Le principal outil des agriculteurs, la terre, disparaît à une vitesse effarante autour du globe. Partout, le sol se dérobe sous les pieds de l’homme qui crée deux fois plus d’érosion que l’eau et le vent. Les rendements céréaliers plafonnent, y compris au Québec. Symbole de fertilité des sols, le lombric est le porte-étendard d’une « révolution doublement verte ». Une révolution qui veut augmenter les rendements pour nourrir une population de 9 milliards d’habitants d’ici 2050 tout en incluant le vert de l’écologie. « Agriculture écologiquement intensive », « écoagriculture », peu importe le nom, le concept se situe entre les agricultures intensive et biologique et vise à mieux faire travailler la nature pour le compte de tous. Il intéresse tant les pays riches que pauvres parce qu’il diminue le coût des intrants (engrais, diesel, pesticides) tout en redonnant une santé à une planète intoxiquée.

« Pour des agricultures écologiquement intensives »

Michel Griffon

Le Coopérateur agricole s’entretient avec le chercheur émérite français de réputation internationale, Michel Griffon, auteur d’un nouveau livre Pour des agricultures écologiquement intensives (www.aube.lu.)Depuis cinq ans, en France, la recherche agricole est réorientée à raison de 14 millions $ par année vers ce concept, mariage entre l’agriculture intensive et biologique, qui risque de s’étendre comme une traînée de poudre chez les agriculteurs à l’échelle de la planète.

Le Coopérateur agricole : Rappelez-nous comment notre agriculture actuelle s’inscrit dans la Révolution verte?

Michel Griffon : Ce qu’on appelle Révolution verte c’est la traduction en Inde, aux Philippines et autres pays tropicaux dans les années 60 de la grande transformation en agriculture américaine et européenne débutée en 1920 et 1930. C’est-à-dire une agriculture fondée sur les semences sélectionnées, l’utilisation d’engrais, la préparation du sol avec un labour profond et puis progressivement l’utilisation de produits de traitements phytosanitaires, pesticides, herbicides.

