Vice-président ventes, exportation, comptes industriels chez Olymel, Jeffrey Clarke passe une bonne part de son temps sur les routes du globe. Nous l’avons croisé entre deux vols internationaux à ses bureaux de Boucherville. Il nous dresse le portrait des principaux marchés d’exportation d’Olymel et des enjeux auxquels l’entreprise est confrontée.

Le Coopérateur agricole Olymel est le premier exportateur de porcs au pays. Quels sont les principaux marchés de l’entreprise à l’étranger?

Jeffrey Clarke Nous exportons plus de 50 % de notre production de porc, soit l’équivalent d’environ 1 milliard $ de ventes. Nos principaux marchés sont, dans l’ordre, les États-Unis 30 % (produits de masse pour transformateurs et distributeurs); le Japon 25 à 30 % (valeur ajoutée – porc certifié La Coop); l’Australie (longes, jambons et produits pour la transformation) et la Corée du Sud. Nous possédons des bureaux d’affaires au Japon, en Corée et en Australie. Ailleurs dans le monde, en Russie, au Mexique et aux Philippines, par exemple, Olymel commercialise ses produits par l’intermédiaire de maisons de courtages établies en Amérique du Nord et, dans une moindre mesure, par un accès direct sur ces marchés.

  • La consommation de porc est en baisse, et ce, à l’échelle planétaire. Quelles en sont les principales raisons?
  1. La crise économique pousse les consommateurs à acheter moins de protéines animales ou à se tourner vers des sources moins coûteuses. Ainsi, la volaille, plus abordable, accapare une part plus grande du budget du consommateur. L’incidence de la grippe AH1N1 a causé des baisses temporaires de la consommation de viande de porc.
  • Quel a été l’effet du virus H1N1 sur l’accès aux marchés?
  1. En affectant à la baisse la consommation nord-américaine et la demande mondiale, la H1N1 est un des facteurs qui a contribué à l’actuel surplus de porcs sur les marchés mondiaux. Aussi, certains pays ont réagi rapidement en imposant un moratoire sur l’importation de viande de porc en provenance du Canada. Même si la plupart de ces moratoires ont été de courte durée, il nous est toujours difficile d’accéder aux marchés de certains pays, tels que la Chine et la Russie.
  • On parle beaucoup du Brésil comme d’un concurrent à très fort potentiel, est-il votre principal adversaire sur les marchés internationaux?
  1. Les États-Unis sont notre principal concurrent sur tous les marchés dans le monde. Le Brésil nous livre une forte concurrence en Russie, à Hong Kong et en Chine, les seuls marchés d’ailleurs auquel il a accès en raison de problèmes de santé et de salubrité qu’il ne maîtrise pas. Le Brésil possède de grandes capacités de production. Une fois ses problèmes réglés, pas avant plusieurs années toutefois, car il y a beaucoup à faire, il pourrait déloger Olymel du Japon. La menace est réelle, bien qu’à court terme Olymel n’est pas inquiète.
  • En général, quels sont les marchés les plus concurrentiels, de masse ou de niche?
  1. Les marchés de niche sont encore plus concurrentiels, car il y a abondance de produits et de fournisseurs prêts à les combler, aux États-Unis, entre autres, où les entreprises font preuve de beaucoup de flexibilité à ce chapitre.
  • Les marchés asiatiques se développent. Lesquels attirent le plus votre attention?
  1. Hong Kong et la Chine sont des marchés prometteurs. Olymel commercialise jarrets, pieds, peaux et abats sur le marché de Hong Kong, des produits qui se retrouvent indirectement sur le marché de la Chine. Mais n’ayant pas un accès direct en Chine, on ne peut y développer de stratégies de produits à valeur ajoutée.
  • Pourquoi n’y avez-vous pas accès?
  1. La Chine restreint ses importations par mesure de protectionnisme en raison de disputes commerciales avec les États-Unis et le Canada s’y retrouve coincé. On met des efforts avec le département des Affaires étrangères, les associations de commerce et le ministère de l’Agriculture. Les Chinois ont le sens des affaires et le prix est un facteur important. Le Canada a bonne réputation, notamment en raison de nos vastes espaces naturels. Aussi, ils aiment notre façon de faire des affaires. Nous ne sommes pas des Américains. Les possibilités d’entrer sur ce marché sont donc bonnes.
  • Quels types de produits pourraient y être commercialisés?
  1. C’est actuellement un marché de sous-produits, mais il y a un très grand potentiel à développer des produits possédant plus de valeur ajoutée. La croissance des revenus des consommateurs annonce une éventuelle demande très élevée. Aussi, les habitudes des gens changent. Ils passent de plus en plus du marché public traditionnel aux supermarchés. La Chine cherche à accroître sa production domestique pour combler une part de ses besoins, mais ils auront du chemin à faire pour y parvenir, car on considère là-bas que le porc importé est plus sûr que le porc produit localement.
