Entretiens
Coop étoile Parisville 2010, par Guylaine Gagnon

En 2001, La Coop Parisville vivait une période critique, notamment elle enregistrait un déficit de 760 000 $. Remporter le titre Étoile-Coop 2010 neuf ans plus tard a un effet fabuleux sur le moral des dirigeants et des employés

En entrevue avec Le Coopérateur à la fin du mois d’avril, le président, Serge Leclerc, et le directeur général, Richard Laroche, étaient encore fébriles. Bien préparés à répondre aux questions, ils tenaient à mentionner le principal trait qui caractérise La Coop Parisville : « C’est notre capacité à garder un équilibre entre les valeurs coopératives et les pratiques commerciales. » Les entreprises privées font souvent des prix spéciaux pour attirer les clients, expliquent-ils. Mais ici, tout le monde est sur un pied d’égalité et cette notion de justice est fortement ancrée dans l’organisation. S’il y a des surplus à la fin de l’année, ils sont distribués équitablement entre les membres qui font affaire avec leur coopérative.

Ces dirigeants conviennent toutefois que maintenir ce principe d’équité est un défi de tous les jours. « Des membres se retrouvent chez le concurrent lorsque ses offres sont trop alléchantes, raconte le président. Certains y restent parfois, mais plusieurs reviennent, parce qu’ils réalisent que, tout compte fait, la valeur globale de notre offre de service procure une plus-value égale ou supérieure à celle des concurrents. »

Le même principe est appliqué aussi rigoureusement avec les employés. Chaque décision qui les concerne est réfléchie et les gestes sont toujours accomplis avec le souci d’être équitable et juste envers chacun. « Ces valeurs nous ont permis de devenir un employeur de choix dans la région, souligne fièrement le directeur général. Pour preuve, nous n’avons presque pas de roulement de personnel. »

séchoir à grains
En 2008, La Coop Parisville a remplacé le séchoir à grains en ne lésinant pas sur la qualité, même si la facture allait être plus élevée. L’objectif était d’améliorer la perfor­mance et de réduire le bruit et la poussière qui s’en échappaient.

Une autre caractéristique de La Coop Parisville, ajoute le gestionnaire, est le rôle bien assumé du conseil d’administration. N’est-ce pas toujours ainsi? « Il arrive que les gestionnaires s’emparent des responsabilités du conseil, précise le président, et parfois c’est le conseil d’administration qui empiète sur la gestion. Mais à Parisville, les frontières sont bien délimitées. »

Les années passent
La Coop Parisville a souligné son 65e anniversaire en 2009 par diverses activités, dont une soirée durant laquelle des anciens ont raconté l’histoire de la coopérative. Des moments savoureux.

Au nombre des événements importants, il y a eu, en 1985, la fusion avec les coopératives de Lotbinière et de Saint-Sylvère. C’est pourquoi la dénomination est devenue Coopérative agricole régionale Parisville, plus souvent abrégée en CAR Parisville. Un acronyme que le directeur général n’aimait guère, parce qu’il n’indiquait en rien son statut de coopérative. Lorsque, plus récemment, toutes les coopératives du réseau ont été invitées à s’uniformiser en portant le nom La Coop, il a applaudi la démarche.

Dans la deuxième partie de la décennie 1980, l’exploitation d’une maternité en production porcine a été abandonnée, pour qu’on puisse concentrer les efforts sur les productions laitière et végétales, plus représentées dans cette région. Puis, vers 1998, ce sont les services-conseils de ce même secteur qui ont été délaissés. À la suite d’une entente d’intercoopération, les producteurs de porcs du territoire sont désormais bien servis par La Coop Seigneurie, fortement active dans cette production.

La force de faire face aux défis
Comme cela est mentionné plus haut, la vie à La Coop Parisville n’a pas toujours été douce et harmonieuse. Quelques difficultés de parcours ont permis de renforcer l’esprit de coopération, dont le virage ardu qui a connu son apogée en 2001. On constatait alors le chaos : un déficit de plus de 700 000 $, des pratiques de gestion parfois discutables ainsi qu’un processus de changement qui s’annonçait à la direction générale. Résultats : perte de confiance des membres et des employés et démobilisation générale. Il fallait rétablir la situation. C’est à ce moment-là que Richard Laroche, alors directeur des ventes, a été promu à la direction de la coopérative.

