Entretiens
Osez la culture du X,  textes et photos Étiene Gosselin

Imaginez-les toutes blanches, vertes ou rouges… Eh non, les portes de grange n’auraient pas le même cachet que si elles s’habillent d’un X vert classique, d’un beau losange bleu ou d’une cible rouge parfaite. Une simple couche de peinture peut donner aux portes de vos bâtiments un lustre et une présence qui feront tourner les têtes… À vos pinceaux!

Les vieilles granges et étables du Québec font partie intégrante de notre patrimoine. Or, un peu comme nos églises, elles sont souvent mal en point, sinon carrément laissées à l’abandon. Au cours du dernier siècle, les revêtements extérieurs et les portes d’acier et d’aluminium ont eu vite fait de remplacer le bois brut dont étaient habillées les granges d’autrefois, éliminant ainsi la corvée de peinture tous les cinq ou dix ans. En gagnant sur l’effort mis à peindre, n’a-t-on pas perdu une partie du cachet des bâtiments agricoles, atout patrimonial et touristique?

Grosso modo, on peut répertorier les motifs géométriques des portes des bâtiments agricoles en cinq types. Les deux premiers – les X rouges et les X verts formés de quatre triangles pointant vers l’intérieur – sont les plus courants et miment peut-être le croisillon autrefois cloué sur la porte pour la renforcer. Puis viennent les losanges et les cercles concentriques, dont la variante que constitue la cible. Enfin, on peut classer dans un dernier type les œuvres de « style libre », des portes qui arborent des motifs géométriques plus complexes ou des dessins comme des vaches, des chevaux ou des trèfles.

On ne sait pas exactement d’où vient cette pratique de peindre des motifs géométriques sur les portes de grange, d’étable ou de garage. Les hypothèses les plus farfelues abondent… Signes ou symboles destinés à faire fuir le diable ou les sorcières? Formes rappelant les origines familiales (irlandaises dans le cas des trèfles, notamment)? Motifs censés apporter la chance? Fonctions carrément pratico-pratiques : comme les portes coulissent le plus souvent d’un seul côté, parfois des deux, et que le cercle ou le motif géométrique est bien visible, cela facilite l’enlignement pour reculer les voitures à foin, aide à repérer l’étable lors de tempêtes de neige ou sert de cible pour s’exercer au lance-pierre?

L’auteure Louise Abbott 1, spécialiste en architecture des granges anciennes, présume que les formes géométriques présentes un peu partout au Québec seraient inspirées d’une forme hexagonale (sorte d’étoile à six pointes) d’origine allemande, popularisée en Amérique du Nord par des colons hollandais établis en Pennsylvanie! L’historien et ethnologue Paul-Louis Martin, spécialiste du patrimoine rural, pense aussi que cette pratique tire son origine du sud de la frontière.

Eric Arthur et Dudley Witney rapportent dans The Barn2 que des peuples comme les Suisses et les Allemands aimaient peindre non seulement leurs habitations et dépendances de couleurs vives, mais également leurs bâtiments agricoles. À leur arrivée en Amérique, ces immigrants ont rapidement limité leurs ardeurs artistiques à cause du manque de substances colorantes dans le Nouveau Monde.

Avec les migrations du sud vers le nord du temps des loyalistes, il est possible que les habitants du Haut-Canada et, ultérieurement, ceux du Bas-Canada aient été mis en contact avec cette coutume de peindre des motifs et que la pratique se soit ainsi répandue. De nos jours, on trouve en effet des portes colorées dans toutes les régions du Québec, qu’elles aient été à l’origine à dominance française (Bas-Saint-Laurent) ou anglaise (Cantons-de-l’Est).

Voilà donc de bien belles hypothèses, mais une chose demeure : les motifs géométriques constituent souvent une signature originale des propriétaires de la ferme pour la distinguer des autres, une signature faite de simples ornements décoratifs et folkloriques résultant d’un besoin d’expression artistique.

1 Abbott, Louise. 2008. The Heart of the Farm – A History of Barns and Fences in the Eastern Townships of Quebec. Price-Patterson, Montréal, 306 p.

2 Arthur, Eric et Dudley Witney. 1972. The Barn: A Vanishing Landmark in North America. McClelland & Stewart, Toronto, 256 p.