Michel Griffon
  1. Quels buts visaient cette révolution verte?
  • Éliminer les famines dans le monde. À cet ensemble de techniques de production se sont ajoutées des politiques d’appui au développement agricole inspirées du plan Marshall. C’est à dire des crédits de subventions aux engrais et des politiques de prix des denrées qui ont boosté l’agriculture.
  1. Cette Révolution verte aurait-elle atteint ses limites?
  • Cette agriculture intensive a permis de sortir des famines. Les résultats étaient fabuleux, les rendements avaient doublé en dix ans. Mais à partir de 1990-92-93, on a commencé à voir des plafonnements de rendements dans presque tous les pays du monde, incluant l’Europe qui a aussi besoin de rendements élevés pour nourrir sa population. Les États-Unis un peu moins parce que, proportionnellement, ils ont plus de surface de culture.
  1. Cette baisse de rendements à l’échelle mondiale a-t-elle inquiété?
  • Oui. Pour The Conservative Group for Agricultural Research (CGAR), qui est l’organisation internationale de la recherche pour la révolution verte, ç’a été un coup de tonnerre. On s’est dit à l’époque que si la population mondiale continue à monter et que les rendements plafonnent, tôt ou tard il y aura des pénuries et on va se retrouver dans une situation qui était celle des années 60. La crise alimentaire mondiale de 2008 vient nous rappeler que la menace existe toujours.
  1. Qu’avez-vous fait alors?
  • On a inventé le concept Double Green Revolution. Double pour accroître les rendements comme lors de la première révolution verte, mais aussi pour introduire le vert de l’écologie. Pourquoi? Parce que dans toutes les régions où il y a eu la révolution verte, il y a eu des problèmes environnementaux.
  1. Lesquels?
  • Baisse considérable des nappes phréatiques là où on a trop irrigué. Pollution au phosphate et au nitrate par surdoses d’engrais des sols. Dans les pays en développement où l’on utilise sans grande précaution des produits phytosanitaires, on constate des maladies de peaux, des yeux, voire de la cécité. On s’est rendu compte aussi que faire du labour détruisait la vie du sol et que ça émettait beaucoup de GES. Et qu’une grande partie des engrais azotés partaient dans l’atmosphère et produisaient aussi des GES.
  1. Une perte de biodiversité également?
  • Oui. On est passé à des paysages ultra simplifiés. D’immenses champs de blé, de maïs, de monocultures, monovariétales, comme le riz en Inde. On a même perdu une partie des plantes améliorées pendant des centaines de milliers d’années par les sociétés qui nous ont précédés.
  1. Vous référez souvent à l’Inde, mais est-ce que c’est le même constat en France et aux États-Unis et au Canada?
  • Les États-Unis, c’est un peu moins parce qu’on ne met pas les mêmes doses. Mais c’est le même cas en France, dans toute l’Europe du Nord et dans toutes les agricultures intensives en engrais et en produits sanitaires.
  1. Comment ce concept Double Green Revolution a-t-il été adopté en France?
  • Suite à ce que l’on appelle le Grenelle de l’environnement. C’est une très grande négociation qui a eu lieu en 2007 après des phases de grands conflits opposant les agriculteurs aux partis écologistes. On a proposé les thèses de Gordon Conway, un Anglais qui présidait le CGAR.
  1. Quels genres de thèses?
  • Conway a essayé de comprendre comment mieux utiliser les écosystèmes à des fins productives pour faire face à la vague démographique et augmenter les rendements sur des terres cultivables limitées. Il faut trouver des technologies qui ne coûtent pas cher et qui soient « Environementaly Friendly » pour les agriculteurs du monde. On a cherché un mot qui convenait un peu mieux à la situation française. Alors, on a l’a baptisé l’agriculture écologiquement intensive (AEI).
  1. L’AEI est donc un nouveau contrat social entre la France et ses agriculteurs?
  • Oui.
  1. Et vous la définissez comment, cette AEI?
  • C’est une agriculture qui utilise intensivement les écosystèmes.
  1. Se servir des écosystèmes pour mieux produire?
  • Le principe, c’est que vous avez dans la nature beaucoup d’insectes qui tuent d’autres insectes, des oiseaux qui mangent des insectes, ce que l’on appelle des chaînes alimentaires. La connaissance d’un écosystème c’est, par exemple, mettre des arbres dans les champs qui constituent des habitats pour certaines espèces d’oiseaux. Et ces espèces d’oiseaux se nourrissent particulièrement d’insectes et qui contrôlent les populations d’insectes ravageurs.
  1. D’autres exemples?
  • La fertilité du sol est devenue purement chimique, c’est-à-dire que le sol est un substrat à l’engrais. En fait, un sol, c’est un écosystème extrêmement complexe. Il y a tout un cortège d’arthropodes, d’insectes, de nématodes et surtout des milliards de bactéries qui décomposent les plantes pour en faire de la matière organique. Cet humus se décompose à son tour et fournit d’éléments nutritifs les racines des plantes. La question que l’on s’est posée, c’est : est-ce que l’on peut amplifier ces mécanismes naturels?
  1. Et alors?
  • Lorsqu’on arrive à recharger de la matière organique dans le sol, l’eau s’accumule dans les horizons un peu argileux et forme des complexes qui retiennent les ions minéraux et les engrais. Au bout d’un certain temps, dans certains climats, on arrive dans des performances égales ou supérieures à l’agriculture chimiquement intensive.
  1. Le semis direct s’intègre-t-il dans l’AEI?

ÉROSION
pertes de sol/année

• Érosion naturelle (vent, eau)
11 milliards de
tonnes/année

• Érosion anthropique (déforestation,
étalement urbain, labour)
26 milliards de
tonnes/année

(Source : Daniel Nahon)

