Entretien avec Lise Gagnon, vice-présidente Marketing, recherche et développement

Le Coopérateur agricole : Flamingo a récemment célébré un demi-siècle d’histoire. Le profil socio­culturel des Québécois et des Canadiens a beaucoup changé depuis. Quelle lecture en faites-vous aujourd’hui?

Lise Gagnon : La population change tout comme les habitudes de consommation. Notre processus d’innovation est axé sur le consommateur. Le marché, de plus en plus fragmenté, est au cœur de notre démarche d’innovation et de développement de produits. Ce qu’on retrouvait sur les étals d’une épicerie, il y a 20 ans, est bien différent d’aujourd’hui.

  • Comment l’offre de produits a-t-elle évolué?
  1. Il y a 50 ans, Flamingo ne commercialisait pratiquement que du poulet frais. La volaille est toujours principalement consommée sous cette forme. Alors que le porc est davantage consommé transformé. Le nombre de pieds linéaires consacré aux produits surgelés et frais prêts à manger s’est multiplié au fil des ans. Cette croissance est en ligne avec nos changements de style de vie et d’habitudes de consommation.
  • Quelles sont les dernières tendances en matière de consommation au pays?
  1. On mange différemment, car on dispose généralement de moins de temps. Il faut donc accroître l’offre de produits qui permettent de sauver du temps. Dans les principales grandes villes canadiennes, une personne sur deux vit seule. Le format des produits doit être adapté à cette réalité. Aussi, les gens cuisinent moins. La génération des 20-35 ans sait de moins en moins le faire ou, encore une fois, n’en a pas le temps. Des solutions repas, il y en a partout. Le phénomène des deux parents qui travaillent a amené cette tendance. On recherche des produits tout apprêtés, frais, transformés ou des recettes faciles. On remarque d’ailleurs un achalandage important peu avant l’heure des repas sur les pages destinées aux consommateurs des sites Internet d’Olymel, Lafleur et Flamingo. Les sites offrant des recettes sont parmi les plus consultés. Même pour ceux qui reçoivent à la maison, nous offrons des solutions repas.
  • Comment Olymel développe-t-elle ses produits?
  1. Une équipe regroupant des gens de marketing, recherche et développement, ventes et opérations travaille à l’élaboration de nouveaux produits, ou modifie des produits existants de manière à répondre aux grandes tendances de consommation. Les produits sont ensuite testés auprès des consommateurs. On estime ainsi son potentiel. On détermine sous quelle marque le produit sera présenté, dans quel emballage et quelle en sera la stratégie de communication. Les coûts de développement et de lancement de nouveaux produits sont très élevés. Pour minimiser le risque d’échec, il faut constamment identifier et anticiper les attentes et besoins des consommateurs dans chacune des grandes catégories de produits dans lesquelles nous sommes présents afin qu’il n’y ait pas de manque dans l’offre qu’on propose ou que l’ensemble du marché propose.
  • Combien faut-il de temps pour mettre un nouveau produit en marché?
  1. De la conception à la commercialisation, il faut compter entre huit mois et deux ans selon la complexité de développement et de production. Le cycle de vie des nouveaux produits est de plus en plus court, laissant place à de plus en plus d’innovations.
  • La population vieillit et la demande pour des produits santé est en hausse. Comment en tenez-vous compte dans votre processus de développement?
  1. Les gens sont graduellement plus sensibilisés à l’alimentation santé. Et il est clair que la plupart des produits transformés n’ont pas le profil santé. Toutefois, il est possible de combiner santé et transformation. On travaille beaucoup sur cela. Par exemple, des produits à teneur réduite en sodium, en gras et en sucre. Des aliments fonctionnels contenant des oméga-3 et des probiotiques. Bref, des aliments qui peuvent aider à rester en bonne santé. Mais il y a aussi une sensibilisation accrue à faire par la prévention. Cette relation alimentation et santé est moins présente chez les jeunes, bien qu’en croissance. Aussi, tout est une question de dosage. On a tendance à manger davantage de fromage à faible teneur en gras, sous prétexte qu’il en contient moins, tout comme des produits contenant peu de calories. Ce qui en fin de compte revient parfois au même que de consommer notre portion habituelle de produits non allégés. Le défi est aussi de proposer un produit santé qui ne sera pas dépourvu de goût. Enfin, on est à l’époque du clean label, c’est-à-dire une étiquette affichant une liste d’ingrédients très courte. Il y a 30 ans, on mangeait santé. Un poulet, des carottes, du riz. C’était tout simple. Aujourd’hui, nous avons un beau défi devant nous, soit imaginer des produits santé qui ont bon goût, tout en étant faciles et rapides à cuisiner.
  • Olymel est-elle flexible face à ces nouvelles tendances?
