Le canola est reconnu comme une plante très flexible qui adapte la grosseur et le nombre de ses branches et de ses siliques en fonction de la densité des plants. Cette dernière est influencée par plusieurs facteurs comme le taux de semis, le pourcentage de levée et la proportion de plants qui survivent jusqu’à la maturité. Les taux de levée et de survie sont particulièrement influencés par les conditions de semis et de croissance : le croûtage des sols, la fonte de semis, les insectes de sol, les altises, les limaces, etc. Par conséquent, le taux de semis doit être choisi en tenant compte de ces facteurs, de telle sorte que la densité finale soit suffisante pour assurer un bon rendement.

Une densité trop faible, tout comme une densité trop élevée, aura des impacts sur la productivité du canola.

Densité des plants trop faible
Une densité trop faible se manifeste par un nombre limité de plants par mètre linéaire. Quelques points positifs sont associés à une faible densité de plants. D’abord, elle procure une meilleure aération du feuillage, réduisant ainsi les risques de développement de la sclérotiniose. Ensuite, chez le canola, une moins grande quantité de plants est compensée par des plants plus gros, portant chacun plus de branches et plus de siliques, limitant ainsi les baisses de rendement potentielles. De plus, les branches principales sont plus grosses et plus solides, rendant les plants plus résistants à la verse.

Par contre, plusieurs inconvénients sont associés à une densité trop faible du canola. D’abord, la production de branches secondaires demande beaucoup d’énergie et le développement des plants se fait de façon plus échelonnée dans le temps. Ce phénomène a comme inconvénient d’étaler la floraison sur une plus longue période, ce qui entraîne un risque accru d’infection par la sclérotiniose puisque l’incidence de cette maladie est liée à la présence des pétales de fleurs. Le retard dans le développement des plants se répercute jusqu’en fin de saison où on observe que la maturité est retardée et souvent inégale. En effet, les branches principales qui ont fleuri en premier arrivent à maturité avant les branches secondaires qui ont fleuri plus tard. Ce phénomène peut amener des difficultés au moment de la décision de la date d’andainage et contribue à la présence de grains immatures dans la récolte. Les plants ramifiés sont aussi généralement plus courts et les siliques se retrouvent plus près du sol, les rendant difficiles à récolter.

Une faible densité des plants a aussi l’inconvénient de laisser un long laps de temps avant que la culture ne recouvre le sol. Ceci entraîne des conséquences principalement sur le désherbage des champs. Une culture qui recouvre lentement le sol au printemps laisse le temps aux mauvaises herbes de se développer et certaines peuvent devenir plus difficiles à contrôler. En cas de forte infestation de mauvaises herbes, la culture entre en compétition avec celles-ci pour la lumière, l’eau et les nutriments, ce qui diminue la productivité de la culture. Un autre point à considérer est le risque accru d’érosion éolienne et hydrique puisque le sol reste partiellement à nu sur une longue période de temps, le rendant sensible au vent et au ruissel­lement de l’eau. Tous ces impacts négatifs peuvent entraîner des baisses significatives de rendement et de qualité de la récolte.

Densité des plants trop élevée
Avec une densité des plants trop élevée, on retrouve aussi des points positifs et négatifs. Du côté des points positifs, une forte densité entraîne un développement uniforme des plants qui sont plus compétitifs et qui recouvrent rapidement le sol, ce qui limite le développement des mauvaises herbes et en facilite le contrôle. Les plants denses produisent aussi moins de branches secondaires, ce qui entraîne une floraison plus hâtive et plus courte, diminuant ainsi les risques d’infection par la sclérotiniose. De plus, la maturité est plus hâtive et plus uniforme. Une culture dense a aussi tendance à pousser en hauteur et à produire des siliques dans le haut des plants, ce qui facilite la récolte et limite les pertes de grains.

Des impacts négatifs sont aussi associés à une forte densité des plants. D’abord, un nombre élevé de plants par mètre linéaire occasionne une plus grande compétition entre eux. La perte de plants après la levée est souvent plus grande que ce à quoi on peut s’attendre en situation normale, soit un taux de perte après la levée d’environ 20 %. Le nombre de plants plus élevé diminue aussi l’aération et conserve plus d’humidité dans le couvert végétal, ce qui augmente les risques de propagation de la sclérotiniose. De plus, les plants de canola semés trop densément produisent des tiges fines qui sont moins résistantes à la verse. Finalement, une forte densité des plants de canola n’entraîne pas directement des pertes de rendement, mais elles peuvent survenir indirectement par les différents impacts négatifs mentionnés précédemment.

Quel est le taux de semis idéal?
En fait, le choix d’un taux de semis devrait se faire en fonction de tous les impacts énoncés plus haut et aussi en tenant compte des différents facteurs qui influencent la densité finale des plants au champ. Par exemple, les conditions du sol, l’utilisation de semences traitées ou non contre les maladies et les insectes et le type de semoir doivent être considérés dans le choix du taux de semis. Un taux de semis plus faible peut être envisagé si les conditions sont très propices à une bonne levée et à un taux de survie élevé : les champs doivent être relativement exempts de mauvaises herbes, les risques de croûtage faibles, le lit de semences humide et chaud, la profondeur de semis stable, les semences traitées et le contact sol-semence optimal.

L’Ontario Canola Growers Association recom­mande dans cette province un taux de semis de 3,9 à 5,6 kg/ha à ajuster en fonction des situations et de la grosseur des semences. Dans l’Ouest canadien, le Canola Council of Canada indique que le canola subit des pertes de population plus élevées que les céréales et qu’un taux de semis suffisant doit être prévu afin de minimiser les risques de densité trop faible. Selon eux, lorsque la levée est bonne, on peut s’attendre à obtenir 60 à 80 % de plants viables et 40 à 60 % pour une levée moyenne. Le Canola Council of Canada recommande, pour les provinces des prairies, un taux de semis variant de 5,6 à 9 kg/ha et précise qu’en Ontario, le taux de semis du canola devrait se situer entre 4,5 et 6,7 kg/ha. On indique aussi que si un taux de semis plus faible que 4,5 kg/ha est utilisé, les risques d’obtenir une population trop faible sont plus grands, apportant une panoplie d’impacts négatifs comme ceux mentionnés précédemment.

Au Québec, afin de tenir compte de tous ces facteurs et de nos conditions, le taux de semis recommandé varie de 5 à 6 kg/ha en vue d’obtenir une population finale entre 80 et 120 plants/m2. La décision finale du taux de semis à utiliser se base donc sur une gestion du risque afin d’obtenir une population adéquate. Pour en discuter et pour déterminer le taux de semis à utiliser selon vos conditions, consultez votre expert-conseil La Coop.

Références
Ontario Canola Growers Association, 2008. Canola Growing Guidelines.
http://www.ontariocanolagrowers.ca/Production%20Info/Spring%20Canola%20Grower%20Guide.pdf
Canola Council of Canada, 2003. Canola Growers manual. http://www.canolacouncil.org/canola_growers_manual.aspx

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