  • Oui cela fait partie de la famille AEI. Le semis direct a commencé à intéresser du monde parce que ce système suppose une fertilité écologiquement intensive, c’est-à-dire mieux faire travailler entre autres les vers de terre. Cette pratique tombe au moment où il y a eu les hausses des engrais et les hausses du pétrole en 2007-2008. Et le labour coûte très cher en énergie et en pétrole.
  1. Quelle différence faites-vous entre l’agriculture biologique et l’AEI?
  • L’agriculture biologique se distingue de l’AEI au sens où on accepte encore de mettre de l’engrais, mais en complément. De même que l’on accepte de mettre des produits phytosanitaires, mais uniquement pour sauver des récoltes dans des situations très difficiles. Donc, l’agriculture biologique fonctionne un peu comme une direction générale de la recherche.
  1. Ça se traduit comment?
  • L’agriculture biologique est extrêmement exigeante. C’est une bonne direction, mais il ne faut pas non plus se mettre des contraintes trop fortes sauf, par exemple, quand on produit de la salade ou des légumes que l’on mange crus. Par respect pour le consommateur, il faut prendre le maximum de précautions. Mais en AEI, s’il y a une rouille du blé intraitable biologiquement, on fait un traitement phytosanitaire dit raisonnable. On a diminué de moitié l’utilisation des produits phytosanitaires.
  1. Ce nouveau contrat social, 20 % des surfaces agricoles en bio en 2020, 50 % de fréquence de traitements phytosanitaires d’ici la même année, inquiète-t-il les agriculteurs?
  • Il y a des molécules phytosanitaires qui ont été interdites purement et simplement.
  1. Ah oui?
  • Les directives européennes suivent de toute façon. Ça inquiète beaucoup les agriculteurs parce que parfois on va se trouver en situation de manque de molécules pour faire face à des maladies. Il faut penser à l’AEI dans une transition lente. Déjà les gens qui abandonnent le labour ne le font pas sur toute la surface de l’exploitation. Ils ne prennent pas de risques.
  1. D’autres inquiétudes?
  • Les changements climatiques. Il suffit d’une sécheresse pour que les rendements baissent fortement. On fait tout un travail d’analyse des risques.
  1. Et les OGM dans votre stratégie?
  • Notre principe c’est qu’il faut utiliser des OGM qu’en dernier recours lorsqu’il n’y a pas d’autres solutions, ne serait-ce parce qu’il y a une immense opposition de la société en général à la manipulation du vivant. Mais on considère qu’à long terme il ne faut pas se priver d’utiliser des fonctionnalités pour les transférer d’une plante à une autre. Si par exemple, on peut lutter contre la salinité en transférant des gènes de cocotier à une autre plante.
  1. Les pays subventionnent l’énergie fossile à raison de 300 milliards $US par année1. Croyez-vous que l’abolition de ces subventions favoriserait l’adoption de l’AEI?
  • Les agriculteurs français ont une détaxation partielle des carburants. J’y suis totalement opposé. Je pense qu’il faut au contraire que le carburant coûte cher pour évoluer le plus rapidement possible. Par ailleurs, les agriculteurs pourraient shifter vers la production de leur propre carburant, du biodiesel fabriqué à partir de colza ou autres oléagineux.
  1. Ce débat a lieu en France?
  • Oui. C’est un débat qui n’a pas encore débouché sur des mesures de politique.
  1. Selon certains experts, les sols constituent un formidable piège à carbone. Est-ce que les bourses européennes prévoient récompenser les agriculteurs qui augmentent la matière organique de leur sol?
  • Cette question est débattue. Les sols sont des puits de carbone à la condition que les techniques culturales conduisent bien à accumuler le carbone. Mais ce n’est pas encore reconnu par le marché européen et les droits d’émissions. On fait des travaux de recherche en ce sens.

1 BARBIER, Edward. B. Global Green New Deal, mars 2009, UNEP




Champion du semis direct, Jocelyn Michon est un précurseur de l’agriculture écologiquement intensive au Québec et dans le monde. Récipiendaire du prix Cérès Honoris Causa 2010, cet humble producteur déplore le manque de porte-voix au Québec tant dans les établissements d’enseignement agricole, les organisations d’agriculteurs, au MAPAQ, à Québec et à Ottawa, du bienfait économique et écologique du ver de terre.

En 2009, Jocelyn Michon, un des pionniers du semis direct au Québec, a réalisé une économie de 5000 $ en carburant et de 20 000 $ en engrais sur son entreprise de 230 hectares tout en haussant ses rendements. Si on compte les économies de main d’œuvre et d’amortissement de la machinerie, le producteur estime à 65 000 $ l’argent gagné grâce à une prime « vers de terre » soit, 325 $/hectare. Cette prime, croit-il, est à la portée de tous. À condition de comprendre qu’un producteur de grandes cultures est avant tout un « éleveur de vers de terre ».

À mi-chemin entre l’agriculture biologique et l’agriculture intensive le semis direct a pour but de rendre la fertilité naturelle des sols. À l’agriculture biologique, le semis direct emprunte les cultures de couvertures en rotation pour contrôler les mauvaises herbes et empêcher l’érosion. Mais cette technique permet aussi de structurer le sol et surtout, de nourrir entre 400 et 600 vers par m2, l’équivalent de 15 vaches à l’hectare. À l’agriculture intensive, le semis direct pratiqué par Jocelyn Michon emprunte la culture d’OGM et les herbicides, ces derniers produits étant utilisés avec parcimonie.