  1. Très. Nous sommes à la fois dans l’abattage, les produits frais et les produits transformés. Nous fabriquons de multiples produits différents pour nos clients. Nos marchés sont au détail avec les marques nationales et privées, les services alimentaires et l’exportation. Nous sommes présents dans de nombreux pays où il faut composer avec l’autorisation ou non de certains ingrédients ou encore avec des réglementations différentes des nôtres. Ça demande beaucoup de souplesse.
  • Les gens de religion juive et musulmane sont de plus en plus nombreux au pays. On estime que le Canada comptera très bientôt plus d’un million de musulmans. La demande pour des viandes halals, par exemple, augmentera sans doute. Comment comptez-vous adapter votre offre de produits?
  1. La population canadienne croît principalement par l’immigration. Nous sommes à l’affût de ces tendances. Les volumes ne justifient pas pour le moment d’y consacrer une usine, ou une ligne d’abattage. Mais nous serons là lorsque ce sera nécessaire.
  • La présence d’Olymel sur de multiples marchés d’exportation vous inspire-t-elle de nouvelles façons de faire?
  1. Oui. Aux États-Unis, par exemple, où on fait la guerre à l’obésité, des nutritionnistes recommandent maintenant de consommer, chaque jour, cinq petits repas bien équilibrés comprenant tous les groupes alimentaires plutôt que trois gros. Olymel s’en inspire et se tourne vers de plus petits formats de portions d’aliments pré-emballés. Aussi, les gens mangent davantage sur le pouce (devant leur ordinateur, la télé ou même en voiture). C’est une réalité dont il faut tenir compte dans le développement de nos produits.
Lise Gagnon
  • Avec l’accroissement de la demande pour des produits biologiques, comptez-vous aussi en développer une gamme?
  1. On s’y intéresse, mais nous ne sommes pas dans ce marché. Il faut faire des choix. Une chaîne d’abattage de porcs bios, par exemple, s’avérerait d’une grande complexité pour notre modèle d’affaires. D’autant plus qu’il s’agirait sans doute d’un très petit volume par rapport au reste de nos activités.
  • Comment avez-vous vécu l’épisode de la listériose et quelles leçons en retenez-vous?
  1. Dans le cas de l’eau Perrier ou de la bière Dow, deux cas classiques de contamination, on ne pouvait se méprendre sur le produit. Avec la listériose, les consommateurs craignaient de se tromper et ont délaissé de façon générale les produits de charcuterie. Le temps arrangera les choses. Les détaillants n’ont pas délaissé cette catégorie de produits. En continuant à les offrir, ça redonne confiance aux consommateurs.
  • Les habitants des économies émergentes demandent de plus en plus de viande. Sont-ce là des occasions d’affaires prometteuses pour Olymel?
  1. Effectivement, une partie importante de la croissance de la demande au cours des dernières années, surtout dans la viande de porc, provient des pays émergents qui voient la consommation de viande de leurs habitants augmenter compte tenu de la hausse des revenus de ses citoyens. Cela a un double effet. Premièrement, on recherche plus de volume et, deuxièmement, cette croissance de la demande entraîne une augmentation de la valeur des produits recherchés. C’est cet élément qui nous intéresse le plus. Évidemment, cette croissance de la demande demeure assez fragile et intimement liée au contexte économique.
  • Craignez-vous le démantèlement des barrières tarifaires et la concurrence des produits étrangers, tout particulièrement dans la volaille?
  1. Dans le cas de nos produits contingentés, poulet et dindon, nous sommes préoccupés par d’éventuelles modifications qui pourraient y avoir au niveau des accès à notre marché, mais nous sommes encore loin d’une entente à l’OMC. L’industrie, au sens large du terme, aura des décisions à considérer sur le plan structurel dépendamment de l’impact qu’auront les nouvelles règles mises en place. On ne peut spéculer sur ces décisions tant et aussi longtemps qu’elles ne seront pas connues et adoptées.
  • Le Brésil représente-t-il une réelle concurrence?
  1. Le Brésil est un joueur important et dominant dans la volaille, avec les États-Unis, et un joueur émergeant avec un fort potentiel dans le porc. Nous avons présentement un avantage significatif, car le statut sanitaire de ses troupeaux limite son accès sur plusieurs marchés importants tels que le Japon, la Corée, l’Australie et les États-Unis, entre autres. Il est très difficile de prévoir le temps nécessaire pour que le Brésil corrige ses problèmes à ce chapitre. Ce peut être long. Mais lorsqu’il se sera attaqué à cette tâche, il sera un concurrent redoutable que l’on rencontrera éventuellement partout sur les marchés. Toutefois, le Brésil aura toujours un handicap majeur en ce qui a trait à son positionnement géographique pour accéder aux principaux marchés mondiaux par rapport à ses concurrents, soit les États-Unis, le Canada et l’Union européenne.
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