La naissance de l’agroenvironnement en tant que service à part entière dans le réseau des coopératives date de 1997. Plusieurs réglementations environnementales plus tard et devant un contexte agricole et économique mondial en mutation, le temps est venu de se remettre en question. C’est pourquoi le réseau a amorcé l’automne dernier une réflexion structurée sur le devenir de son Service de l’agroenvironnement.

Il y a plus de 10 ans déjà, le réseau coopératif se dotait de ses premières ressources dédiées à l’agroenvironnement. Une nouvelle législation environnementale venait maintenant encadrer les pratiques agricoles.

Ces nouvelles règles imposaient non seulement certaines contraintes, mais apportaient également son lot de paperasse administrative. L’arrivée du Service de l’agroenvironnement, conformément à la mission des coopératives, avait pour objectif de répondre aux besoins de leurs membres. Le mandat principal des conseillers était alors d’assurer la réalisation de plans agroenvironnementaux de fertilisation (PAEF), d’accompagner les exploitations agricoles lors de demandes de certificats d’autorisation, mais également d’informer et de sensibiliser les producteurs à la réglementation environnementale en vigueur et aux pratiques respectueuses de l’environnement.

Trèfle blanc semé en culture de couverture dans un champ de blé afin de réduire les risques de fusariose.

Avec une équipe de quelques personnes à ses débuts, le réseau La Coop compte aujourd’hui plus de 40 experts-conseils en agroenvironnement qui réalisent environ 3200 PAEF et autant de bilans de phosphore annuellement. Même si la réalisation des PAEF demeure leur activité principale, plusieurs autres services, en fonction des coopératives, sont offerts, notamment l’agriculture de précision, le service d’agrométéo, la réalisation de plans de ferme géoréférencés, la tenue de banque de receveurs et l’aménagement des cours d’eau. Les principales fonctions du Service de l’agroenvironnement à La Coop fédérée consistent à conseiller et assister depuis le début les experts-conseils du réseau, et ce, à plusieurs niveaux : veille technologique et légale, formation, suivi et validation de procédés de traitement des fumiers. Au fil des années, l’étude de projets agroénergétiques (utilisant de la biomasse agricole) a occupé une place de plus en plus importante : études de projets de méthanisation centralisés ou à la ferme, installations de murs solaires, combustion de litière, tout cela en partenariat avec les secteurs universitaires et industriels. À cet égard, le fait que le Service de l’agroenvironnement ait joint le Secteur du développement durable en 2007 (composé en outre des services de l’économie, de l’environnement et de l’innovation et de la croissance) a permis de générer de nouvelles synergies et opportunités. De beaux exemples : le travail de soutien aux travaux du Service de l’innovation et de la croissance dans le développement de projets concrets dans les énergies renouvelables; la participation au volet agricole des projets portant sur l’efficacité énergétique et les gaz à effet de serre ou encore le projet pilote « notation développement durable » qui se déroule auprès de trois coopératives du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Contexte
L’environnement devient aujourd’hui, dans tous les domaines, un incontournable, et l’agriculture n’y échappe pas. Directement ou indirectement. Elle fait maintenant face à de nouveaux enjeux dont l’incidence est planétaire : mondialisation de l’agriculture, raréfaction des ressources fossiles, prix de l’énergie à la hausse avec, comme conséquence, l’augmentation du coût des intrants, changements climatiques, gaz à effet de serre et qualité de l’eau sont les principaux défis auxquels l’agriculture doit faire face. Si ces enjeux ont une incidence majeure sur les façons de faire l’agriculture, ils pourraient également apporter des occasions sans précédent aux producteurs qui choisiront de jouer le jeu du changement. Le défi : trouver et valider des outils et des méthodes permettant de diminuer l’impact de l’agriculture sur l’environnement et sur la société tout en augmentant la productivité et en s’assurant de la rentabilité du producteur agricole. Rien de moins. C’est le pari de l’agriculture durable.