« Je doute que l’agriculture biologique puisse nourrir une population mondiale grandissante. Dans cette production, on doit s’attendre à des baisses de rendements de l’ordre de 25 à 30 % », explique M. Michon.

Pour cet « éleveur », un sol en santé est un sol que l’on ne remue pas, grouillant de vers de terre. Le lombric n’est que le symbole visuel de la fertilité du sol. Dans une louche de terre qui contient deux vers, on retrouve une cohorte de nématodes, d’arthropodes, plus de 50 milliards de bactéries et le double de champignons dont le rôle vital est d’apporter les éléments nutritifs aux racines des plantes. « Le labour a l’effet d’un tsunami », explique Jocelyn Michon qui a dit adieu à la charrue en 1994 pour la troquer contre un semoir en semis direct.

Ce dernier déplore que le semis direct, qui réduit le nombre de passages de machinerie aux champs, ne se répande pas plus rapidement dans la Belle Province. Selon l’agronome et directeur de Logiag, Jacques Nault, qui a réalisé une étude fouillée1, si les rendements de soya et de maïs-grain, sauf une petite exception, ont plafonné depuis dix ans au Québec, ce serait en partie dû à la compaction et au drainage des sols. (Le poids de la machinerie qui transite dans les champs serait passé de 10 000 à 50 000 lbs2). « Il faut doubler la fertilisation dans un sol compacté tandis qu’un sol en bonne santé réussira un peu comme un athlète olympique », dit-il. À son avis, l’état de santé du sol devrait être incorporé aux recommandations du Guide de fertilisation du CRAAQ.

Pour sa part, M. Michon entend peaufiner la technique de semis direct en réduisant de 60 % à 17 % le passage de machinerie (semoir, batteuse, épandeur) dans ses champs. Il prévoit équiper son tracteur ce printemps d’un système GPS pour repasser chaque année dans les mêmes traces et réduire au minimum de possibles problèmes de compaction. En éliminant le labour et en réduisant les incursions de machinerie lourde aux champs, il entend favoriser la vie et le travail écologique du vers de terre. Du coup aussi, l’agriculteur pompe moins d’énergie fossile et réduit les émissions de GES.

De l’argent jeté à l’eau
En 2008-2009, près de 800 producteurs se sont partagé une prime globale de près de 1,4 million $ pour effectuer une transition de l’agriculture « conventionnelle » au semis direct. En 2009-2010, le MAPAQ estime qu’environ 900 producteurs toucheront près de 1,9 million $. Ce volet du programme Prime-Vert se veut « une introduction » au semis direct selon M. Claude Tremblay, directeur intérimaire de la Direction de l’agroenvironnement et développement durable, au MAPAQ. Le programme Prime-Vert résulte d’une entente fédérale-provinciale, dotée d’une enveloppe annuelle de 50 millions $ pour la période 2008-2013. Les producteurs peuvent faire un essai sur un minimum de 10 hectares et un maximum de 50 hectares sur une période de 2 ans. L’entente prévoit une subvention de 65 $/hectare jusqu’à concurrence de 3500 $ pendant 2 ans.

Les conditions pour toucher ces montants sont de laisser au moins 30 % de résidus sur le sol. « On ne va pas jusqu’à compter les vers de terre », spécifie M. Tremblay.

D’après M. Michon, dans la plupart des cas, ces subventions sont de l’argent jeté à l’eau. Plusieurs producteurs passeraient « au semis direct à temps partiel » pour retourner rapidement au labour. Ce dernier croit que la formation est indispensable pour assurer une véritable transition au semis direct. Il juge que la plus grande difficulté de cette technique, c’est d’analyser ce que l’on a sous les pieds. « Si j’ai des rendements faibles pour ma zone de production, j’oublie le semis direct. J’ai des choses à corriger », dit-il. Parmi celles-ci, le drainage et le pH du sol.

M. Michon pense que les subventions du programme Prime-Vert devraient être versées graduellement sur plusieurs années avec une obligation de persister, l’an trois du semis direct étant jugé critique. « À ce stade, la rotation de cultures blé-maïs-soya est vraiment amorcée », dit-il.

