Depuis qu’elle a formulé sa nouvelle mission : « Unir nos forces à celles de la terre pour accroître de façon durable la richesse collective », Nutrinor carbure à l’énergie locale.

C'est le credo qu’a adopté la coopérative qui a célébré en 2009 son 60e anni­versaire. Une mission écrite à la suite d’une consultation auprès des membres de la coopérative dont les trois principaux secteurs d’activités sont l’agroalimentaire, l’énergie et les quincailleries.

Cette richesse collective, Nutrinor la tire déjà en bonne partie du grand public qui s’approvisionne en lait, eau de source, mets préparés, quincaillerie, pétroles et propane et dont les producteurs sociétaires se partagent les retombées.

« Tout seul, on va vite. Ensemble, on va loin, dit Yves Girard, le directeur général de la coopérative. C’est le constat qui ressort de consultations auprès des membres qui se montrent favorables à ce que soit développée la chaîne de valeur en amont comme en aval. »

Le saule peut atteindre 6 mètres après 3 ans et produire de 7 à 23 tonnes de matière sèche à l’hectare.

L’entreprise se porte bien. Tous ses secteurs d’activité pris en charge par une dynamique équipe de gestionnaires affichent des résultats enviables. Bref, c’est le temps d’agir.

Nutrinor veut entre autres développer un secteur agroalimentaire nordique. Lait, porc, œufs et volailles produits en région et nourris de grains locaux auraient, d’après certaines études, des caractéristiques propres, gustatives notamment, voire inimitables, qui pourraient faire l’objet d’une appellation géographique. Comme celle que l’agneau de Charlevoix a récemment décrochée. « Le potentiel est là. Reste à le caractériser », dit Yves Girard.

Le programme Accord, mis sur pied par le ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation du Québec, a identifié, pour la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, trois créneaux d’excellence : transformation de l’aluminium, tourisme d’aventure et écotourisme et agriculture nordique.

Voilà qui a mis le vent dans les voiles de Nutrinor, car les consommateurs sont de plus en plus soucieux de la provenance de leurs aliments de même que de la façon dont ils ont été fabriqués. Cahier des charges, système de traçabilité, chaîne de valeur sont sur toutes les lèvres des gestion­naires de la coopérative. « Pourquoi produire ici et transformer ailleurs? Il faut cependant des projets rentables, qui tiennent la route. Il ne s’agit pas de transformer ici seulement pour transformer ici. La qualité des projets est un critère prioritaire », résume le directeur général de la coopérative qui compte, au total, 1200 membres, dont 450 sociétaires producteurs agricoles.

« Le positionnement de Nutrinor a été élaboré pour les 15 prochaines années avec des plans d’action mis à jour tous les trois ans », dit Yvan Morin, élu président en février 2009, et propriétaire d’une ferme laitière et céréalière à Saint-Bruno.

« Pour développer, il faut produire ce que les consommateurs veulent », affirme Yves Girard. La laiterie de Nutrinor transforme chaque année 25 millions de litres de lait. Un volume qui se prête bien au développement de produits de niche. « Un lait du Lac, dit-il. Mais pas uniquement pour le marché du Saguenay-Lac-Saint-Jean. »

Yvan Morin et Yves Girard, respectivement président et directeur général de Nutrinor

Autre secteur prometteur, les quincailleries. Nutrinor en possède quatre : Saint-Bruno, Saint-Cœur-de-Marie, Chicoutimi et Mistassini. Cette dernière est située en territoire cri et depuis trois ans, approvisionne en matériaux les entrepreneurs de cette communauté chargés de construire les habitations des travailleurs du projet hydro-électrique Eastmain 1A.

Chaque année, Nutrinor investit de 5 à 6 millions $ dans des projets de maintien des actifs et de développement financés en bonne partie à même les liquidités générées par les opérations, des emprunts et certaines subventions accordées pour le développement régional.

« Les consommateurs sont réceptifs, il faut bouger », déclare Yves Girard. Les producteurs aussi sont prêts à investir. « Faites-nous de bons projets, complémentaires à notre production, et on va investir », nous disent-ils.

« Les projets que nous voulons mettre de l’avant visent à relancer l’agriculture régionale de manière à favoriser les retombées locales, dit Yvan Morin. La région doit se prendre en main. Les activités d’Alcan et d’Abitibi Consol sont en décroissance dans la région. Et les emplois, dans ces secteurs, se perdent. L’agriculture doit prendre la relève. À la fois dans la production et la transformation. Nutrinor veut en être le leader. On va toucher à tous les secteurs qui sont en lien avec notre vision, tel qu’en témoigne notre récent partenariat avec Boucherie Charcuterie Perron, qui marque notre retour dans l’abattage de porcs à Saint-Prime. »

La bioénergie, ça donne du gaz
Dans la mission de valorisation de l’agriculture nordique que chérit Nutrinor, le développement des bioénergies s’inscrit aussi dans la vision corporative et le biodiesel en sera la plate-forme de lancement.

Millet perlé sucré, saule, huile de canola. Oui, Nutrinor veut prendre un virage vert et durable. « Il s’agit de développer une expertise qui assurerait une certaine indépendance régionale en matière énergétique, fait savoir Yves Girard.

