Question : Comment établir non pas un ou deux, mais bien quatre de ses fils en production laitière?
Réponse : Deux à la fois, des plus vieux aux plus jeunes.
Courrier du cœur : ces deux jeunes hommes sont actuellement célibataires et ne veulent pas le rester toute leur vie! Voici les frères Daniel et Philippe Brillant, respectivement 21 et 23 ans.

Bon, cette réponse manque de justesse parce qu’au fond, il faut des reins solides pour prendre de l’expansion dans le but d’offrir de l’emploi aux quatre jeunes relèves de la Ferme Normand Brillant et fils, à Saint-Fabien, dans le Bas-Saint-Laurent. Les quatre fils des frères Denis et Réjean Brillant voulaient tous vivre de l’agriculture et de l’élevage laitier. Pourquoi leur refuser ce choix? On se plaint que la relève est rare, mais certainement pas au 256 du 2e rang Ouest!

En 1983, Denis Brillant joignait officiellement l’actionnariat de l’entreprise. Son frère Réjean l’imitait quatre ans plus tard. En 1995, leur père Normand se retirait. Une décennie après, c’était au tour de la troisième génération de s’engager : Guillaume, fils de Réjean, obtenait alors 25 % des actions. Trois ans plus tard, son cousin Philippe, fils de Denis, décrochait lui aussi le quart des actions. Le chemin à venir est déjà tout tracé : dans cinq ou six ans, les plus jeunes fils de Denis et Réjean, Daniel et Vincent, devraient pouvoir remplacer dans l’actionnariat leurs paternels respectifs, qui détiennent actuellement chacun 25 % des actions. À terme, il ne restera donc plus qu’une ferme 100 % jeunes, tous détenteurs d’un DEP du Centre de formation professionnelle Mont-Joli–Mitis!

La bande des six
Le processus décisionnel chez Ferme Normand Brillant et fils est hautement efficace et démocratique : on se réunit à six et, assis dans le bureau, on discute franchement. Exemple : pour acheter leur dernier tracteur, Réjean a d’abord étudié la possibilité d’une telle dépense, pour ensuite présenter les possibilités. C’est Denis et Philippe, dont l’expertise est la mécanique agricole, qui ont magasiné le meilleur tracteur pour leurs besoins. Tous en ont par la suite rediscuté pour finalement prendre une décision. Il y a bien eu quelques tiraillements sur la marque de l’engin, mais au moins, la couleur rouge faisait consensus!

Regardez vos doigts : pouce, index, le majeur à l’occasion (le moins possible)… Chacun a une utilité précise, un travail important dont la main profite. Et quand vient le temps d’une tâche collective, tous les doigts mis ensemble sont plus forts qu’un seul. Les six membres de la famille Brillant sont exactement comme les six doigts de la main : chacun se spécialise dans une des facettes de l’entreprise, nombreuses sur une ferme laitière.

Une saine gestion
Quand en 1958 Normand Brillant trayait ses 15 vaches dans son étable de 12 m sur 24 m, une ferme considérable pour l’époque, il se trouvait des cultivateurs du voisinage pour dire que sa ferme était trop grosse ou pour colporter rumeurs de faillite sur rumeurs. En 2010, lorsque l’on voit arriver les quatre silos verticaux, les deux fosses et les deux longilignes étables des Brillant, on pourrait être tenté de se dire la même chose. « Les gens qui ne connaissent pas l’agriculture pensent qu’on est riche quand ils voient l’ampleur de la ferme », dit Denis Brillant.

Et pourtant, si leur ferme se démarque autant, allant jusqu’à remporter la deuxième place régionale au concours de l’ONMA (catégorie bronze), c’est bien parce que les Brillant savent gérer une entreprise, comme en témoigne Sylvain Garneau, agronome et conseiller en gestion au Groupe-conseil agricole de Matapédia-Matane, qui a établi un diagnostic financier de la ferme (voir le tableau ci-dessous). « Les fermes comme celle-là, on les compte sur les doigts de la main. Elles font partie de la crème de la crème. »

Normand Brillant, qui célébrera en avril ses 80 ans, a de quoi être fier : l’entreprise qu’il a fondée est positionnée pour durer.
Les frères Réjean et Denis Brillant sont d’avis qu’une ferme doit être en perpétuel processus de transfert pour assurer sa pérennité. Eux-mêmes ont rendu un fier service à leurs fils en leur transférant graduellement une entreprise rentable et bien gérée.
Ces Ayrshire sont entre bonnes mains.

De 1998 à 2007, le quota de la ferme est passé de 55 à 90 kg/jour. En 2008, nouvelle expansion : les Brillant font passer leur quota à 152,5 kg/jour et mettent en service une étable neuve pour taures et vaches taries. La vacherie est aussi obligatoirement agrandie (voir chronique Construction rénovation de décembre 2008). Pour arriver à réaliser de tels projets, les Brillant ont dû établir un certain nombre de règles de gestion auxquelles ils essaient de ne pas déroger :

• Ils s’assurent de générer un solde d’autofinancement annuel supérieur à 10 % du chiffre d’affaires, ce qui est possible notamment par les sommes économisées en machineries par la participation à une cuma. À plus de 18 000 $, les économies annuelles en machineries parlent d’elles-mêmes. « Cela nous permet d’investir dans des actifs plus productifs qui augmentent réellement nos revenus, comme le quota », justifie Réjean Brillant, le grand argentier de la ferme qui transmet graduellement ses connaissances en gestion (et sa sagesse) à son fils Vincent;

• Pour payer moins d’intérêt, le financement à court terme est privilégié comme c’est le cas du quota que les frères Denis et Réjean Brillant ont déjà financé sur trois ans. On essaie aussi d’autofinancer ce genre d’achat à au moins 50 %; • On tente d’étaler les prêts dans le temps pour dégager des liquidités et éviter la surchauffe des finances en cas d’urgence. Ainsi, en ayant une meilleure marge de manœuvre financière, la ferme peut saisir des occasions ponctuelles comme l’achat d’une maison ou d’un troupeau;

• Quand c’est possible, la ferme profite des escomptes sur certains intrants en achetant en grande quantité (suppléments pour l’alimentation des animaux);

• La ferme ne vit pas au-dessus de ses moyens. Elle aurait pu monter radicalement son niveau d’endettement par la construction d’un salon de traite, mais est demeurée fidèle au système traditionnel qui consiste à traire des vaches attachées. Pour l’instant du moins (la potentielle quatrième génération en décidera!).

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