Ces portes d'antan aux motifs attrayants

Le titre de Maître-éleveur est décerné annuellement depuis 1929 par l’Association Holstein du Canada (sauf en 1932, 1934, 1935, 1936 et 1938). En 2009, 21 producteurs au pays, dont 6 au Québec, ont décroché cette reconnaissance.
Dans la construction des bâtiments de ferme, les Canadiens français on fait preuve d'ingéniosité et d'un goût marqué pour les couleurs vives.

Si on ne sait pas avec précision d’où provient cette tradition de peindre des motifs géométriques sur les portes des granges, étables et garages, on en sait en revanche beaucoup plus sur les peintures utilisées autrefois.

Huile de lin, térébenthine de résineux, tanins d’écorce de pruche, huile de marsouin, argile, chaux et minéraux du sol, l’oxyde de fer notamment… Bien des substances ont servi à protéger le bois et à lui donner un peu de couleur. Selon Paul-Louis Martin, historien et ethnologue, l’utilisation de sang de bœuf pour peindre les bâtisses rurales d’un rouge largement retrouvé dans nos campagnes québécoises – le rouge « sang de bœuf » – relève du folklore.

Puis, avec l’essor du commerce, vers 1850, la gamme des pigments, additifs et solvants est en expansion sur le marché, donnant ainsi des peintures industrielles à la palette chromatique plus élaborée, explique Paul-Louis Martin.

De nos jours, le choix des couleurs est presque illimité, que vous décidiez d’harmoniser vos motifs avec la couleur des revêtements extérieurs du bâtiment ou de la maison ou encore de sélectionner des couleurs dites « historiques », remontant aux débuts de la colonie.

Bien souvent, la préparation des surfaces à peindre est aussi longue que l’application même de la peinture, surtout pour les vieilles portes écaillées. Il faut donc d’abord gratter patiemment les zones boursouflées ou sabler les surfaces qui ne sont pas saines pour ouvrir les pores du bois, puis laver au phosphate trisodique (PTS) pour enlever la poussière et, enfin, laisser sécher comme il faut avant de peindre ou de teindre. « La peinture appliquée dans les meilleures conditions durera beaucoup plus longtemps », rappelle Sophie Milette, du service technique de Laurentide, fabricant des peintures INOV et Fédécor.

Sainte-Christine
Saint-Cyprien-de-Napierville
Sainte-Christine
Saint-Charles-sur-Richelieu Saint-Césaire-Rougemont
Ange-Gardien Ange-Gardien
Sainte-Monique Saint-Hyacinthe
Sainte-Perpétue Bedford
Notre-Dame-de-Stanbridge Notre-Dame-de-Stanbridge
Saint-Dominique
Saint-Dominique Certaines portes sont jalousement préservées des intempéries par un bon coup de pinceau aux trois ou quatre ans.
Saint-Célestin
Saint-Célestin Les vieilles granges, souvent en partie inutilisées, ne font habituellement plus partie de la vie quotidienne des propriétaires qui ont soit abandonné les activités agricoles, soit en sont retraités.

Les bois et les surfaces métalliques (acier ou aluminium) mis à nu devront ensuite être recouverts d’un bon apprêt. Vous ne voulez que « rafraîchir » une porte peinte il y a cinq ou sept ans? Même les surfaces qui sont encore peintes doivent d’abord recevoir une couche d’apprêt, sans quoi les couches subséquentes risquent au mieux de moins bien adhérer, au pire de glisser et décoller. En plus de l’apprêt, il faut prévoir appliquer deux ou trois couches de fini… et même plus s’il s’agit de gros rouges, par exemple.

Pour être plus écolo, on optera pour les peintures au latex, dont le diluant principal est l’eau, plutôt que pour celles à l’alkyde (à l’huile). Avec les produits au latex, nul besoin de solvants polluants pour laver les accessoires.

Les peintures à l’alkyde sont-elles plus durables comme on le croit généralement? Pas nécessairement. Selon Sophie Milette, les peintures au latex résistent mieux aux intempéries et aux rayons ultraviolets (UV), car elles deviennent poudreuses lors de leur vieillissement plutôt que de craquer et peler, comme le font généralement les peintures à l’alkyde. En revanche, il est vrai que les peintures à l’huile sont plus résistantes aux abrasions.

Alors, vous y êtes? Avec une grande règle, un crayon marqueur et du ruban-cache pour pouvoir dépasser à votre guise en peignant, vous donnerez à vos portes du cachet à peu de frais.

Tout est là… Allez, Solange, décore tes portes de grange! Vas-y, Amable, colore ton étable!

Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés