Sans l’aide de leurs parents, qui sait si Josée Fontaine et son frère Benoît œuvreraient aujourd’hui en aviculture. Coup de chapeau des enfants au coup de pouce des parents!

Quand, dans les années 50, Marcel Fontaine ramassait, été comme hiver, les œufs des 250 poules pondeuses de la ferme très diversifiée de ses parents à Bolton Centre, près de Magog, il lui arrivait souvent de s’émer­­veiller devant un aussi gros troupeau.

Les temps ont bien changé
Marcel Fontaine et sa conjointe Lucille élèvent aujourd’hui 36 000 poulets et 42 000 dindes par année, en plus de cultiver 100 hectares en maïs grain. Mais ils n’en sont pas arrivés là en criant « oiseau ». La route vers leur ferme de Saint-Ignace-de-Stanbridge, petit bled au sud-ouest de Granby, fut longue.

C’est en 1970 que le couple fait l’acquisition d’une petite ferme mixte avicole et porcine. Il leur a toutefois fallu être décidés pour prendre possession de cette entreprise, qui avait auparavant vu plusieurs anciens propriétaires s’y casser les dents et faire faillite. La promesse d’achat signée de même qu’un acompte versé, voilà l’ancien proprio qui ne veut étonnamment plus vendre! Holà! disent Marcel et Lucille, qui comptent bien s’établir dans ce coin de Brome-Missisquoi. Les choses finissent en cour devant un juge, qui appuie la vente de la ferme.

Mais les Fontaine ne sont pas au bout de leurs peines. En 1972, le drame frappe : un incendie détruit la moitié de la ferme. Les braises encore fumantes, des gens se présentent pour les décou­rager de rebâtir. Entêtés, Marcel et Lucille décident néanmoins de repartir sur de nouvelles bases.

Leur association avec la coopération leur permet ensuite de dégager des profits de leurs lots d’élevage, chose qui n’arrivait jamais avec leur ancien fournisseur privé. Une véritable relation de confiance s’établit avec leur coop – aujourd’hui La Coop Excel, de Granby – qui endosse même leur première marge de crédit de 25 000 $, une rondelette somme pour l’époque, leur permettant de commencer un premier lot à leur compte.

Les exigences environnementales sont un autre défi auquel ils ont su faire face avec brio, eux qui comptent sur plusieurs receveurs. Pour faciliter la gestion des déjections, les Fontaine ont pris les grands moyens, de très grands : un entrepôt à fumier de 18,3 m sur 30,5 m capables de stocker la production annuelle de fumier a été construit. D’une hauteur intérieure de 8,5 m, les camions-bennes (10 roues) déchargent leur contenu sans peine. Finis les amas au champ. Les receveurs profitent d’un fumier très concentré.

Sous le signe du dialogue
« Mon plus grand désir, mentionne Lucille, c’était que les enfants reprennent la ferme, mais qu’ils ne le fassent pas pour nous, mais pour eux-mêmes, en ayant du plaisir à venir y travailler malgré les embûches nombreuses comme les problèmes financiers récurrents et les prix fluctuants. » Pas de bras tordus, pas de destins tout tracés d’avance. Les quatre enfants du couple ont été libres d’épouser la vocation agricole.

Ainsi, Lucille et Marcel Fontaine n’ont pas été assurés de pouvoir compter sur une relève apparentée. Les quatre enfants ont d’abord pris des chemins de travers. Leurs filles Karine et Chantal, respectivement 31 ans et 40 ans aujourd’hui, n’ont jamais vraiment trouvé d’intérêt dans le métier d’agriculteur. Restaient les aînés Josée et Benoît, qui ont finalement décidé de suivre le sillon ouvert par leurs parents.

Depuis plus de 10 ans, la bonne entente règne entre Lucille, Marcel, Josée et Benoît. Ce dernier explique d’ailleurs (sans trop d’éloquence) les trois facteurs qui ont fait du transfert graduel de l’entreprise un véritable succès : discussion, discussion et discussion! Pas de prise de bec, pas de chicane, pas de malentendu. Que de franches discussions et un respect mutuel tangible.

Partis de rien, Lucille et Marcel Fontaine ont fait l’acquisition d’une petite ferme mixte avicole-porcine en 1970.

Autre clé du succès du transfert : une fois une partie de l’entreprise transférée, elle est transférée, merci bonsoir! Autrement dit, la cession sur papier s’accompagne de la passation des responsabilités associées. Marcel Fontaine y tient mordicus : « Une fois les papiers signés, ce sont les enfants qui prennent la relève. »

Les enfants ont donc pu gérer eux-mêmes leurs affaires par une comptabilité séparée. « Même si nous avions une autonomie réduite, elle a toujours été réelle, en créant des divisions à l’intérieur même de l’entreprise, précise Benoît Fontaine. En d’autres mots, j’ai toujours eu de la corde en masse, assez pour me pendre, mais ça n’est jamais arrivé. » Josée ajoute : « De mon côté, cette liberté m’a permis de poursuivre le développement d’une entreprise à mon image. »

Josée et Benoît, l’heure des choix
Josée a toujours été partie prenante des travaux de la ferme, elle qui, dès l’âge de six ans, conduisait le tracteur avec la presse à foin! Elle a étudié l’agriculture au collégial, après quoi elle s’est trempée dans un autre contexte que celui de la ferme familiale, travaillant pendant quatre ans au sein d’une ferme porcine, laitière et céréalière. Non satisfaite, elle décide de quitter le domaine agricole pour un autre : manutentionnaire chez Costco, un poste qu’elle occupera jusqu’à l’aube de ses 30 ans.

