Que peut bien nous apprendre une jeune éleveuse qui gère son entreprise ovine toute seule depuis l’âge de 19 ans? Que sagesse rime aussi avec jeunesse!

Certains événements font vieillir d’un coup, surtout la perte d’un être cher. Quand Meggie Lévesque-Parent a perdu successivement sa mère Marthe en 1999 et son père Réal en 2005, son degré de maturité a bondi.

Heureusement, Meggie avait la ferme dans le sang et la ferme intention d’en vivre dignement. Le legs de ses parents : une entreprise fondée en 1981 et qui, à leur départ précipité vers les verts pâturages, jouissait déjà d’une réputation plus qu’enviable. Aussi dans l’héritage de ses parents : un don pour la gestion.

Une bergerie rentable
Ferme Fleuriault se spécialise dans l’élevage de Dorset de race pure et dans la vente d’hybrides Dorset X Romanov de hauts statuts génétique et sanitaire. Leur troupeau Dorset, l’un des meilleurs au Québec, est relativement fermé sur lui-même. Il a été patiemment construit depuis les débuts de l’entreprise, avec des entrées de sujets sporadiques pour éviter une consanguinité trop élevée. Depuis janvier 2009, la ferme compte même un noyau de 10 brebis Romanov pour autoproduire ses béliers Romanov qui serviront les femelles Dorset.

On connait les avantages de la race maternelle Dorset, l’une des plus populaires au Québec, dont sa longue saison sexuelle naturelle. Chez Fleuriault, par une sélection de longue date sur l’aptitude au désaisonnement, les brebis n’ont besoin d’aucune méthode naturelle ou artificielle d’induction des chaleurs en contre-saison. Conséquemment, le poste de dépenses associé au troupeau et à sa régie (frais vétérinaires, échographies, enregistrements des animaux, frais de reproduction, etc.) s’élève à seulement 6 % du chiffre d’affaires.

Les résultats d’élevage de Meggie, aujourd’hui âgée de 23 ans, et de son conjoint Samuel Labonté sont bien au-delà de la moyenne : rythme d’agne­lage de 1,33 par brebis par année, nombre d’agneaux sevrés par brebis par année de 1,60 et agneaux au poids moyen de 23,7 kg au sevrage (à 50 jours).

Mais plus que le tandem alliant production et productivité, la rentabilité est aussi au rendez-vous : le ratio bénéfice/actifs voisine les 4,5 % en incluant les versements de l’ASRA, un ratio qui demeure faible, mais positif si on ne les inclut pas (une preuve que l’ASRA est indispensable, selon Meggie).

Pour dégager des bénéfices, Meggie joue habil­lement sur les deux tableaux : augmentation des revenus (par une meilleure productivité, car le prix est plutôt figé par l’Agence de vente des agneaux lourds) et contrôle des dépenses. Voyons cela.

Le troupeau compte 450 brebis et 10 béliers, mais Meggie et Samuel aimeraient bien faire passer le nombre de brebis à 600 dans deux ans en agrandissant la bergerie. La section abritant les brebis en lactation a déjà été agrandie de 9 par 12 mètres en 2009 et la ventilation refaite, pour une meilleure santé globale des animaux.

Pour éviter toute impulsivité dans les décisions, Meggie dit tout calculer d’avance avant de faire une dépense. Elle établit d’ailleurs un budget annuel de manière à répartir les achats, à autofinancer les petits investissements et même pour prévoir les imprévus. Son conseiller en financement à la Financière agricole du Québec,

René Deschênes : « Meggie est une bonne gestionnaire. On voit parfois des jeunes qui, lorsqu’ils prennent la relève, accélèrent indûment le développement de l’entreprise, ce qui n’est pas le cas de Meggie. » René Deschênes ajoute : « Pour s’assurer de bons résultats, Meggie n’hésite pas à chercher conseil auprès des intervenants du milieu. » Parmi ceux-ci, l’agronome Stéphanie Landry d’Ovipro, l’organe de services-conseils du Centre d’expertise en production ovine du Québec (CEPOQ). « Stéphanie apporte un œil extérieur bénéfique à l’entreprise, dit Meggie. Par exemple, c’est en discutant avec elle que nous avons décidé de produire de la brebis hybride. C’est l’une de nos meilleures décisions! Les rapports technicoéconomiques nous permettent aussi de nous comparer aux autres entreprises, ce qui est stimulant. »

La moitié des revenus de la ferme provient aujourd’hui de la vente de sujets de race pure et hybrides, l’autre moitié de la vente d’agneaux lourds (90 % des agneaux).

La moitié des revenus de la ferme provient aujourd’hui de la vente de sujets de race pure et hybrides, l’autre moitié de la vente d’agneaux lourds (90 % des agneaux). La majorité des agneaux sont abattus et écoulés par le Centre de transformation de la viande du Bas-Saint-Laurent situé dans la même localité que la ferme, à Saint-Gabriel-de-Rimouski.

Chez Bergerie Fleuriault, la pression de sélection est très forte, pour ne conserver que les meilleurs reproducteurs. Par exemple, sur 100 agneaux femelles, il n’en restera qu’environ 60 une fois complétée la sélection sur la conformation (bons membres avant et arrière, dos fort, bonne dentition et caractères de race) et sur les performances. Pour ce faire, les poids à la naissance, à 50 et à 100 jours d’âge de la totalité des agneaux (Dorset et hybrides) sont colligés et les données sont envoyées au programme GenOvis du CÉPOQ pour le calcul des ÉPD (écarts prévus chez les descendants). Les sujets sélectionnés doivent impérativement avoir un ISM (indice de sélection maternelle) supérieur à la moyenne du troupeau, qui avoisine le 75e rang centile de la race.

Au départ, Meggie offrait une moulée complète aux agneaux en engraissement. Maintenant, quand les agneaux atteignent le poids de 30 kg et jusqu’au poids d’abattage de 47 kg, ils consomment une ration de finition composée d’orge autoproduite (à coût très abordable) et de suppléments protéiques. Autre exemple de gestion serrée : les brebis qui ne sont pas gestantes après une première mise au bélier peuvent obtenir une exceptionnelle deuxième chance, mais pas plus.

« Il faut tirer le maximum des installations, du troupeau et des charges fixes engagées dans la production, pense la bergère, qui détient un DEP du CFA de Mont-Joli et qui étudie en ligne pour obtenir une Attestation d’études collégiales en Gestion d’entreprises agricoles du Cégep Beauce-Appalaches.

Enfin, les investissements au champ ne sont pas négligés. L’atteinte d’un bon pH du sol par un chaulage régulier est une priorité pour la ferme, tout comme l’achat des fertilisants. Avec comme résultat des fourrages dont le taux de protéine varie toujours entre 15 et 19 % et la teneur en ADF entre 27 et 32 %.

Meggie conclut : « La production ovine, c’est bien plus qu’une source de revenus pour nous. C’est aussi une source de plaisir et de bien-être. Et une vraie passion! »

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