ses propres terres ainsi que dans les centres de ski de Stoneham, Beauport et Duchesnay. On le voit aussi beaucoup marcher. Puis il y a le vélo. Dans les sentiers environnants. Et sur la ferme. Pour joindre l’utile à l’agréable. Eh oui, c’est sur deux roues qu’il déplace les vaches d’une parcelle de champs à l’autre. À 59 ans, il n’a pas une once de gras en trop. Il faut dire aussi qu’il soigne son alimentation. L’immense potager de Johanne les approvisionne en légumes frais une bonne part de l’année.

La musique est aussi un baume. Tous les styles lui plaisent, le country, la chanson française (Aznavour, particulièrement), l’opéra, le classique. L’émotion d’un air de Beethoven… Et puis il y a les sorties culturelles en couple, à Québec. Un pur bonheur.

La vie, c’est toute une musique. Et Conrad et Johanne s’accordent à merveille.

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