Jean*, propriétaire d’une exploitation laitière dans Lanaudière avec sa conjointe Marie*, a cultivé l’art de se faire remplacer. Ensemble ils ont mis au point un système de gestion des tâches qui permet à Jean de prendre des congés de traite quatre soirs par semaine – du temps d’extra qui sert à mieux gérer son entreprise!

Selon Sylvie Campeau, agronome et directrice de comptes agricoles au Centre financier aux entreprises Desjardins Lanaudière Sud-Ouest, Jean et Marie ont fait de leur entreprise un endroit désirable à travailler. « Ils sont conscients qu’ils doivent concurrencer les entreprises non agricoles de la région pour attirer de la main-d’œuvre de qualité. »

Après avoir analysé toutes les tâches qui s’effectuaient sur l’entreprise, Jean et Marie les ont simplifiées au minimum et inscrites sur des tableaux aide-mémoire affichés dans le bureau. Leur but était de s’assurer que le travail exécuté par les employés serait fait presque de la même façon qu’ils le feraient eux-mêmes. Il serait plus facile ainsi d’en faire le suivi et de maximiser les résultats.

L’analogie dont se sert Jean lorsqu’il explique le fonctionnement du système utilisé est la suivante : demandez à deux personnes de peindre le même pot de fleurs et vous obtiendrez deux œuvres très différentes. Donnez-leur une peinture à numéros avec la même palette de couleurs et vous aurez, à quelques détails près, deux peintures presque identiques.

Le couple s’est muni d’un plan d’apprentissage évolutif avec contrôle des acquis, afin de bien former les employés. La formation est clé, car c’est ainsi que les propriétaires communiquent la mission et la vision de leur entreprise. Elle leur permet d’établir un échange avec les employés au niveau des enjeux auxquels ils font face. C’est également un moyen d’installer un climat de confiance.

Selon Jean, les tâches qui sont accomplies à sa place lui donnent plus de temps pour l’essentiel, qui est de bien gérer l’entreprise. Il s’agit aussi d’une bonne façon d’améliorer sa qualité de vie, autant pour lui que pour sa famille, et de se permettre de prendre des congés de temps à autre. «

Les voyages culturels, la participation à des colloques, une implication communautaire et la formation continue étaient des éléments jugés essentiels pour ce couple, explique Sylvie. Il était important pour eux de trouver une façon de pouvoir se faire remplacer sans négliger pour autant les performances techniques et financières de l’entreprise. »

Le bon vieux système de la carotte!
Bien entendu, Jean et Marie connaissent bien la nature humaine et ils ne se sont pas fait d’illusion en pensant que le tout pouvait fonctionner comme sur des roulettes, sans incitatifs. Ils ont donc concocté un système de bonus de rendement qui profiterait autant à l’employé à temps plein qu’à ceux qui travaillent à la ferme uniquement de façon occasionnelle.

Les objectifs du mois sont clairement indiqués sur un grand tableau en entrant dans le bureau. Parmi ceux-ci, on retrouve le contrôle des leucocytes et le rendement visé à l’hectolitre. Si les objectifs sont atteints, tous les employés ont un bonus de rendement à la fin du mois, basé au prorata des heures travaillées.

Par conséquent, les employés ont tendance à garder l’œil ouvert. S’ils voient quelque chose d’anormal, ils sont prédisposés à réagir rapidement parce qu’ils ont un intérêt financier à ce que les objectifs soient atteints.

Sylvie attribue le succès de leur système au fait que Jean et Marie ont bien vendu les avantages de travailler dans leur entreprise. « Les agriculteurs oublient à quel point les emplois agricoles peuvent être désirables, poursuit-elle. Des horaires flexibles et des tâches diversifiées sont très appréciés des employés. De pouvoir travailler aux champs ou avec des animaux, à la campagne, c’est le rêve de plusieurs jeunes. De plus, la relation employé-employeur est moins distante, et il est possible de participer à la prise de certaines décisions. »

Quelques idées pour fidéliser les employés
Souligner l’anniversaire d’un employé, lui remettre une plaque, un certificat-cadeau ou des produits de la ferme pour le remercier de vous avoir aidés à atteindre vos objectifs ne sont que quelques idées parmi des centaines qui sont disponibles sur l’internet pour aider les employeurs à mieux stimuler leurs employés. Ces petites récompenses peuvent parfois payer de gros dividendes. L’empathie en est une autre. Un employeur qui décide de participer au Défi têtes rasées et d’aider à amasser des fonds, parce qu’un des enfants de ses employés est atteint du cancer, prouve qu’il s’intéresse réellement à la vie personnelle et au bien-être de ses employés.

Les petites entreprises agricoles qui doivent piger dans le même bassin de travailleurs potentiels qu’une plus grosse compagnie seront intéressées de savoir qu’ils peuvent mettre sur pied des programmes d’avantages sociaux tels qu’un REER collectif ou un régime d’assurance qui inclut une assurance-vie, invalidité et soins de santé (voir le tableau ci-contre) même s’ils n’ont que quatre ou cinq employés. Selon Sylvie, la mise en place de ces avantages qui sont peu coûteux pour un employeur projette l’image d’une entreprise bien structurée qui a une vision à long terme pour ses employés. De tels privilèges sont parfois plus appréciés qu’une hausse salariale.

« Les agriculteurs auraient avantage à regarder quelles pratiques gagnantes pourraient les aider à se démarquer comme employeurs de qualité afin d’attirer les bons employés de la région »,  conclut-elle.

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