Nutrinor a donc mis la clé dans le contact et démarré. BioNor Énergies est sa toute nouvelle division qui lui permettra de faire du chemin.

Tout baigne… dans l’huile
« Le biodiesel disponible actuellement provient partiellement des États-Unis », indique Frédéric Lebrun, chimiste de formation et coordonnateur Innovation, développement durable, bioénergies chez Nutrinor, embauché par la coopérative pour mettre sur pied le projet biodiesel. Une entreprise de récupération expédie les quelque 750 000 litres d’huiles alimentaires usées qu’elle ramasse en région au sud de la frontière où elles sont transformées en biodiesel, dit-il. Ce biocarburant est ensuite acheminé au Canada. »

Sylvain Martel, vice-président de Nutrinor, qui a fourni des parcelles de terre pour les essais réalisés avec les boutures de saule, en compagnie de Frédéric Lebrun, coordonnateur Innovation, développement durable, bioénergies chez Nutrinor.
Le millet perlé sucré. La tige pressée peut servir à l’alimentation des bovins et l’eau sucrée qui en est extraite, à la production d’éthanol.

Qu’est-ce qui carbure sous le capot? Produire en région du biodiesel à partir des huiles alimentaires usées. Mais puisqu’il n’y en a pas suffisamment pour assurer une certaine autonomie locale, on y ajoutera de l’huile de canola vierge, extraite sur place à partir de canola cultivé sur place. Comment? En aménageant des infrastructures de pressage d’huile de canola et de fabrication de biodiesel d’une capacité de quelque 3 millions de litres annuellement. Le coût du projet, en attente d’un soutien des deux paliers de gouvernement, se monte à 3,7 millions $. Il servira à valoriser les grains déclassés en priorité. De plus, le tourteau de canola produit par le pressage servira à la préparation de moulées.

Ceci créera une véritable chaîne de valeur locale mais, encore une fois, tout est une question de rentabilité. Nutrinor se lancera si le projet est solide. « L’acceptabilité sociale de la production de biodiesel est un enjeu majeur », dit Yves Girard.

Le millet perlé sucré
Cette plante annuelle a été cultivée par Nutrinor en 2009 dans le cadre d’essais réalisés avec la firme d’agronomes-conseils Agrinova et en collaboration avec Anne Vanasse de l’Université Laval. Le millet perlé sucré, qui a de belles qualités fourragères, permettrait en plus de produire de l’éthanol. « C’est une plante annuelle que plusieurs appellent la canne à sucre du nord en raison de son contenu élevé en sucre, fait savoir Frédéric Lebrun. Elle peut procurer un rendement total de 45 à 50 tonnes à l’hectare, soit de 9 à 10 tonnes de matière sèche. La tige pressée peut servir à l’alimentation des bovins et l’eau sucrée qui en est extraite, à la production d’éthanol, quelque 2200 litres à l’hectare. On sait notamment que les plantes cultivées au nord accumulent plus de sucre. Les essais réalisés cette année permettront de vérifier le potentiel de cette plante dans la région. »

Quatre sites, chez des producteurs membres de Nutrinor, deux producteurs de pommes de terre et deux producteurs de fourrages (à Saint-Ambroise, Péribonka, Alma et l’Ascension), ont été à l’essai pour en évaluer le rendement en sucre (énergie) et fourrager. Ce projet a été rendu possible grâce à la participation financière du MAPAQ et de La Coop fédérée. Ajoutons que le millet perlé sucré possède en plus un avantage indéniable pour les producteurs de pommes de terre; il réduit l’incidence des nématodes dans le sol. Il est donc tout indiqué dans les programmes de rotation.

Saule au monde
La culture du saule est également dans la mire de Nutrinor. La firme d’agronomes-conseils Agrinova, ainsi que Michel Labrecque, de l’Institut de recherche en biologie végétale de l’Université de Montréal, travaillent en collaboration avec la coopérative du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

En 2009, trois coopératives forestières (Petit Paris, Girardville et Sainte-Rose), deux coopéra­tives agricoles (Grain d’Or et Deux Rives), et Nutrinor, ont planté trois clones de saule parmi les plus prometteurs. Un projet d’une durée de quatre ans (2009-2012) au coût de 172 000 $ pour les six coopératives. Sept parcelles de 0,7 ha ont été plantées de boutures de saule.

Francis Allard, pionnier de la culture du saule au Québec, a vendu des boutures au regroupement des coopératives et prodigué des conseils techniques. Le saule peut atteindre 6 mètres après 3 ans et produire de 7 à 23 tonnes de matière sèche à l’hectare. Un plan de saule, productif pendant 15 à 25 ans, a plusieurs utilisations : biomasse, litières, panneaux gaufrés, éthanol cellulosique.

Le saule permet également de valoriser les terres marginales, les bandes riveraines, les terres en friche et même de revitaliser des coins de pays, estiment les gestionnaires de Nutrinor. Et en matière de fertilisation, il est peu exigeant. Les clones de saule seront testés à différentes densités de plantation, texture et type de sol. On en déterminera le coût de production et la rentabilité. Puis on vise à mettre en place une filière de transformation et développer un marché.

Pas de doute, la bioénergie, ça donne du gaz et Nutrinor fait le plein…

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