Les Racine du folklore
On l’appelle le cultivateur chantant. Louis Racine est à la fois un gardien de la chanson folklorique canadienne-française et un producteur laitier avant-gardiste, chevronné, engagé et visionnaire. Et entre ses deux passions, l’harmonie règne.
Louis Racine a été le porte-parole officiel du Mois du patrimoine 2010 en Ontario français.

Du côté des Racine, on compte de nombreux joueurs de violon. Jeune, Louis apprend à jouer des reels. Sa mère, Pauline, chante. Ses oncles et son grand-père Mathias Charrette aussi. Son père, Alex, a le verbe du conteur. Mais Louis Racine est un gars gêné. « Ben gêné », précise-t-il. À 15 ou 16 ans, il est replié sur lui-même. Trop timide pour sortir, il choisira pour épouse la bonne que sa mère avait engagée à la maison. Louis et Louise auront quatre enfants : Melissa, Christelle, Marc-Antoine et Étienne.

Le chant et la musique sortiront Louis de sa timidité. Il fait partie d’un corps de tambours et clairons, les Compagnons d’Embrun, pendant trois ans. Il y joue du soprano. Mais plus que tout, Louis aime chanter. Les chansons que ses oncles et son grand-père chantaient. Il chante par pur plaisir. En travaillant, en soignant et trayant les vaches, au champ, pour la famille. Il renouvelle régulièrement son répertoire en puisant dans celui de sa parenté. « J’ai zéro mémoire, dit-il. C’est à force de les chanter au quotidien que j’ai réussi à apprendre les chansons. Je pouvais les emporter avec moi, partout. » Un jour, sa mère, qui a depuis longtemps reconnu son talent, l’emmène au festival Mémoire et Racines, à Joliette.

Lanaudière est un grenier du folklore. Au festival, lors d’un atelier de chansons à répondre, Normand Miron, du groupe Les Charbonniers de l’enfer, et Jean-Paul Guimond, un autre grand nom du folklore canadien-français et cultivateur de Wottonville, sont heureux de retrouver la chanson La bergère, que Louis chantait. C’est un succès. On lui demande s’il a un album. « Non, je suis cultivateur », répond-il.

« Je me suis toujours senti comme un artiste imposteur, dit Louis, car le répertoire que je chante provient de ma région, de ma famille. Toutes les chansons sont traditionnelles et n’ont pas d’auteur. On ne peut donc en tirer des droits, sauf pour les arrangements et l’orchestration. C’est pourquoi je ne me considère pas comme un artiste, parce qu’anciennement tout le monde faisait ça. Le traditionnel, c’est le cultivateur qui en est le gardien. La moitié du répertoire de La Bottine souriante provient des producteurs agricoles. Les producteurs ont gardé le traditionnel vivant. Ça prend des gars de la terre. »

« Le Québec regorge de musiciens. Et beaucoup de producteurs agricoles chantent et jouent d’un instrument, fait savoir Louis. Il faut y faire plus attention, au traditionnel. C’est la mémoire collective. » Le répertoire de Louis Racine, que Lucien Ouellette est venu enregistrer à plusieurs reprises, est conservé au Musée canadien des civilisations, à Gatineau.

« S’ouvrir à d’autres cultures, c’est très bien, enrichissant, essentiel. Je n’ai rien contre, au contraire, mais pourquoi est-ce qu’on cache notre culture traditionnelle? “Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient”, disait mon grand-père. »

Toutes les vaches portent un podomètre relié à un ordinateur qui enregistre leur activité. Une activité accrue est signe que la vache est fort probablement en chaleur.

La station de radio CFNJ, à Saint-Gabriel- de-Brandon, fait la promotion de la musique traditionnelle, chaque jour, de 16 h à 17 h : Les Batinses, Le Vent du Nord, La Bottine Souriante. « Le succès du groupe Mes Aïeux indique bien que le public apprécie cette musique, dit Louis. On pourrait donc en faire jouer davantage. Ça nous appartient, c’est nos chansons. Il y a des grands, dans ce milieu. Les radios francophones devraient diffuser des chansons françaises, mais la radio ne nous appartient plus. »

Son premier album, Les navos (un vieux mot d’une chanson de son oncle qui signifie navets, ou la poitrine d’une dame…), est lancé en 2003. « Pis ho, ho, ho, que vos navos, madame, ho, ho, ho, que vos navos sont beaux… » Cette chanson a largement été diffusée à la radio. Son nom s’est alors mis à circuler. Il donne des spectacles avec sa famille au festival L’écho d’un peuple, à Casselman. Louis formera, en décembre 2006, son propre groupe, La Ligue du bonheur. Le premier spectacle du groupe a été présenté au Métropolis, à Montréal; il partageait la scène avec les célèbres groupes La Bottine Souriante, Les Batinses, La Volée d’Castors et Le Vent du Nord.

