Trouver un titre pour un article n’est jamais aisé. Un bon titre résume bien la pensée d’un texte et accroche le lecteur. Il faut tenter d’être court et percutant. Dans le cas du présent texte sur la Ferme Roland Morneau de Saint-Roch-des-Aulnaies, et plus précisément sur sa jeune relève qui tente de s’établir en production porcine, plusieurs titres auraient été possibles, oscillants entre le plutôt fataliste « Garder espoir », le banal, mais véridique « Une famille unie » ou l’original « Le porc sans peur et sans reproche »…

Roland Morneau, Marie-Paule Isabel et leur fils Yvan. Ils sont trois : père, mère et fils. Ils exploitaient, jusqu’en 2006, un élevage de 150 truies, ce qui permettait la production de 3000 porcs annuellement.

Or, les bâtiments d’élevage, érigés en 1977, commençaient à dater. Depuis qu’Yvan avait obtenu son diplôme en production porcine du Centre de formation agricole de Saint-Anselme en 2001, les Morneau songeaient sérieusement à rénover la ferme pour la rendre à la fine pointe des technologies et ainsi améliorer la productivité. Le plan était le suivant : l’ancienne bâtisse qui regroupait la maternité, la gestation et la pouponnière deviendrait l’engraissement, auquel on ajouterait deux chambres supplémentaires. Ensuite, un nouveau bâtiment serait construit et allait devenir la nouvelle maternité-gestation et pouponnière.

C’est donc par ce grand projet que nos trois mousquetaires espéraient faire quatre coups en un, dont voici le détail : 1) améliorer la productivité, comme déjà dit; 2) prendre de l’expansion pour générer plus de revenus et ainsi consolider les activités, un agrandissement d’autant plus justifié que les 105 hectares de terre en culture de la ferme, dont 40 en foin, permettaient de plus grands volumes de lisier à gérer; 3) sur recommandation de leur vétérinaire, dépeupler, faire un bon vide sanitaire et repeupler le troupeau, car dans la dernière année, le virus causant le syndrome reproducteur et respiratoire porcin (SRRP) menaçait de frapper durement. Pour repeupler, les Morneau ont opté pour la génétique de Sogeporc, en l’occurrence la Youna, qui constitue 75 % du troupeau, et la truie hyperprolifique alfa+, deux lignées qu’ils apprécient grandement; 4) enfin, dernière raison et non la moindre, faciliter l’établissement d’Yvan, en lui cédant, dans quelques années, une ferme moderne et performante.

Le désir d’Yvan de reprendre la ferme avalisait en quelque sorte le projet d’expansion, qui a fait passer le nombre de truies à 275 et 6300 porcs produits par année. « Si Yvan n’avait pas montré d’intérêt pour la relève, nous n’aurions pas entrepris le projet de construction-rénovation », confirme Roland Morneau. En juillet 2006, les travaux débutaient. Yvan possède aujourd’hui 20 % des actions de l’entreprise, ce qui lui a permis d’obtenir sa subvention à l’établissement en 2006.

Nuageux avec percées de soleil
Quel temps fait-il au-dessus de la Ferme Roland Morneau? Quelque chose entre « ciel variable » et « nuageux avec percées de soleil », selon Roland et Marie-Paule. « Après la pluie le beau temps? », oserait-on demander? Roland Morneau répond : « Les années actuelles sont ’’exceptionnelles’’… La flambée du prix des grains, la grippe porcine rebaptisée grippe A(H1N1), la récession… Tout cela ne devrait pas durer. Ça ne peut quand même pas empirer! »

Le ciel au-dessus de la Ferme Roland Morneau était éblouissant de bleu ce jour-là, mais autrement, le temps est plutôt nuageux sur la production porcine ces temps-ci, ce qui ne décourage pas les Morneau.

