Utiliser des énergies renouvelables pour chauffer des bâtiments ou sécher des grains, voilà une idée qui fait son bout de chemin à l’heure du réchauffement climatique.

Parlons-en à la famille Gauthier de Saint-Théodore-d’Acton. Depuis plus de 15 ans, ces derniers canalisent leurs énergies et planchent sur des modèles de fournaises plus efficaces pour brûler de la biomasse et chauffer leurs résidences et leurs poulaillers. Et nouveauté, ils sèchent cet automne leurs récoltes de grains avec un séchoir dont l’air chaud provient d’une toute nouvelle fournaise alimentée aux biocombustibles. Voyons de quoi il retourne.

Libérer l’énergie
Les fournaises que développent Dominique Gauthier et son père François sont des appareils constitués d’acier comportant une chambre de combustion où se trouve, dans sa partie inférieure, un brûleur capable de développer deux millions de BTU. Le design du brûleur est crucial, car c’est là que la combustion a lieu. Pour une efficacité maximale, il faut qu’à cet endroit se conjuguent dans des proportions idéales les trois éléments du triangle du feu : un combustible, un comburant (oxygène) et de la chaleur (étincelle ou flamme). Un système de vis sans fin approvisionne donc le brûleur en granules et une soufflerie diffuse de l’air au pourtour du brûleur pour attiser le feu.

Le défi est d’aller chercher le maximum des calories emmagasinées dans le combustible par une combustion la plus complète possible. Il faut donc brûler non seulement le combustible, mais également les gaz de combustion. C’est chose relativement facile en atteignant de très hautes températures dans la chambre de combustion, soit plus de 1000 °C.

Pour canaliser la chaleur émise, la fournaise comporte dans sa partie supérieure un système de tubes horizontaux dans lesquels s’engouffre la chaleur. Autour de ces tubes circule de l’eau qui accumule les degrés jusqu’à devenir très chaude (90 °C). L’eau est ensuite pompée et acheminée, par des tuyaux enfouis et isolés dans le sol, vers les bâtiments d’élevage. Des calorifères à ailettes (dans le cas de la ferme Clovis Gauthier) ou des tubulures enfouies dans la chape de béton (plancher chauffant ou radiant, la nouvelle mode en élevage avicole) peuvent ensuite chauffer les bâtisses. Puis l’eau qui a perdu en moyenne 10 °C retourne vers la chaufferie pour un nouveau cycle. Afin d’augmenter de quelques degrés le pouvoir de stockage calorifique de l’eau, on y ajoute du propy­lène glycol, un fluide caloporteur qui possède en outre des propriétés anticorrosives.

L’autre système de chauffage mis au point par les Gauthier est une immense fournaise comportant quatre brûleurs et capable de fournir huit millions de BTU. Ces brûleurs chauffent de l’air qui, propulsé vers un silo-séchoir grâce à un ventilateur, y sèche le grain. Encore au stade expérimental, cette fournaise doit être refroidie à l’aide de 2000 litres d’eau et fonctionne, comme sa cousine pour chauffer les bâtiments, à pression atmosphérique normale (les systèmes ne sont pas sous pression).

François Gauthier a développé avec son fils Dominique des fournaises écoénergétiques alimentées avec de la biomasse : maïs grain et granules de bois.



Un système électronique se charge de tout : mélange des ingrédients à brûler (s’il y a lieu), approvisionnement en combus­tible et en air, intensité de la combustion selon les consignes de température, etc. On imagine facilement la somme de travail derrière ce modèle de fournaise pour sécher les grains : tout est homemade.



Cette fournaise capable de développer 2 millions de BTU sert à chauffer de l’eau qui chauffe les bâtiments de la ferme Clovis Gauthier & fils. On peut brûler tout genre de biocombustibles. Ici, des granules de bois mélangés à de la semence de soya invendue et périmée.

Dans un cas comme dans l’autre, les fournaises sont munies d’un astucieux système de contrôle électronique qui veille à tout, comme le mélange des ingrédients à brûler (s’il y a lieu), l’approvisionnement de la chambre en combustible et en air, l’intensité de la combustion selon les consignes de température, etc. D’ailleurs, le système électronique est d’autant plus important qu’il doit voir à ne pas faire bouillir l’eau contenue dans le système.

Une des seules tâches consiste encore à retirer une ou deux fois par jour les cendres du brûleur.

De l’énergie à revendre
On imagine aisément la somme d’efforts derrière autant de travail de conception. Car pour faire passer un prototype au stade de la production en série, il ne faut pas brûler les étapes! « Nous ne sommes pas des ingénieurs, mais nous sommes ingénieux, clame, rieur, François Gauthier. Notre brûleur actuel est bien la 26e version de notre brûleur original. Il nous a fallu ajuster tellement de paramètres : la pression d’air, la grosseur des trous, l’angle d’arrivée de l’air… »

François et Dominique Gauthier ont décidé de former une entreprise, Innovation F.D.G., pour officialiser leurs efforts et pouvoir obtenir des crédits d’impôt et des subventions relatives à la R&D. Avec deux entreprises partenaires, la première spécialisée dans l’électronique, la seconde dans l’usinage des métaux, ils ont fondé en 2006 l’entreprise Agrisource.

Déjà, le consortium investit dans la promotion de leurs produits, comme en témoigne leur présence à Expo-Champs lors des trois dernières années et la mise en ligne d’un site Internet au design graphique impeccable : agrisource.net.

Leurs modèles actuels de fournaises sont à l’étape de la certification CSA (Canadian Standards Association) pour pouvoir être fabriquées et vendues à plus grande échelle, sans soucis quant aux normes d’assurance contre les incendies. Les normes CSA visent aussi au respect des normes antipollution, de plus en plus strictes. Rappelons que, selon la règlementation actuelle, la combustion de biomasse de toute matière autre que forestière est soumise à des normes environnementales plus restrictives concernant les émissions et requiert un certificat d’autorisation par le MDDEP. Pour plus de détails, lire l’article « Des champs d’énergie? » paru dans l’édition de septembre 2009 du Coopérateur agricole.

« Si nous voulons vendre nos poêles à plus grande échelle, c’est une certification indispensable, note Dominique Gauthier. Les démarches nous coûteront tout de même quelques dizaines de milliers de dollars. » Comme Agrisource est l’un des rares fabricants de fournaises dans l’est du Canada (la plupart des systèmes proviennent de l’Ouest canadien et des États-Unis), les occasions sur le marché québécois sont jugées bonnes. Et notamment auprès des érablières et des serres, grandes consommatrices d’énergie.

Mentionnons aussi que les brûleurs déve­loppés par Innovation F.D.G. font aujourd’hui l’objet de brevets en cours d’homologation auprès de l’Office de la propriété intellectuelle du Canada, de même qu’aux États-Unis. Car oui, la biomasse est partout, et les Gauthier aimeraient aussi vendre leurs four- naises partout…

La ferme Clovis Gauthier & fils détient un quota de ponte de 30 000 pondeuses et élève 190 000 poulettes annuellement.
Des calorifères à ailettes dans lesquels circule de l’eau à 90 °C chauffent les poulaillers de ponte et les parquets d’élevage de poulettes de la ferme.



Des hommes débordants d’énergie, ceux de la ferme Clovis Gauthier & fils : les frères Jean-Marc et François Gauthier en compagnie de leurs fils, Dominique et Stéphane.

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