  • Quelles sont vos stratégies de croissance et de développement de marchés dans le contexte d’une baisse de la consommation de la viande de porc?
  1. Nous devons continuer à développer des façons de procurer de la valeur ajoutée à notre porc pour concurrencer les Américains, nos principaux compétiteurs, et leur enlever des parts de marché. Nous devons également poursuivre nos efforts pour obtenir les mêmes accès aux marchés que nos compétiteurs à l’échelle du globe. Il nous faut aussi développer de nouveaux marchés, tels que l’Union européenne, où nous pourrions commercialiser des jambons et des filets notamment. Et, enfin, accentuer la promotion du porc canadien auprès du consommateur.
  • Le Japon est un marché exigent en matière de qualité. Quelles sont les perspectives de développement dans ce pays?
  1. En plus de travailler sur de nouvelles coupes, telles qu’un plus grand éventail de produits sur mesure, nous voulons hausser la valeur ajoutée du porc certifié La Coop.
  • Comment?
  1. On pense par exemple à des porcs nourris d’une ration exempte de farine animale ou de facteur de croissance. À des formulations alimentaires spécifiques qui procureraient un historique aux produits relativement à la qualité de la viande ainsi qu’à la façon de la promouvoir.
  • Comment vous assurez-vous de la satisfaction de la clientèle?
  1. Au Japon, il faut mettre beaucoup d’effort à comprendre la culture du pays, même si je sais bien que je ne serai jamais japonais. On n’accède pas directement aux consommateurs. On doit passer par des agents et des importateurs qui, à leur tour, vendent aux détaillants. La satisfaction du consommateur est donc difficile à mesurer directement. C’est le détaillant qui connaît le produit et le consommateur lui fait confiance. Si le détaillant présente un produit dans son comptoir, c’est l’assurance que c’est un bon produit. En outre, la chaîne de valeur uniformité – qualité – sécurité du porc certifié La Coop est de première importance pour le détaillant et le consommateur.
  • De notre côté, en Amérique du Nord, comment Olymel se positionne-t-elle?
  1. La consommation domestique ne peut absorber une augmentation radicale de l’offre. On mise donc sur la vente de produits frais pour éviter l’accroissement de nos inventaires. Aux États-Unis, nous commercialisons nos produits auprès des transformateurs, des distributeurs et de certains détaillants. Puisque le produit de niche coûte plus cher, on mise d’abord sur la masse. C’est donc avant tout une question de prix. Le marché est très, très compétitif. Certains de nos concurrents américains sont déjà totalement intégrés, du producteur jusqu’au consommateur. Les transformateurs américains se contentent d’un produit indifférencié, donc peu de possibilités pour le porc certifié La Coop. Du côté des distributeurs, il y a passablement de travail à faire pour transmettre le message coop jusqu’aux consommateurs.
  • Aux États-Unis, la réglementation sur l’étiquetage obligatoire du pays d’origine affectera-t-elle votre accès au marché américain?
  1. Il ne fait pas de doute que cette règlementation (COOL – Country of Origin Labeling) aura pour effet d’accroître les coûts pour les entreprises qui approvisionnent les marchés aux États-Unis. Ce qui se traduira par une réduction de notre compétitivité. Aussi, ces coûts additionnels limitent en partie les occasions de développement des affaires dans l’avenir. Toutefois, dans nos créneaux actuels de ventes de porc frais aux États-Unis, la réglementation n’a pas eu d’effet considérable. Indirectement, l’effet le plus important de cette réglementation s’est traduit par une diminution du commerce de porcs vivants aux États-Unis.
  • Combien faut-il de temps pour développer un marché?
  1. Sur les marchés internationaux, il faut parfois compter des années pour y développer un accès pour le porc canadien.
  • Les capacités d’abattage d’Olymel sont-elles suffisantes pour soutenir la croissance des marchés d’Olymel?
  1. Les infrastructures d’Olymel sont suffisamment développées pour absorber une croissance des marchés d’exportation, notamment avec le « chilled pork », une technologie qu’Olymel maîtrise bien. L’enjeu ne touche pas l’approvisionnement en soit, mais consiste à lui procurer une valeur ajoutée. Et à accroître la compétitivité des produits.

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