Pour un sevrage à trois semaines, obtenir 70 kg en porcelets, c’est un bon objectif, 75 kg, c’est mieux, et 80, c’est excellent. Pour atteindre ce genre de performance, aucune erreur n’est permise. Il faut une maîtrise parfaite de l’environnement immédiat de la truie et un bon programme alimentaire.

a composition de l’aliment servi en période de lactation constitue un élément important. Si elle est laissée au hasard, les performances risquent de ne pas être au rendez-vous. Pire encore, le coût de l’aliment ne sera pas optimal, et le prix de revient du porcelet sera inutilement augmenté. La composition d’un bon aliment lactation doit avoir fait l’objet de plusieurs études et ne doit pas être improvisée. Les différents ingrédients qui le composent doivent avoir été choisis et leur préparation, étudiée. La ferme de recherche CRF de Frampton permet au réseau La Coop d’offrir ce type d’aliment et de programme alimentaire.

D’abord, le choix des ingrédients. Certains sont choisis pour leur apport en énergie (les céréales ou les huiles), certains pour leur teneur en protéine (tourteau de soya, tourteau de canola) et d’autres pour aider à limiter le coût du mélange (coproduits tels le gru, le gluten, les drèches et les écales de soya, qui sont aussi d’excellentes sources de fibres). Bien qu’il faille utiliser des coproduits pour contrôler le prix de l’aliment, leur choix doit être fait judicieusement. Une étude que nous avons menée sur le sujet nous démontre que si le coproduit n’est pas choisi selon ses caractéristiques (sa composition, son contenu en facteurs antinutritionnels) et utilisé en deçà d’une certaine quantité, les performances de la truie et des porcelets peuvent être compromises (tableau 1).


Il est donc important de bien connaître l’effet de chacun des coproduits offerts sur le marché afin de contrôler le coût de l’alimentation sans nuire aux performances.

La préparation des ingrédients (mouture) avant leur mélange a fait l’objet de plusieurs études. L’obtention d’une taille des particules spécifique revêt son importance, puisqu’elle a une incidence sur le coût de production de l’aliment et les performances des animaux : moudre trop fin augmente la quantité d’énergie utilisée à la meunerie, tandis que moudre trop grossier réduit l’utilisation que font les truies des ingrédients inclus dans l’aliment. Nos recherches démontrent que l’obtention de granules de 800 à 1000 microns est l’idéal pour les aliments des truies en lactation.

La présentation finale de l’aliment est aussi un élément dont il faut se soucier. Le cube permet de meilleures performances, comme le démontrent les résultats d’un de nos essais présentés au tableau 2. La prise alimentaire est améliorée (aliment plus dense) et les pertes de poids et de gras dorsal chez la truie sont moindres, signe aussi d’une meilleure utilisation de l’aliment.

La présentation en cubes permet aussi d’utiliser des ingrédients avec la bonne taille des particules sans avoir de problème de « comportement » de l’aliment à la ferme (séparation des particules de différentes densités et de différentes formes, écoulement incorrect dans les équipements, etc.).

L’absence de contamination des aliments par les mycotoxines est un objectif que nous devrions tous rechercher lors de la conception d’un aliment pour truie en lactation. Malheureusement, il sera très difficile à atteindre cette année : l’été 2009 ayant été très humide, plusieurs ingrédients actuellement sur le marché sont contaminés. Que faire alors? La seule chose possible pour éviter les pertes de performance en maternité, c’est de contrôler le degré de contamination des ingrédients à l’achat et d’essayer de formuler un aliment contenant moins de 1 ppm de contaminants. Peut-on se tourner vers les agents liants pour contrer les effets négatifs de la présence de vomitoxine? Nos propres essais avec les liants ont donné, comme plusieurs autres essais rapportés dans les articles scientifiques, des résultats décevants. Inutile de dire alors que l’achat de tels ingrédients est à remettre en question.

La quantité d’énergie et de protéine que doit contenir un aliment lactation est aussi très importante pour l’obtention d’un haut niveau de performances au sevrage. Un de nos essais portant sur le sujet nous a donné des résultats intéressants. Il démontre qu’il n’est pas nécessaire d’utiliser l’aliment le plus concentré du marché pour obtenir les meilleurs résultats.

L’utilisation du niveau le plus élevé d’énergie n’a pas permis l’amélioration des performances de lactation. Il en résulte donc une augmentation inutile du coût de production des porcelets .

Au même titre que pour l’énergie, l’utilisation d’une quantité de lysine très élevée ne permet pas toujours d’améliorer les performances techniques des animaux (tableau 4). L’utilisation de rations contenant une quantité de lysine majorée n’a pas permis d’obtenir une performance supérieure. L’ajout de lysine (ou de protéine) à la ration n’est donc pas toujours nécessaire. Si de telles vérifications ne sont pas faites avec la génétique utilisée aujourd’hui et dans nos conditions d’élevage, il peut en résulter une augmentation du coût de production et des rejets d’azote dans l’environnement. La réalisation de tels essais nous permet de mettre ce qu’il faut en énergie et protéine dans notre aliment lactation, juste ce qu’il faut... et pas plus.

Nous avons aussi vérifié le ratio de différents acides aminés (tryptophane, arginine) présents à l’intérieur de l’aliment par rapport à la lysine présente. Encore une fois, nous avons obtenu des résultats intéressants qui nous ont permis de mieux adapter notre façon de formuler pour assurer l’atteinte de meilleures performances.

Enfin, on ne peut terminer cet article sans parler de constipation. Malheureusement, autour de la mise bas, toutes les truies ont tendance à en souffrir, et bien peu de gens ont une idée claire du nombre de truies qui en sont affectées et de la durée du problème. Nos travaux nous ont permis de voir que toutes les truies en sont affectées à un degré plus ou moins important. À notre grand étonnement, nous avons constaté que plus de 31 % des truies sont constipées pendant une durée qui excède cinq jours; cette proportion est encore plus élevée chez les cochettes. Si rien n’est fait pour enrayer ce problème, les performances de lactation seront réduites (tableau 5).

Lorsque la constipation perdure au-delà du cinquième jour de lactation, la prise alimentaire totale est réduite de plus de 20 % par rapport à celle des truies qui sont peu affectées. Nul besoin de rappeler que cela nuit aux performances de croissance des portées et à l’état de chair des truies. Il faut donc travailler à réduire ce phénomène.

Une des façons de contrer la constipation est d’ajouter des fibres en supplément de couverture autour de la mise bas. Notre essai avec le Transit (source de fibres) a donné d’excellents résultats. Avec ce produit, l’indice de production de matière fécale des truies entre les jours - 3 et + 3 s’est amélioré numériquement à tous les jours. Certains jours, l’amélioration a même été significative. En d’autres termes, la production de fumier a été plus abondante, signe que la constipation était moins présente. Chez les truies recevant le Transit, nous avons obtenu une meilleure prise alimentaire (+ 3 %), une perte de gras dorsale inférieure (-11,8 %) et des porcelets plus lourds au sevrage (+ 120 g). Il est aussi possible de diminuer l’incidence des constipations en retardant le transfert des truies de l’aliment gestation (plus fibreux) vers l’aliment lactation au jour 3 après la mise bas.

Au terme de tous ces travaux, nous sommes en position d’offrir un aliment qui n’est pas le fruit du hasard ni une improvisation. Beaucoup de recherche et d’efforts sont inclus dans le produit afin de vous permettre d’obtenir les meilleures performances techniques et économiques.

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