« Une planification stratégique, effectuée par le Service aux coopératives de La Coop fédérée, a conclu à la nécessité de passer par une consolidation des activités, de se retirer de certains services et d’établir des pratiques pour assurer une saine gouvernance », raconte le gestionnaire. La coopérative étant amputée financièrement, La Coop fédérée apporta alors une aide de 500 000 $ pour soutenir les ratios exigés par le fournisseur financier pendant le redressement. Pour les membres du conseil d’administration, cette période était propice pour revoir les valeurs et la gouvernance de l’entreprise. Plusieurs poli­tiques ont été établies pour mieux encadrer la gouvernance, telles que la création d’un comité de crédit et d’un comité de vérification. C’est aussi à partir de ce moment que l’embauche du contrôleur a été effectuée par le conseil d’administration, même s’il travaille sous la responsabilité du directeur général. Enfin, le Guide des administrateurs a été revu et un Guide d’accueil et d’intégration d’un nouvel employé, un Guide d’accueil des nouveaux membres ainsi qu’un code d’éthique ont été mis en place.

Par ailleurs, pour réussir son redressement, La Coop Parisville a misé sur ses forces, qui ont toujours été, et continuent d’être, ses employés. « Malgré le chaos, ces derniers sont demeurés fidèles et leur engagement envers la coopérative a été constant », insiste le directeur général.

En 2003, soit après deux ans de redressement, la coopérative se dirigeait à nouveau vers la croissance. Il y a eu un repositionnement et la mise en place d’un projet audacieux qui nécessitait un investissement de 500 000 $. « Nous avons déménagé la quincaillerie, qui était logée à même les bureaux administratifs, pour l’installer à l’entrée du village et y joindre une station-service Sonic ainsi qu’un dépanneur », précise le président. C’était audacieux, mais c’était le seul moyen de se donner ces services et d’espérer obtenir une meilleure rentabilité.

Réjean Castonguay, directeur laitier et végétal
Éric Lemay, préposé aux pneus
Réjean Castonguay, directeur laitier et végétal Éric Lemay, préposé aux pneus
Stéphane Boutin préposé au centre de grains et aux semences  Bruno Côté, agent distributeur pour les pétroles Sonic
Stéphane Boutin est préposé au centre de grains et aux semences Bruno Côté, agent distributeur pour les pétroles Sonic

Par la suite, la situation financière continuant de s’améliorer, la coopérative accélère le remboursement de l’aide fournie par La Coop fédérée en 2001 au moyen d’une remise anticipée.

En 2007, pour renforcer sa présence dans la région et dynamiser les affaires, la coopérative procédait à l’acquisition d’une autre quincaillerie avec matériaux à Saint-Pierre-les-Becquets, ville voisine de Parisville. En 2008, elle y joignait une station-service et un dépanneur.

Denis Richard, président de La Coop fédérée et aussi membre du conseil d’administration de La Coop Parisville, est particulièrement heureux de voir sa coopérative accéder au titre d’Étoile-Coop. Il la décrit comme une organisation proche de ses membres et où « les pratiques commerciales et les états financiers sont tout à fait dans les orientations du conseil d’administration ». Des pratiques rigoureuses reflétant un professionnalisme qui ne passe pas inaperçu, car pendant plusieurs années, les membres n’ont reçu aucune ristourne et sont restés quand même liés à leur coopérative.

Au fil des ans, Parisville a adopté plusieurs comportements incontournables de développement durable. Mis à part l’adoption de programmes de récupération et de recyclage du papier, des pesticides et des peintures, elle a mis l’environnement à l’ordre du jour de plusieurs réunions de conseil d’administration et elle en a abondamment parlé dans les publications s’adressant aux membres. Par ailleurs, étant sensible au bon voisinage, elle a remplacé le séchoir à grains en ne lésinant pas sur la qualité, même si la facture allait être plus élevée. L’objectif était d’améliorer la performance et de réduire la poussière qui s’en échappait. Pour les producteurs qui pratiquent l’agriculture de précision, la coopérative s’est montrée avant-gardiste en installant un système RTK muni d’une antenne dans la région, qui permet d’accéder avec plus de précision aux données recueillies par GPS.

Pour répondre parfaitement aux critères de l’Étoile-Coop, il serait de mise d’avoir une représentation féminine au conseil d’administration. Ce qui n’est pas le cas à Parisville, mais « ce n’est pas parce qu’on ne veut pas », lance le président. Toutefois, il faut mentionner qu’au milieu des années 1990 une femme y a siégé pendant quelques années.