Le mémoire de La Coop fédérée déposé devant la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire du Québec en 2007 en faisait déjà état. Le contexte agricole québécois et mondial a changé et nous devons nous adapter.

L’exemple français, une fenêtre sur l’avenir?
Les liens tissés depuis quelques années avec le mouvement coopératif agricole français (InVivo et trois de ses coopératives membres, soit nouricia, Terrena et CoopAgri Bretagne) a permis de valider cette amorce de changement. La vision de ces coopératives est de positionner l’agriculteur comme un fournisseur de solutions aux nouvelles attentes de la société, et non plus comme une victime de la réglementation. L’agriculture écologiquement intensive est un concept adopté en France qui fait le pari de « produire plus, produire autre chose et produire autrement » 1.

La réflexion sur l’avenir de l’agroenvironnement
Une démarche de réflexion s’est amorcée en 2009. Première étape : travailler sur nos façons de faire pour améliorer nos services actuels. Ensuite, étudier les différentes pistes de services à offrir aux producteurs agricoles et élaborer une proposition de révision d’offre de service au réseau.

De façon générale, une nouvelle offre de service devrait se faire en synergie avec les autres secteurs de la coopérative, en apportant des solutions durables (notions économiques, environnementales et sociétales) et en se basant sur un conseil appuyé par la recherche dans des domaines innovants. À cet effet, le Service de l’agroenvironnement travaille déjà étroitement avec celui de l’innovation et de la croissance de La Coop fédérée afin de mesurer les impacts environnementaux des nouveaux projets ou technologies, mais également de faire le pont entre ces projets et leur application à la ferme. Une offre de service bonifiée tirera profit des différents projets en cours au Secteur du développement durable de La Coop fédérée, à savoir :

- Démarche de développement durable et notation DD;
- Efficacité énergétique et crédits de carbone;
- Granulation de biomasse de source agricole.

Le concept d’agriculture écologiquement intensive* est une des pistes à explorer. Est-ce là que l’agriculture québécoise se dirige ou devrait se diriger? Les enjeux qui ont mené à ce nouveau concept ne sont certainement pas tous spécifiques à l’Europe. Il faut au moins s’y attarder. L’objectif ultime étant d’améliorer les marges nettes des producteurs tout en respectant les écosystèmes et les attentes de la société.

Une chose est certaine, nous sommes à la croisée des chemins. L’agriculture est en plein changement, les besoins des producteurs évoluent, la société a des attentes et le réseau doit s’adapter. La démarche de révision de l’offre de service en agroenvironnement nous mènera peut-être à un changement majeur. De l’agroenvironnement vers l’agriculture durable? Espérons-le. Pour vous, les producteurs…

Exemples de concepts et d’applications concrètes

• Utilisation plus importante des légumineuses en rotation, en engrais verts ou en plante abri afin d’améliorer l’utilisation par les cultures de l’azote ainsi fixée;
• Recherche et validation pour améliorer la disponibilité du phosphore du sol;
• Couverture du sol par des cultures en fin de saison pour la production de biomasse et de résidus de culture qui, une fois décomposés, fourniront à la culture subséquente des nutriments tout en conservant la structure du sol;
• Choix de cultivars résistant aux maladies ou mélanges de cultures optimaux permettant à l’écosystème de contrôler
les ravageurs;
• Agroforesterie – amélioration de la biodiversité, protection des cultures, captage de carbone, embellissement
du paysage;
• Bilan énergétique et expertise en efficacité énergétique;
• Outils de calcul d’émissions de gaz à effet de serre à l’échelle de la ferme et évaluation des projets de réduction;
• Agroénergie – service-conseil en lien avec l’utilisation de biomasse agricole, rentabilité de la bande riveraine, réduction des GES, cultures alternatives rentables.

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1 Michel Griffon, directeur général adjoint de l’ANR
(Agence nationale de la recherche) en France.

*Voir le reportage dans l’édition d’avril en page 42 ou sur le site Web à l’adresse
http://www.lacoop.coop/cooperateur/articles/2010/04/p42.asp

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