Les Morneau ne s’apitoient pas sur leur sort, sur la guigne qui s’acharne sur leur secteur. Ils font valoir que la situation n’est pas plus rose dans les secteurs industriel et commercial, que chaque secteur de l’économie compose avec ses propres défis, se heurte à ses propres difficultés. On connait toutefois celles du secteur porcin, dont les prix considérablement bas poussent plusieurs producteurs au bord du gouffre. On traiterait alors de fou quiconque voudrait se lancer dans ce secteur.

Et pourtant, Yvan Morneau s’y engage, l’air confiant. « Les entreprises agricoles veulent de la relève, mais les conditions offertes aux jeunes ressemblent plus à de l’exploitation. La qualité de vie ne peut pas écoper indéfiniment », fait valoir Roland Morneau. Chez eux, la fin de semaine sur deux de congé n’est plus négociable! Aussi, durant le temps des récoltes (les Morneau cultivent du blé et du canola sur 60 hectares), un employé vient prêter main-forte aux travaux des champs.

Non, les Morneau ne sont pas découragés de leur situation. On peut même dire que les événements difficiles ont uni les parents à leur fils. Durant la jasette piquée dans la cuisine familiale, les trois renchérissaient à qui mieux mieux les uns sur les autres, complétant ici la réponse de l’un, là la pensée de l’autre. « L’équipe tire dans le même sens », illustre Yvan Morneau.

Une belle équipe, oui, mais qui ne travaille pas ensemble au jour le jour, vu les nombreuses tâches à accomplir. Marie-Paule s’occupe de la maternité, Yvan donne un coup de main en maternité, mais œuvre surtout en gestation et en pouponnière et Roland s’occupe de l’engraissement. À peu près les seuls moments où le groupe collabore sont lors des sevrages, de la vaccination des porcelets et pour le ramassage des roches dans les champs.

Yvan s’occupe principalement des travaux en gestation et en pouponnière, mais aussi en mise bas, pour se faire la main, où c’est présentement surtout sa mère qui officie.

Marie-Paule Isabel et son conjoint Roland Morneau ont mis les bouchées doubles pour rénover et agrandir la ferme porcine pour transférer une entreprise plus performante à leur fils, Yvan.

Réussir impérativement
« Ce n’est pas compliqué », commence Roland Morneau, diplômé du programme de zootechnie de l’ITA campus de La Pocatière en 1973. « Il y a toujours une solution pour qui a la volonté de la trouver. L’un des seuls endroits où on peut encore améliorer notre situation, c’est en ayant d’excellentes performances technico-économiques. Si tu performes plus que la moyenne, tu t’en sors. » Performer, la ferme connaît, elle qui se classe régulièrement dans les trois premières de l’AGREPP Sud-Est (voir l’encadré ci-dessous).

La nouvelle maternité permet d’héberger dans des installations à la fine pointe 275 truies qui produisent des porcelets, engraissés sur la ferme.

Comment la ferme est-elle parvenue à ne pas effectuer de livraisons de porcs pendant les dix mois qu’ont duré ses travaux de construction-rénovation? Vous connaissez l’expression consacrée « se serrer la ceinture »? Voilà une première raison.

En voici d’autres : à 28 ans, Yvan fait déjà preuve d’une très bonne rationalité financière : « A-t-on besoin d’une camionnette de l’année? Pas du tout. La nôtre date de 1992 et est peut-être rouillée, mais encore en parfait état de marche. » Autre exemple de gestion rationnelle : les Morneau font partie d’une cuma – pour un épandeur, un gros tracteur, une charrue, un semoir, un échographe portatif – ce qui allège leurs charges financières en équipements.

Ensuite, durant ces rudes mois sans revenu, Marie-Paule a dû aller travailler à l’extérieur trois jours par semaine pour générer un revenu minimal permettant de faire vivre la famille. Tout cela en continuant à accomplir des besognes comme l’assistance des truies lors des mises bas et l’alimentation des truies en lactation, avant et après son quart de travail…

L’année 2009 marquait un retour à une vie plus normale pour les Morneau, après les soubresauts associés à la construction. Une vie tout ce qu’il y a de plus normal… avec ses 70 heures travaillées par semaine, rien que le double du travailleur moyen qui n’œuvre pas dans le milieu agricole!

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