Le développement de la coopérative allait bon train lorsque, en octobre 2009, une simple lettre en provenance du fournisseur en machinerie a produit un effet aussi menaçant qu’inattendu : l’entente entre les deux partenaires allait prendre fin dès décembre. Cette nouvelle était préoccupante, parce que le secteur machinerie représente près de 20 % du chiffre d’affaires de la coopérative et offre du travail à une quinzaine d’employés.

Une fois l’effet de surprise dissipé, l’avenir du secteur machinerie a vite été discuté au conseil d’administration, et la conclusion sans équivoque était qu’il fallait poursuivre dans cette activité. « Après de nombreuses démarches de repositionnement, cette mauvaise nouvelle s’est transformée graduellement en événement mobilisateur pour l’ensemble des membres, des clients et du personnel », racontent les deux dirigeants, qui ont vu cette fois encore une grande preuve d’engagement envers la coopérative.

Pascal Lemay, de Parisville; son homonyne, Pascal Lemay, de Lotbinière; Michelle Proulx, de Lotbinière; Christian Hébert, de Leclercville, et Pascal Gagnon, de Fortierville

La relève ne manque pas à La Coop de Parisville : Pascal Lemay, de Parisville; son homonyne, Pascal Lemay, de Lotbinière; Michelle Proulx, de Lotbinière; Christian Hébert, de Leclercville, et Pascal Gagnon, de Fortierville.

L’intercoopération entraînant son lot d’avantages, l’occasion de créer une association avec La Coop Comax s’est alors présentée. « Cette coopérative, active en machinerie, partage les mêmes valeurs que La Coop Parisville », souligne le directeur général. Or, à la fin 2007, dans le cadre d’un projet-pilote conforme aux principes et objectifs de Chrysalide, Richard Laroche accepte d’être affecté à la direction générale de La Coop Covilac tout en assumant celle de Parisville. Cette pratique de cogestion est d’ailleurs maintenant de plus en plus courante dans le réseau. Le maillage avec Covilac a permis de parachever la mise en commun des filières porcines entre Covilac et Comax, déjà amorcée par l’ancien directeur général au moyen de la formation des Élevages Covimax. Par le fait même, les liens plus fréquents entre Parisville et Comax ont fait naître le goût d’un nouveau partenariat avec la division machinerie, Groupe Symac, pour partager l’enseigne Massey-Ferguson. Bref, un autre Chrysalide naissait – Chrysalide étant désormais une expression consacrée dans le réseau pour désigner l’intercoopération. Et ce n’est pas le dernier projet du genre, car le président de Parisville a affirmé que « pour offrir davantage de services à nos membres, il faudra à l’avenir faire encore plus d’intercoopération. »

Selon Richard Laroche, la cogestion engendre beaucoup plus d’avantages que le simple partage des coûts d’une ressource. Le surplus de travail du directeur général entraîne notamment une plus grande délégation de responsabilités aux employés. Ceux-ci acquièrent de nouvelles compétences et, du même coup, ont accès à de meilleures possibilités d’avancement. Les conseils d’administration sont, quant à eux, moins vulnérables à la perte d’un directeur général, car les responsabilités et l’information sont partagées entre plusieurs. Il faut aussi noter les synergies gagnantes résultant d’une association entre deux coopératives. Enfin, à Parisville et à Covilac, les réunions de soir, qui se multiplient lorsqu’on a deux coopératives à gérer, ont été remplacées par des rencontres durant les heures de travail pour rendre la vie plus agréable au directeur général. Cette décision a été prise, bien entendu, avec la bénédiction des membres des deux conseils d’administration.

Le fort sentiment d’appartenance qu’entretiennent employés et membres de La Coop Parisville est alimenté par de nombreuses activités organisées au cours de l’année. Ainsi, en 2009, quelque 300 personnes ont participé à des parties de golf, des croisières sur le fleuve, des randonnées en motoneige et des matchs de hockey entre membres et employés. Des valeurs profondes d’équité, une gouvernance exemplaire, un souci de répondre aux besoins des membres en accomplissant des gestes audacieux mais calculés, une adhésion totale à Chrysalide et une grande ouverture à l’intercoopération sont quelques-uns des facteurs qui ont fait que Parisville a pu passer du chaos à l’Étoile-Coop en si peu de temps. 

Quincaillerie avec matériaux, station-service et un dépanneur, à Saint-Pierre-les-Becquets,

Pour renforcer sa présence dans la région et dynamiser les affaires, La Coop Parisville a fait l’acquisition en 2007 d’une quincaillerie avec matériaux, à Saint-Pierre-les-Becquets, ville voisine de Parisville. En 2008, elle y joignait une station-service et un dépanneur.


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