Lors de la rédaction de ce texte, le 11 novembre, nous sommes en plein milieu de la récolte du maïs grain. L’été des Indiens est au rendez-vous et il y a des champs de maïs qui démontrent des signes de verse à la suite de la période venteuse du début du mois. Vous constatez que plusieurs plants de maïs semblent tenir comme un château de cartes et votre expert-conseil vous recommande de récolter le plus rapidement possible. Pourtant, 80 % de vos maïs sont autoprotégés contre les insectes. La pyrale et la chrysomèle ne devraient pas occasionner de verse. Alors pourquoi les tiges de maïs sont-elles si fragiles?

Dans le présent article, nous examinerons les causes de la verse du maïs et comment la prévenir. Tout d’abord, mentionnons qu’il existe trois causes majeures à la verse des tiges. Les vents d’automne souvent forts en sont la première cause, la pyrale du maïs et autres insectes qui creusent des galeries dans la tige ou l’attache de l’épi et, troisièmement, la pourriture de la tige. Celle-ci diminue la résistance de la plante au stress externe en affai­blissant le tissu de la tige.

La pourriture de la tige se développe si les trois conditions suivantes sont présentes en même temps : la susceptibilité de l’hybride de maïs, la présence et la virulence des organismes causant la pourriture de la tige et finalement un environnement favorable à la formation de la maladie. Ces trois conditions peuvent être contrôlées en partie par une régie préventive.

Il est difficile de prédire si la pourriture et la verse de la tige se produiront. En effet, les hybrides varient dans leur résistance génétique à cette maladie. La pourriture de la tige peut être présente dans un champ et absente du champ voisin ou d’une partie du champ seulement.

Un stress durant la saison de croissance peut prédisposer le plant de maïs à l’invasion par les champignons qui causent la pourriture de la tige. Il faut considérer le maïs comme une usine à sucre. Ce sucre produit par la photosynthèse est ensuite transformé en amidon dans le grain. Durant le remplissage du grain, les plants stressés produisent moins de sucre dans les feuilles que les plants non stressés en santé. L’épi en développement reçoit en priorité les sucres disponibles, ce qui épuise la partie basse de la tige et les racines annulant le mécanisme de défense contre les champignons responsables de la maladie.

Voici les principaux facteurs de stress environnemental et d’augmentation du potentiel de verse de la tige :

Populations élevées
Cause : Les plants deviennent hauts et élancés. La compétition entre les plants pour la lumière, les éléments nutritifs et l’eau réduisent la vigueur des cellules dans la tige et les prédisposent à l’invasion par les agents responsables de la pourriture de la tige.

Contrôle : Utiliser un taux de semis qui favorise un haut rendement sans causer de compétition inutile. Dans le Guide des semences Elite, chaque hybride est évalué.

Rotation des cultures
Cause : Les pratiques culturales qui augmentent les maladies ou la pression d’insectes peuvent également favoriser la verse. Les résidus de maïs laissés en surface peuvent augmenter l’incidence de la pourriture des tiges et la verse en situa­tion de monoculture. Le maïs semé année après année dans les mêmes champs accroît aussi les risques d’invasion par des insectes tels que la pyrale et la chrysomèle.

Contrôle : La rotation des cultures est spécialement importante pour le contrôle des maladies. Dans le maïs qui suit le maïs, les pathogènes peuvent hiverner dans les débris organiques et infecter le maïs l’année suivante.

Susceptibilité de l’hybride
Cause : Souvent, les tiges faibles sont un résultat de la cannibalisation et de la remobilisation des sucres de la partie basse de la tige pour nourrir l’épi d’un hybride à très haut rendement.

Contrôle : Les hybrides de maïs qui versent le moins ont une résistance à la pourriture de la tige et une excellente soli­dité de la tige. La résistance à la pourriture de la tige est accompagnée généralement d’une résistance aux principales maladies du feuillage et de l’habilité à maintenir une verdeur de la tige (stay-green) tard en saison. Pour le contrôle des maladies, il existe des fongicides homologués au Canada. Des études sont présentement en cours pour évaluer la rentabilité d’utiliser ces outils de gestion des maladies.