Selon Norman Widman, agronome au National Resources Conservation Service (NRCS) aux États-Unis, les producteurs américains qui s’engagent dans le semis direct pour une première fois le font en moyenne pour une durée de trois à cinq ans. Les aides accordées à cette transition varient entre 37 $ US/hectare et 123 $US/hectare selon la région, le type de sol, et la culture pratiquée. Entre 1997 et 2008, 9239 producteurs ont touché un peu plus de 32 millions $US. Par contre, l’année dernière plus de 5000 producteurs ont signé un contrat pour une assistance de plus de 21 millions $US, soit 65 % de l’aide dispensée au cours des onze dernières années. La raison : « Le Congrès à voté une augmentation des budgets liés à la conservation des sols », explique M. Widman. Du coup, quelque 500 000 nouveaux hectares de terre sont cultivés en semis direct à moyen terme.

Par ailleurs, d’après Glen Shaw, directeur exécutif du Conseil canadien de conservation des sols (CCCS), les céréaliers des Prairies ont embrassé le semis direct sans aucune subvention pour des raisons économiques. « Les fermes grossissent. Leurs propriétaires économisent le diesel en réduisant le nombre de passage de machinerie dans les champs et sur la main-d’œuvre ». Selon lui, le semis direct serait moins populaire dans l’est du Canada, particulièrement dans la production de maïs, à cause de l’accumulation d’eau froide dans les champs au printemps, ce qui en retarde la croissance.

Toutefois, ce problème technique résulte de la compaction du sol et peut se règler grâce à l’utilisation de cultures de couvertures appropriées telles « le radis fourrager qui structure le sol, permet un bon égouttement de l’eau froide au printemps. Cela réchauffe le sol et permet la levée du maïs », explique Jim Hoorman. Ce producteur de grains rattaché au service d’extension de l’Université de l’État de l’Ohio était un des conférenciers à une journée de formation organisée par le Club Action Semis Direct et le MAPAQ au restaurant Ti-Père de Saint-Hyacinthe le 27 janvier dernier. Dans le petit état du Midwest américain, 75 % et 80 % des champs de blé et de soya sont ensemencés respectivement en semis direct et 20 % pour le maïs.

Investir dans la recherche
M. Michon déplore le manque de recherche au Québec en semis direct particulièrement dans les zones d’élevage intensif. « Je parie que le ruissellement de lisier serait moindre chez un agriculteur qui fait du semis direct depuis cinq ou six ans que chez un débutant », dit-il. « Faut documenter ça, mais les fonds de recherche sont rares », admet Aubert Michaud, chercheur en conservation des sols et de l’eau à l’Institut de recherches en développement et en agroenvironnement (IRDA).

De son côté, le directeur général du Centre de recherche sur les grains inc. (CEROM), Serge Fortin, indique qu’il n’y a pas « de projets spécifiques sur le semis direct », mais qu’il se fait un peu de travail sur les méthodes culturales. Le gestionnaire espère voir son budget annuel de 1,6 million $ augmenter lors du renouvellement quinquennal de l’organisme pour la période 2010-2015. Mais il avoue candidement n’avoir jamais entendu parler de « l’Agriculture écologiquement intensive ».

Cabanes de vers de terre entre rangs de maïs. Plus il y en a, plus le sol est en santé.

Photo : gracieuseté jocelyn michon

L’essoufflement du lombric
Âgé de 56 ans, M. Michon quitte, après 8 ans, la présidence du Club Action Semis Direct. Il entend cependant continuer à vanter les mérites du vers de terre à ceux qui viendront fouler le sol spongieux de sa ferme. Mais il constate que, à part quelques exceptions de professionnels convaincus, l’enseignement du semis direct au Québec ferait cruellement défaut. Il déplore aussi que le lombric, à l’heure de grandes réformes des politiques agricoles internationales, ne soit pas devenu l’emblème de Québec et d’Ottawa. Toutefois, en guise de consolation et en plus de sa « prime vers de terre », M. Michon se range aux côtés d’un autre très grand amoureux de cette petite créature révolutionnaire. Il s’agit du père de la théorie de l’évolution de la vie. Un dénommé Charles Darwin.

1 GIGUÈRE, Martine. « Fertilisation et richesse des sols », Grandes Cultures, février 2010.
2 MÉNARD, Odette. agronome, spécialiste des sols, MAPAQ, 27 janvier 2010

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