La phrase est de Christophe Couroussé, directeur des communications du Groupe Terrena, la plus grande coopérative agricole de France : 25 000 membres, 3,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires combiné (2008). Dans le sillon du Grenelle de l’environnement, un nouveau pacte social entre agriculteurs, écologistes et citoyens, conclu en 2007, la coopérative embrasse à bras le corps le concept d’Agriculture écologiquement intensive (AEI).

Ses balises sont clamées par un président de droite, Nicolas Sarkozy, qui prend à son compte un discours de gauche : 20 % du territoire français sera cultivé bio d’ici 2020 et les producteurs, d’ici-là, devront utiliser 50 % moins de pesticides. Les Français, préoccupés par leur santé, applaudissent.

Du coup Terrena met la santé des consommateurs et le développement durable au cœur de sa stratégie d’affaires. « Le développement durable, le consommateur le perçoit comme un atout santé dans le produit qu’il consomme. C’est le moteur de notre démarche », explique Christophe Courroussé. C’est aussi la raison pour laquelle la coopérative ne commercialise pas d’OGM, dont la majorité des membres ne sont ni pour ni contre, mais peuvent très bien se passer de leurs possibles gains techniques et économiques tant que les Français et les Européens n’en veulent pas.

Terrena mise sur une agriculture qui garde un cap sur les rendements, mais basée sur l’écologie et la biologie plutôt que sur la chimie. Cette évolution, juge M. Couroussé, se fera « avec ou sans nous. Je ne peux pas vous dire la date exacte, mais d’ici 10 ou 30 ans, les engrais azotés liés aux énergies fossiles, coûteront très cher. Au pire, les engrais chimiques disparaîtront ». Le pari de la coopérative : inventer des technologies et des méthodes de production qui seront la solution de demain, un moyen de regagner de la valeur ajoutée pour les agriculteurs.

Gestion des sols. La coopérative Terrena entend promouvoir le sans labour : semis direct et couverts végétaux.

Une pompe aspirante à l’innovation
La coopérative a donc créé une équipe-choc composée de six chercheurs en R&D. Leur mission : capter toutes les innovations en matière de production agricole et les transposer chez les agriculteurs avec un objectif de gain envi­ron­nemental et économique. Budget de départ : 2 millions d’euros. Les six chercheurs déploient leurs efforts dans huit thématiques.

1- Nutrition et santé de la plante. C’est le domaine le plus compliqué. Les chercheurs de Terrena tentent d’associer des céréales avec des légumineuses, du blé avec du pois par exemple, de façon à diminuer les besoins en fertilisation azotée. L’entreprise travaille aussi sur des mélanges de variétés pour réduire la sensibilité aux maladies fongiques, à la micorhyzation des plantes, au bio contrôle et à la stimulation du système immunitaire des plantes;

2- Machinisme agricole. L’objectif est de capter les innovations incluant celles des équipements élaborées pour l’agriculture biologique et de les transposer à la machi­nerie de la future agriculture traditionnelle. Terrena veut aussi développer le géopositionnement;

3- Nutrition animale. La coopérative veut déve­lopper l’utilisation des huiles essentielles pour diminuer le recours aux antibiotiques dans les élevages. Elle indique avoir réduit de 50 % les médicaments aux élevages depuis 4-5 ans, en volaille, en porc et en bovins. Réduction de méthane par les vaches;

4- Gestion de l’eau. Terrena travaille sur la qualité du liquide vital notamment par la réduction de résidus phytosanitaires et de l’utilisation de système goutte à goutte en grandes cultures (maïs);

5- Gestion des sols. La coopérative entend promouvoir le sans labour : semis direct et couverts végétaux. Terrena travaille sur des mélanges de cultures (intercalaires) à travers sa société semencière pour structurer le sol, augmenter sa capacité de rétention d’eau, et restituer de l’azote à la culture suivante;

6- Biodiversité. La coopérative s’inspire des travaux réalisés en arboriculture : lutte intégrée, utilisation des insectes auxiliaires, le maintien d’une biodiversité sur un territoire pour limiter la pression de ravageurs. Exemple : des plantations de haies sélectionnées pour leur capacité à héberger des insectes prédateurs;

7- Production d’énergie. Terrena vise à ce que les exploitations agricoles soient productrices et non-consommatrices d’énergie : éolien, photovoltaïque, méthanisation. La coopérative cherche aussi l’utilisation des biomatériaux fabriqués à partir de chanvre par exemple;

8- Les bâtiments d’élevage. Terrena veut réinventer le bâtiment d’élevage, un investis­sement majeur, pour en faire un acteur de la production et non un simple hangar. Exemple : améliorer la santé des animaux en réduisant les salmonelles par la maîtrise d’ambiance et la composition des matériaux bâtiments. Les premiers prototypes seront prêts au printemps prochain.

Terrena parie sur la découverte de solutions rentables où l’environnement n’est pas perçu comme une contrainte et des coûts, mais comme un levier de compétitivité. « Diminuer les besoins d’azote sur une exploitation, c’est la protéger d’un certain nombre de variations des cours mondiaux. Les plus grosses fragilités pour les agriculteurs c’est d’être confrontés à des variations qu’ils ne maîtrisent pas, mais qui sont complètement folles », dit M. Couroussé. Si la coopérative vend des semences, des couverts végétaux et de nouvelles solutions, elle assurera la transition de son propre modèle économique, croit-il. Ce dernier prévoit une période de transition échelonnée sur dix ans, un laps de temps jugé relativement court. La coopérative organise le premier Rendez-vous mondial de l’écologie intensive les 27 et 28 mai prochains pour démontrer ses premières technologies chez un agriculteur qui y a alloué une superficie de 14 hectares.

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