Du folklore au modernisme
La ferme Racine, située à Casselman, dans l’Est ontarien, a été fondée en 1871. Elle était établie alors dans le lot 6, d’une superficie de 81 ha. Selon les registres originaux que possède toujours la famille Racine, la terre a été payée 250 livres. Louis Racine, 47 ans, sa sœur Francine, 55 ans, illustratrice et présidente du conseil de la coopérative AgriEst, et leur frère Jean-Charles, 57 ans, représentent la cinquième génération. Les terres en culture de maïs, soya, orge et luzerne s’étendent aujourd’hui sur 162 ha.

En août 2008, les bâtiments de la ferme sont ravagés par les flammes. Un problème électrique. La perte est totale. Animaux et bâtiments. Un désastre. Les trois frangins reconstruisent l’année suivante. Louis a entièrement géré la construction. Un bâtiment pour les vaches laitières et les sujets de remplacement de 135 mètres sur 32. À cette étable s’ajoutent un salon de traite pouvant recevoir 24 vaches à la fois ainsi qu’une maternité pour vaches prêtes à vêler et une pouponnière pour les veaux. Tous ces bâtiments sont munis d’éclairage, de ventilation, de systèmes de nettoyage et de murs « gonflables » réglés par ordinateur. Pour économiser des pas, beaucoup de pas, Louis y circule en Segway, un véhicule électrique monoplace. « Après l’incendie, j’ai eu la chance, si on peut dire, de repartir en neuf », indique Louis.

Louis Racine et La Ligue du bonheur
Les deux albums que Louis  a lancés : Les Navos, en 2003,  et Que du bonheur pur avec  son groupe, La Ligue du  bonheur (ci-contre), en 2008

Les deux albums que Louis a lancés : Les Navos, en 2003, et Que du bonheur pur avec son groupe, La Ligue du bonheur (ci-contre), en 2008.

Sites Internet à consulter : www.louisracine.com http://www.myspace.com/
laliguedubonheur
http://imagesetmusiques.free.fr/
setcarre.html

Louis joue de la guimbarde, accordée dans différentes tonalités (A, C, G), ainsi que des côtes de vache (ou bâtonnets de bois). Comment savoir si tu peux jouer des côtes de vache? « Tu tiens le squelette d’une vache par le
« rinquier » (la colonne). Tu l’secoues jusqu’à ce qu’il ne te reste que quatre os. Là, tu peux dire que tu peux en jouer. » Traditionnellement, on utilisait des os de chevreuil.

Louis a récemment remporté le Billochet du conteur, un prix décerné par le Centre franco-ontarien de Sudbury à celui qui a contribué au maintien de la tradition orale. Un billochet est un petit billot. Celui qu’on met devant le poêle pour s’asseoir et conter des histoires.

Le nouveau troupeau est composé de 114 vaches laitières. Il est séparé en quatre groupes : « fraîches vêlées », fortes productrices, fin de production et celles dont on surveille les chaleurs. Toutes les vaches portent un podomètre relié à un ordinateur qui enregistre leur activité, notamment leurs déplacements. Une activité accrue est signe que la vache est fort probablement en chaleur.

L’alimentation est servie sous forme d’une ration totale mélangée. Le mélangeur est relié au silo à grains par un système de communication sans fil. Si la recette est modifiée, l’information est transmise automatiquement à la balance du mélangeur.

La gestion est une priorité absolue pour le cultivateur chantant. Louis veut configurer sa ferme comme une usine. Rien de moins. Que toute l’information soit centralisée à un seul endroit. Et qu’il puisse y avoir accès partout en tout temps. Des données, compilées sous forme de graphiques, fourniront de l’information sur la ventilation, l’alimentation, l’éclairage. Tout pour maximiser la production de lait, l’efficacité et la rentabilité de l’entreprise. Les Racine veulent notamment réduire sensiblement la consommation d’électricité de la ferme en s’assurant de l’utilisation optimale de tous les moteurs qui s’y trouvent. On mise aussi beaucoup sur la salubrité du lait produit. Bref, une gestion intégrée. Totale. « Il faut informatiser les entreprises et contrôler tous les paramètres, dit Louis. L’information permet de prendre des décisions éclairées. C’est l’avenir de nos fermes qui est en jeu. »

La ferme est d’ailleurs dotée d’un système de caméras que l’on peut relier à un ordinateur portatif qui permet de voir, à distance, les différentes sections du bâtiment. Son frère Jean- Charles, en vacances en Floride au moment de l’entrevue, faisait régulièrement sa tournée virtuelle des lieux.

