[NDLR : La chronique Environnement portera désormais le nom Développement durable et traitera en alternance d’envi­ron­nement, d’innovation, d’économie tout en englobant l’aspect social.]

Nombreux sont les agriculteurs qui font de la recherche et du développement dans leur entreprise sans même le savoir. « Ceux-ci prennent un risque pour améliorer l’efficacité de leur entreprise. Notre rôle consiste à minimiser ce risque en allant chercher un remboursement de crédits d’impôt de 25 000 $ en moyenne par année », explique Jean-Pierre Lacombe, directeur général de Groupe Conseil R&D.

Depuis sa création en 2005, le Groupe Conseil R&D, un organisme sans but lucratif (OSBL), a permis de réinjecter 10 millions $ dans les fermes du Québec. Ce n’est qu’un début. Selon M. Lacombe, lui même un producteur laitier, ce montant pourrait atteindre 50 millions $ par année. Une somme loin d’être négligeable dans un contexte où les agriculteurs québécois baignent dans un village global hautement concurrentiel. De 5 à 7 % des fermes du Québec pourraient se prévaloir de ce remboursement de crédits d’impôt.

« On a perdu assez de fermes parce que les agriculteurs ont été laissés à eux-mêmes. Pensons aux nombreux céréaliculteurs qui ont été acculés à la faillite en faisant entre autres des essais de 0 Tilling au début des années 90 », poursuit M. Lacombe. Ce dernier, en mettant sur pied Groupe Conseil R&D, vise à simplifier au minimum la paperasserie et le processus clérical pour un ou une chef d’entreprise : « Tout se transige par l’entremise du comptable de la ferme avec l’Agence du revenu du Canada. » Ceci à une époque où les agriculteurs, sollicités de toute part, inondés de divers programmes, font une sérieuse allergie à tout type de formulaires.

« Notre approche simple, efficace, facilite l’engagement du producteur. On l’accompagne du début à la fin dans une démarche de R&D concrète et payée sur résultat », souligne M. Lacombe. Pour ce faire, le Groupe Conseil R&D a développé un réseau de six centres de service répartis sur tout le territoire de la province. Et une Caravane de l’innovation, pour publiciser ce formidable levier économique, s’est mise en branle en faisant un premier arrêt à l’ITA de La Pocatière le 24 novembre dernier.

Paul Julien, directeur de comptes agricoles, Centre financier aux entreprises Desjardins Côte-du-Sud

Témoignages
Appelé à témoigner de son expérience lors de cette grande première, Alain Dionne, propriétaire avec sa conjointe, Lisette Gagnon, de l’entreprise Les Jardins du Saroit, à Saint-Gabriel de Rimouski, juge que tous les agriculteurs québécois gagneraient à se brancher sur la R&D. La raison : celle-ci permet d’améliorer l’efficacité et la rentabilité de la ferme.

« Contre toute recommandation, j’ai augmenté la densité de mes plants de fraises. Cela a éliminé les mauvaises herbes et j’ai augmenté mes rendements de 100 % », explique ce producteur de fraises, de framboises et d’ail biologiques. En 2008, cet essai de R&D a généré un retour de 9000 $ dans les coffres de l’entreprise. « Si ça n’avait pas marché, j’aurais assumé seul le risque », ajoute-t-il. Confronté cette même année à plus de 21 jours de pluie consécutifs, l’agriculteur a construit des parapluies mobiles pour permettre la cueillette sur les 5 hectares en culture. « Si j’avais investi dans de grands tunnels qui se vendent 100 000 $ à l’hectare, est-ce que j’aurais vendu mes fraises plus cher? Non », poursuit le producteur. En lieu, celui-ci a bénéficié pour son invention d’un remboursement de crédits d’impôt de 20 000 $ en 2009.

Mme Gagnon, sa partenaire, fait remarquer que ces sommes peuvent faire la différence entre une bonne et mauvaise santé financière de leur entreprise maraichère située en région nordique et dont la production n’est pas couverte par l’ASRA.

Toutes productions confondues
Selon M. Lacombe, tous les agriculteurs, peu importe le type de production, peuvent se prévaloir de ce programme de remboursements de crédits d’impôt en R&D, que ce soit par une modification de la ration alimentaire de porcs, de vaches, d’abeilles ou encore d’équipements de ferme.

« Si on fait des modifications dans notre bâtiment parce que les porcs engraissent mal ou mangent leurs queues, on peut être soutenu. Et ces sommes, ça aide à payer la main-d’œuvre! » explique l’ex-président de la Fédération des producteurs de porcs du Québec, Claude Corbeil. Celui-ci, commissaire agricole à la CLD des Maskoutains, était un des conférenciers lors du premier passage de la Caravane de l’innovation à La Pocatière.

La Caravane de l’innovation s’est mise en branle en faisant un premier arrêt à l’ITA de La Pocatière le 24 novembre dernier

M. Lacombe spécifie cependant que le programme de remboursements de crédits d’impôt du Groupe Conseil R&D n’est pas fait pour les Bombardier ou les Olymel de ce monde. Et qu’en mettant sur pied cet OSBL, il n’a pas l’intention de concurrencer les grands cabinets comptables, mais plutôt de combler un vide. Selon lui, les sommes moyennes recueillies de 25 000 $ par entreprise agricole sont loin d’être comparables aux montants perçus par les grandes entreprises qui ont, elles, des unités spéciales vouées à la R&D. Par contre, M. Lacombe croit que le programme va profiter aux agriculteurs-transformateurs, un modèle d’affaire en pleine expansion au Québec.

Claude Corbeil, commissaire agricole à la CLD des Maskoutains et ex-président de la Fédération des producteurs de porcs du Québec

C’est en grande partie la raison de l’inter­vention de Marcel Ostiguy, ex-président et chef de la direction des Aliments Carrière, lors de ce premier arrêt de la Caravane de l’innovation à La Pocatière. « Gérer c’est innover. On n’arrive pas un matin puis on dit on innove. Ça doit faire partie de l’ADN de l’entreprise », dit-il. L’expérimenté homme d’affaires et roi du légume surgelé explique que la formation des employés, que l’on en ait un ou cinq, est une donne aussi essentielle à l’innovation que la recherche d’un nouveau produit. Selon lui, le gestionnaire doit être à l’affut des changements et doit s’adapter sinon les devancer. Dans bien des cas, d’après M. Ostiguy, cela veut dire apprendre à partager le pouvoir, « vaut mieux partager 50 % d’une plus grande tarte que posséder 100 % d’une plus petite tarte. Lorsque Loblaws a acheté Provigo, il nous a fallu revoir nos structures de production chez Aliments Carrière pour passer d’un flambeau québécois à un flambeau canadien ». Ce conseil transposé à la ferme inclut jusqu’à la formation de cumas, aux dires de M. Ostiguy, pour équilibrer le coût de la terre avec celui de la machinerie.

La Caravane de l’innovation parcourra diffé­rentes régions de la province en 2010 pour sensi­biliser les producteurs à ce formidable, mais méconnu outil qu’est le crédit d’impôt en R&D. « Le but est de promouvoir l’innovation à la ferme et, surtout, de joindre la parade », explique Cyrille Néron, directeur service innovation et croissance, Développement durable, à La Coop fédérée. L’orga­nisation a été la première des sept commanditaires à endosser le Groupe R& D.

Pour en savoir plus : http://www.grouperd.org/home.htm

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