Si le bonheur est dans le pré, il est aussi dans le rucher, à Sainte-Louise, dans le Bas-du-Fleuve. Propriété de Jean-Marc Michaud et de ses deux fils, Jean-François et Benoit, Le rucher des Aulnaies offre un miel au bouquet de saveurs de bleuets, de trèfles et de multiples fleurs d’été. Le goûter provoque un plaisir qu’une clientèle croissante n’hésite plus à se donner.

Il y a de ces vocations hâtives, de ces passions qui se dessinent très tôt dans la vie et qui ne ternissent pas au fil des ans. Jean-Marc Michaud en est un exemple probant. Il est animé d’une ardeur pour l’apiculture que rien n’est venu altérer. « À 6 ou 7 ans, j’étais déjà maniaque des abeilles », dit-il. Il a eu la piqûre et la lune de miel ne s’est jamais voilée depuis, même si le parcours emprunté n’était pas tracé d’avance.

Acquise par son grand-père, la ferme familiale sur laquelle il grandit lui procure de multiples contacts avec l’agriculture. Cent arpents de terre, des vaches laitières, une érablière, des ruches. À 12 ans, il tire deux vaches avant de se rendre à l’école. Plus tard, il bifurque temporairement de sa trajectoire. Il construit des maisons préfabriquées pour les chantiers de la baie James et bosse dans une fonderie. En 1977, c’est le retour au bercail. Il s’établit sur la ferme que lui transmet son père Adrien. Jean-Marc a toujours l’apiculture dans les veines. Il travaille presque autant que ses infatigables butineuses.

En 1987, il abandonne la production laitière et se concentre à temps plein à la production de miel et de sirop d’érable, les deux seules productions qu’il conserve sur l’exploitation. Puis il acquiert des ruchers. L’entreprise grossit. Il dégage suffisamment de profits pour en vivre convenablement. Jean-François est aujourd’hui à ses côtés et possède 20 % des parts du rucher des Aulnaies qui compte 800 ruches. Benoit, qui en sera bientôt actionnaire, est arboriculteur émondeur de métier et gère l’érablière de 2000 entailles.L’été, il consacre aussi une part de son temps au rucher. En pleine production estivale, l’entreprise emploie également une personne à temps plein et deux à temps partiel.

Le miel est entreposé sous atmosphère contrôlée en baril de 45 gallons (600 à 620 livres nettes de miel en moyenne). À l’état solide, le miel se conserve très longtemps..

Le grand cycle
Fin mars, début avril, les ruches sortent du caveau d’hivernation où elles se trouvent depuis l’automne. Il s’agit d’un entrepôt à atmosphère contrôlée dans lequel elles sont abritées. Le cycle de vie reprend alors son cours. Les ruches sont installées en plein champ, à l’abri du vent, près d’un boisé (de saules ou d’érables à sucre), afin que les abeilles aient accès à du pollen. Au besoin, les propriétaires leur en fournissent sous forme de supplément de sorte qu’elles puissent gagner des forces en attendant de butiner au gré des floraisons.

Les ruches se peuplent rapidement. À plein régime, la reine pond chaque jour 1000 à 2000 œufs, soit l’équivalent d’une fois et demie son poids! L’incubation dure 21 jours. Dès qu’une alvéole se libère, la reine y pond à nouveau. À la fin du printemps, une ruche contient près de 20 000 abeilles. L’été, en juillet, la population triple. Puis elle diminuera jusqu’à environ 30 000 à l’automne alors que s’amorcera le processus d’hivernation.

Début juin, 600 ruches prennent le chemin des bleuetières du Lac Saint-Jean. Les producteurs là-bas les attendent avec impatience. Les abeilles effectueront sans relâche la pollinisation des fleurs qui donneront d’innombrables grappes et colliers de perles bleues. « L’abeille est une pollinisatrice très efficace. Beaucoup plus que les autres insectes pollinisateurs, par exemple, indique Jean-Marc Michaud. Elle permet la production de plus beaux fruits, plus uniformes. »

Les 200 autres ruches de l’entreprise sont disséminées ici et là chez des producteurs agricoles. Elles servent également à démarrer de nouvelles ruches pour compenser les pertes. « On introduit une reine, trois ou quatre rayons d’alvéoles contenant des œufs et des rayons d’alvéoles vides dans une nouvelle ruche, explique Jean-François. Le peuplement commence. La première année, la production de miel est plutôt faible. Elle en est à son meilleur la deuxième année. »

Il n’y a pas que les producteurs de bleuets qui les adorent. Les abeilles du rucher des Aulnaies sont demandées aussi dans les fraisières, vergers, framboisières et champs de fourrages et fleurs sauvages. Des producteurs de bovins de boucherie, de lait, ainsi que des propriétaires terriens apprécient tout autant leur présence. Des producteurs laitiers bios ont mentionné aux apiculteurs qu’ils avaient dénoté, dans leurs fourrages (trèfle, luzerne), un taux de protéine plus élevé que ce qu’ils obtiennent avec la pollini­sation effectuée par les Apis mellifera sauvages ou d’autres insectes.