Du modernisme au folklore
La nouvelle étable a fait place à des lieux qui facilitent les rapprochements et l’échange. Une vaste et confortable cuisine y a été aménagée. Au-dessus, une salle de réception pour y danser des sets carrés et organiser des soirées de contes pour les amis, la famille, les invités. Oui, Louis Racine est aussi conteur. Sa fille, Melissa, diplômée du collège Lionel-Groulx en techniques professionnelles de musique et de chanson, a son propre groupe de folklore, Le Diable aux Corsets. Elle joue du piano et accompagne son copain, Tommy- Dave Harrisson, joueur de guitare et de mandoline, lors de ces soirées. L’autre fille de Louis, Christelle, a obtenu son baccalauréat en biochimie à l’Université d’Ottawa en avril 2009. Elle travaille deux jours par semaine aux dons de corps à la Division d’anatomie clinique et fonctionnelle, à la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, ainsi qu’à la ferme familiale quelques jours par semaine. Elle aime toujours le contact avec les animaux.

Louis fait partie du Cercle des conteurs de l’Est ontarien. Il a connu Fred Pellerin avant qu’il ne soit populaire. « Je l’ai vu à Joliette, au festival Mémoire et Racines. On était cinq devant lui. C’est lui qui m’a montré comment construire un conte. »

Le troupeau laitier de la Ferme Racine compte 114 vaches en lactation. La nouvelle étable de 132 mètres sur 32 les loge confortablement.
Le Segway, un moyen efficace de sauver des pas et du temps.


Le salon de traite permet de traire 24 vaches à la fois. Ci-dessus, Louis, sa soeur Francine et leur père, Alex.

Autre corde à son arc : les sets carrés. Les fameuses square dances, qui tirent leur origine des États-Unis, et que l’on danse chez nous depuis des lustres. Louis anime des ateliers dans les écoles primaires. Il enseigne le call et les figures de danse : l’oiseau dans la cage, dip and dive, le grand carré, le set à Fernand, la chaîne à pivots ainsi que plusieurs autres. Les enfants, comme les professeurs, en raffolent. Louis s’est donné pour mission de faire connaître cette forme de danse. À preuve, il n’a pas hésité à faire 12 heures de voiture pour se rendre à Wawa, au centre de l’Ontario, pour faire partager sa passion. Il a même effectué une tournée de trois semaines – spectacles de La ligue du bonheur la fin de semaine et enseignement dans les écoles la semaine –, qui l’a mené à Hearst, Chapleau, Timmins, Chatham et Toronto. « Dans deux ans, quand mes garçons, Étienne et Marc-Antoine, reviendront à la ferme après leurs études en agriculture au Campus d’Alfred, de l’université de Guelph, j’aimerais faire une tournée d’un mois dans les écoles. »

« C’est le retour du traditionnel, dit-il. Sur le Plateau-Mont-Royal, en plein cœur de Montréal, 500 jeunes se rassemblent chaque mois pour danser des sets carrés. Les sets carrés sont faciles à apprendre. C’est un beau moyen de communiquer. On se prend la main, on fraternise, on se regarde, puis on cause. L’Association québécoise des loisirs folkloriques (AQLF) organise d’ailleurs des soirées dansantes toutes les fins de semaines dans différentes régions. »

« Je n’a pas d’instruisance ben ben, dit-il en empruntant le vocabulaire qu’il utilise dans ses contes. Avec la musique, je décroche. Le folklore, j’ai confiance que ça va revenir. Il n’y a qu’à voir le nombre de groupes qui se forment. Ce n’est plus jugé kétaine. » En février 2010, Louis a été porte-parole officiel du Mois du patrimoine en Ontario français. Avec La ligue du bonheur, il a récemment donné une série de cinq concerts au Festival des voyageurs, événement francophone tenu à Winnipeg, une ville qui se trouve à la croisée de plusieurs rivières autrefois empruntées pour accéder à la baie d’Hudson ou aux Grands Lacs. « Le traditionnel, c’est pas seulement pour le temps des Fêtes, dit-il, c’est à l’année. »

Alimenter pour une production harmonieuse Par Dominic Bélanger, agr.
Directeur des ventes, Regroupement des frontières

Les veaux :
Bovo XLR ACC
Goliath 19 % Deccox

4-14 mois
Maïs humide
Foin sec mélangé
Ensilage demi-sec
de légumineuses
Goliath 40 % Bovatec

14 mois-vêlage
Ensilage de maïs
Foin sec mélangé
Ensilage demi-sec
de légumineuses
Minéral pro-taure Bovatec

Vaches taries
Ensilage de maïs
Foin sec mélangé
Minéral pour vaches taries

Vaches en prévêlage
Ensilage de maïs
Foin sec de graminées
Maïs humide
Pré-vêlage 21 %

Vaches en lactation
(groupe de base)
Ensilage demi-sec
de légumineuses
Ensilage de maïs
Soya micronisé
Supplément VIP Nº 15
(supplément 40 %
+ fortifiant 6-2 + sélén’or)
Maïs humide

Vaches ayant récemment
vêlé

RTM (groupe de base)
Ajout de :
foin sec
supplément VIP No 15
soya micro
maïs humide

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