Puis arrivent ses 30 ans, premier jalon des remises en question. Une sonnette d’alarme résonne dans la tête de Josée. « J’ai compris que je voulais, à force de travail, pouvoir compter sur quelque chose à moi, relate-t-elle. En continuant comme chauffeuse de chariot élévateur, jamais même une palette ne m’aurait appartenu! »

Coup de pouce du destin : Josée offre de remplacer ses parents désireux de prendre deux semaines de vacances dans le sud. Le déclic est immé­diat. Josée retrouve le bonheur de l’élevage.

C’est Josée Fontaine qui a repris le secteur porcin de l’entreprise, qui compte un engraissement de 950 places.

Six mois plus tard, le 5 septembre 1996, elle devient propriétaire du secteur porcin de l’entreprise.

Puis les années noires de la production porcine déferlent. Josée trime dur, gère serré des bandes d’élevage qui ne la découragent pas complètement, mais qui lui font lorgner de plus en plus du côté avicole, secteur qui, on le sait, profite d’une stabilité des prix et des quantités.

Les Fontaine de Saint-Ignace-de-Stanbridge cultivent 100 hectares en maïs grain et élèvent 36 000 poulets et 42 000 dindes par année.

En 2001, la ferme porcine qui comprenait une maternité, une pouponnière et un engraissement est transformée en un seul atelier d’engraissement de 950 places au premier étage et en un poulailler au deuxième. C’est la deuxième phase de la constitution de la Ferme avicole porcine Josée Fontaine. Elle achètera ensuite par petites tranches successives du quota avicole, pour l’élevage de poulets et de dindes. Le printemps 2010 marquera un nouveau jalon dans son expansion en aviculture. Josée, la calme et posée, qui dégage une confiance en elle tranquille et bien assurée, projette de construire avec l’aide de ses parents un nouveau poulailler de 14 m sur 69 m sur 3 étages, adjacent aux autres installations de Saint-Ignace-de-Stanbridge.

Du côté de Benoît, une autre histoire originale. Seul garçon de Lucille et Marcel, Benoît a toujours eu un petit côté entrepreneur. Notez l’anecdote : à 10 ans, Benoît demande à Marcel de lui vendre une truie. D’accord, dit Marcel, un brin interloqué. Déterminé, Benoît amasse ses sous et paie finalement quelques mois plus tard une truie 150 $ à un paternel de plus en plus décontenancé! Puis tout va comme d’habitude, la truie logeant à la même enseigne, mais répertoriée dans le nouvel « inventaire » de Benoît. Quand elle cochonne enfin ses neuf ou dix porcelets, Benoît accourt, puis réclame son droit de propriété sur la nouvelle progéniture! Il engrange alors les quelques centaines de dollars de la vente des dits porcelets, puis paye à son père le couvert et le gîte de sa truie! Naissance d’un entrepreneur doué en affaires, Benoît Fontaine, propriétaire au final de cinq ou six truies… « C’est ainsi que j’ai pu prouver graduellement ma capacité à bien gérer et à bien réussir, explique Benoît Fontaine. Pour que la suite soit digne du commencement! »

Puis les années passent. Quand même hésitant à embrasser à temps plein la carrière avicole avec des parents encore jeunes, Benoît prend le chemin de Montréal pour deux ans de cégep et quatre d’université. Il enseignera ensuite pendant 10 ans l’histoire et l’économie en secondaires 4 et 5 comme l’autorise son baccalauréat en enseignement, un travail qu’il quittera en septembre 2009, parce que « trop routinier ». Et l’emploi d’aviculteur, pas routinier? « Pas du tout », répond prestement Benoît. À 35 ans, le fruit était mûr.

Depuis le 13 juin 2005, l’énergique et enthousiaste Benoît est propriétaire d’un complexe de quatre bâtiments d’élevage situé à Notre-Dame-de-Stanbridge, bâtiments ayant appartenus à La Coop Excel. Le site permet la production de 1,3 million de poulets! Comment un jeune se permet-il l’achat d’une si gigantesque entreprise comptant trois employés? Grâce à un partenariat avec des coopératives agricoles d’une part (Saint-Damase, Excel et Profid’Or) et avec l’aide de papa et maman d’autre part, qui ont d’abord été financièrement associés à cet achat, puis qui ont mis leur propre ferme en garantie, L&M Fontaine, quand est venu le temps de transférer l’ensemble des actifs à fiston, en août 2008. Lucille et Marcel, des parents qui donnent des ailes.

Les fermes étant toutefois vieillissantes, Benoît s’emploie à les rénover à fond : plus gros silos, nouveaux puits artésiens avec système de traitement complet de l’eau (filtration, adoucissement, chloration, acidification, stérilisation et refiltration), électricité refaite à neuf, systèmes électroniques d’alarme et de contrôle de tous les paramètres d’élevage, nouveau système d’alimentation en eau et en moulée, nouvelle ventilation, isolation plus performante, etc. Le tout permet maintenant l’atteinte de densités d’élevage plus rentables (33 kg/m2).

Voilà. Que conclure de ces deux histoires? Que, comme le veut le dicton, « il ne faut jamais dire Fontaine je ne boirais pas de ton eau »!

La bonne entente règne entre Marcel, Benoît, et ici, Lucille et sa fille Josée. Le respect mutuel est tangible.

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