Les ruches en location au Lac-Saint-Jean sont rapatriées vers la fin juin. On procède alors à l’extraction du miel de bleuet accumulé dans les rayons composés de milliers d’alvéoles. Une ruche produit environ 180 livres de miel par année dont la moitié est extraite, l’autre servant à nourrir la colonie. Après l’extraction, ces mêmes ruches, groupées par 20, sont installées sur des terres agricoles pour assurer la production du miel d’été que l’on commence à récolter vers la 3e semaine de juillet.

L’entreprise tire ses revenus de la location des ruches et de la vente de miel. Près de la moitié du volume recueilli est commercialisé en épicerie et à la ferme sous forme de miel crémeux, de miel en rayon de cire et de miel liquide. Le rucher vend également du pollen et des bonbons. Le reste de la récolte, stocké en barils de 45 gallons, passe par les canaux de mise en marché de Citadelle, coopérative de producteurs de sirop d’érable.

Rappelons que la coopérative des apiculteurs du Québec a fusionné ses activités et son membership avec Citadelle en 2009. Les 55 apiculteurs ont depuis le statut de membre auxiliaire. En matière de commercialisation, rien ne change, car le miel que les apiculteurs ne vendaient pas eux-mêmes était déjà, avant la fusion, commercialisé par la coopérative de Plessisville.

Les équipements d’extraction de miel


Chaque ruche
compte plusieurs rayons comme celui-ci. On dénombre environ 1500 alvéoles (dans lesquelles la reine dépose ses œufs) de chaque côté d’un rayon. Chaque jour, la reine en emplit de ses œufs les deux côtés. Une ouvrière éclora dans une petite alvéole, le faux bourdon dans une alvéole plus grande.

Il n’y a qu’une reine par ruche (voir la photo de droite). Quand les ouvrières réalisent qu’il n’y a plus de reine, elles fabriquent ce qu’on appelle une cellule royale. Elles vont y déposer un couvain (un œuf) de trois jours et l’emplissent ensuite de gelée royale. Quinze jours plus tard, une reine est née!

Les œufs pondus par les reines fin août à la mi-septembre donnent vie, après une incubation de 21 jours, aux abeilles qui, pendant tout l’hivernage, la réchaufferont et la nourriront. Pour ce faire, les abeilles s’alimentent d’un sirop de sucre raffiné fourni par les producteurs. Vers la mi-février, les reines se remettent tranquillement à pondre une nouvelle couvée. La longévité d’une abeille est d’environ 21 jours.

La reine est fécondée une seule fois dans sa vie, en plein vol, par une centaine de mâles, les faux-bourdons. C’est seulement à cette occasion que la reine sort de la ruche. Elle accumulera en elle suffisamment de spermatozoïdes pour être féconde toute sa vie, soit environ deux ans, bien qu’elle puisse parfois vivre jusqu’à quatre ou cinq ans. Lorsqu’il a fécondé la reine, le faux-bourdon meurt.

« Sans ruches, sans abeilles domestiques, il n’y aurait pas suffisamment d’insectes pollinisateurs à l’état naturel pour polliniser toutes les cultures », fait savoir Jean-Marc Michaud. Des données de la Fédération des apiculteurs du Québec indiquent que près de « 40 % des aliments que nous consommons proviennent directement ou indirectement du travail des abeilles par la pollinisation des fruits, légumes et autres plantes ».

Cela fait plus de 30 ans que Jean-Marc côtoie et observe ses petites ouvrières. Et sa passion est toujours aussi vive. Les abeilles lui parlent et il les écoute (oui, oui!), car le son qu’elles émettent témoigne de ce qui se trame dans la ruche et de leur état de santé. Leur comportement en vol autour de la ruche est également révélateur.

Les abeilles sont des insectes sensibles à la qualité de leur environnement. Depuis quelques années, elles sont soumises à de multiples stress, fais savoir le producteur, dont plusieurs menacent leur survie. De récentes études accusent notamment le parasite Varroa destructor, certains virus, la destruction d’habitats, les changements climatiques et les ondes de radiofréquence (qui dérouteraient les abeilles au point qu’elles ne puissent plus retrouver le chemin de la ruche). Résultat : les populations un peu partout dans le monde sont en chute libre. D’après le Bilan Planète 2009 du quotidien français Le Monde : « Aux États-Unis, le taux de perte a atteint 30 % à la sortie de l’hiver 2008-2009. Le Canada a également vu disparaître quasiment un tiers de ses effectifs. En Europe, les chiffres varient entre -10 % et -30 %. »

« On a perdu 18 % de nos ruches cette année, ajoute Jean-Marc, alors qu’il n’y a pas si longtemps, les pertes ne se chiffraient qu’à 2 ou 3 % par année. C’est autant de ruches qu’il faut redémarrer. Sans tous ces problèmes, notre production de miel pourrait monter jusqu’à 160 000 livres par année. »

Malgré tout, les projets qui couvent au rucher ne manquent pas : aménagement d’un vaste magasin dans l’entrepôt, production d’hydromel, achat d’un mélangeur à miel crémeux à plus grand volume pour en accroître la production. Ses deux fils, Jean-François, 29 ans, et Benoit, 26 ans, voient aussi l’avenir d’un bon œil. Ils souhaiteraient éventuellement hausser à 1000 le nombre de ruches. Voilà bien une entreprise qui ne bat pas de l’aile et qui fait le bonheur de ses propriétaires.

Les abeilles sont sélectionnées en fonction de leurs caractéristiques génétiques : production de miel, résistance aux maladies et comportement hygiénique dans la ruche.

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