Tige saine (gauche)         Tige pourrie (droit)

  


Extrêmes dans l’humidité du sol
Cause : Un stress causé par un sol trop humide mène à un système racinaire réduit qui ne peut pas supporter adéquatement la croissance de la plante. Un stress dû à la sécheresse réduit le mouvement des sucres dans la plante. Les deux types de stress augmentent le développement de la pourriture des racines.

Contrôle : Un sol bien drainé se réchauffe plus rapidement qu’un sol humide au printemps et contribue à une croissance des racines améliorée. De plus, le maïs semé tôt sera habituellement plus court que celui planté plus tard. Cela contribuera à améliorer sa tenue et son rendement.

Déficiences nutritionnelles et débalancements
Cause : Les déficiences et les débalancements en éléments nutritifs prédisposent les plants de maïs à la pourriture et la verse des tiges. Par exemple, une fertilité élevée en azote jumelée à un niveau de potasse faible augmente le potentiel de pourriture de la tige. Un haut niveau d’azote augmente la croissance végétative tandis qu’un bas niveau de potasse accroît la mort prématurée de la tige.

Notez qu’en raison de l’augmentation fulgurante du prix de la potasse depuis quelques années, plusieurs producteurs en ont diminué l’application. La potasse est connue depuis longtemps comme le fertilisant associé à la santé des plantes en réduisant la pression des maladies. Plusieurs études ont démontré ce phénomène dans le maïs en concluant que la potasse permettait de baisser l’incidence de la pourriture des tiges significativement (Tom Bruulsema, 2009).

Une récolte de 10 tonnes par hectare de maïs va prélever 135 kg de potasse (K2O). Un fort pourcentage de cette potasse sera prélevé tôt en saison pour atteindre son apogée juste avant la pollinisation. À ce stade, le maïs va prélever jusqu’à 16,8 kg par hectare par jour de cet élément. Il faut que le sol puisse fournir cette potasse et que le système racinaire soit efficace pour répondre à ce besoin (International Plant Nutrition Institute).

À l’inverse, un faible niveau d’azote peut entraîner des plants moins vigoureux qui mettent toute leur énergie disponible à produire du grain. La tige devient alors vulné­rable à la pourriture et à la verse.

Contrôle : On doit s’assurer que les apports des éléments fertilisants soient bien balancés au fil des rotations et surveiller l’évolution du niveau de fertilité au moyen des analyses de sol.

Dommage par les insectes
Cause : La chrysomèle et la pyrale du maïs par les blessures qu’elles infligent peuvent prédis­poser le plant à l’invasion par les microorganismes pathogènes et mener ainsi à une perte de rendement. Ces insectes peuvent aussi favoriser l’apparition de la maladie en réduisant la surface photosynthétique de la plante, causant des blessures dans lesquelles les pathogènes entrent dans les tiges et les racines et transportent l’inoculum dans les tissus.

Contrôle : L’utilisation d’un hybride VT3 ou SmartStax qui procure une protection contre la pyrale et la chrysomèle des racines jumelée à un traitement de semence, comme Poncho 250 par exemple, sera votre meilleure assurance. Respecter les directives pour les refuges.

Pour conclure, vous constaterez qu’il est possible d’intervenir de plusieurs façons afin de garder les tiges du maïs en santé. Une saine gestion des sols (pH, compaction, égouttement, fertilité), la rotation des cultures, l’autoprotection contre les insectes et une fertilisation équilibrée (azote-potasse) sont les éléments de base pour bien gérer la santé des tiges de maïs.

 

Références :
1 : Université Purdue. Stalk Lodging in Corn : Guidelines for Preventive Management. Publication AY-262.
2 : Bruulsema, Tom. Stalk Rot in Corn – Fertilizer Factors. Original le 12 octobre 2000, révisé le 15 septembre 2009.
3 : MAAARO. Maïs : Pourritures de la tige, Pub. 811F : Guide agronomique des grandes cultures, 1er mars 2002.
4 : Université de l’Illinois. Corn stalk rots. RPD no 200, décembre 1995.

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